Le maire Maxime Pedneaud-Jobin est conscient que plusieurs employés municipaux partiront à la retraite au cours des prochaines années.

Pénurie de main-d'oeuvre à Gatineau: risques pour des services aux citoyens

La Ville de Gatineau se vante depuis des années de gagner en efficacité en faisant « plus et mieux », malgré sa croissance rapide, tout en contrôlant de manière très serrée une masse salariale qui représente quand même tout près de la moitié du budget annuel de la ville. Cette logique qui a mené à des économies récurrentes de 15 millions $ a toutefois été étirée à son maximum, au point où l’administration risque d’« atteindre un niveau critique de non-remplacement de postes qui la placerait en situation de vulnérabilité dans sa prestation de services à la population », admet le rapport sur l’analyse approfondie du budget rendu public mardi.

« Réorganiser les services, ça a ses limites, a convenu le maire Maxime Pedneaud-Jobin, mercredi. On l’a fait pendant plusieurs années. On est allé juste assez loin. Je ne pense pas qu’on a exagéré. On veut être la ville la plus efficace au Québec. On ne veut pas trop de monde pour faire du travail qu’on peut faire avec moins de monde. À l’avenir, on va avoir une approche moins raide. »

Les constats concernant la crise de la main-d’œuvre que vit présentement la Ville de Gatineau ont pris une place prépondérante dans le rapport d’analyse. Les départs à la retraite prévus au sein de l’administration « atteignent des niveaux critiques » dans plusieurs catégories d’emplois. Près du tiers des cols bleus et des cadres seront bientôt éligibles à la retraite. Chez les cols blancs, c’est le quart des employés.

Stratégies « inadaptées »

Les stratégies mises de l’avant par le service des ressources humaines depuis quelques années « s’avèrent désormais inadaptées », stipule le rapport. Ainsi, de trop nombreux besoins permanents au sein de l’organisation ont été comblés, au fil des dernières années, par des employés temporaires, au statut précaire, qui quittent leur emploi dès qu’une occasion d’améliorer leur sort se présente. En ce sens, l’attraction du gouvernement fédéral est forte.

L’identification des besoins en matière de main-d’œuvre dans chacun des services est encore, à ce jour, sous la férule du service des finances et celui des ressources humaines. Cette façon de fonctionner est, dit-on aujourd’hui, moins adaptée à une organisation contemporaine comme celle de la Ville de Gatineau. Des choses sont appelées à changer à l’interne. Une plus grande responsabilité stratégique liée à l’embauche et au recrutement sera donnée aux gestionnaires de chacun des services municipaux.

Le comité d’analyse piloté par le conseiller Gilles Carpentier a pu prendre connaissance du projet de plan d’effectifs en cours d’élaboration au service des ressources humaines. « Le comité ressort de son examen convaincu que la Ville de Gatineau a besoin d’un certain rétablissement de l’effectif pour rectifier des années de sous-investissements qui commencent à se traduire par des […] situations critiques pour la pérennité des services aux citoyens », soutient le rapport. Ne pas accorder les budgets nécessaires à ce redressement nuirait directement à la réalisation des projets et objectifs fixés par les élus gatinois, soutient le document. « Il ne faut pas cacher qu’il y a un coût à cette correction, mais le comité croit qu’il est justifié d’y accorder la priorité dès maintenant », poursuit-il.

« Un pas important » pour commencer à juguler la crise doit être fait dès le prochain budget, annonce la maire Pedneaud-Jobin. La première décision budgétaire qui devra être prise doit permettre d’ajuster à la hausse le salaire des cadres, dont l’écart salarial avec les employés est trop mince pour être attrayante.

Malgré les efforts financiers qui seront réalisés par la Ville pour faire face à la pénurie de main-d’œuvre, le maire prévient que les prochaines années seront difficiles à ce chapitre. « Ça va être difficile pour plusieurs années, dit-il. On va tenter de limiter les dégâts, mais […] les réponses ne pourront pas venir uniquement de Gatineau. C’est un problème panquébécois qui nécessite une réponse panquébécoise. »

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VILLE INTELLIGENTE : D'AUTRES MILLIONS $ À PRÉVOIR

L’investissement de 25 millions $ fait entre 2015 et 2020 pour remplacer les systèmes informatiques était nécessaire compte tenu de leur désuétude avancée, mais ce sera loin d’être suffisant pour faire de Gatineau une ville «intelligente». Des millions de dollars de plus devront être dépensés. 

Plusieurs à Gatineau, dont le conseiller Martin Lajeunesse, voient les nouvelles technologies comme une façon de transformer en profondeur l’organisation municipale, d’offrir une prestation de service à la population qui soit contemporaine et de faire des économies de personnel. Le rapport sur l’analyse approfondie du budget de la Ville de Gatineau, rendu public mardi, milite aussi en ce sens et recommande d’accélérer dès maintenant la transition des services municipaux vers ce qu’ils devront être dans une dizaine d’années. 

«Les technologies de l’information sont un outil puissant de modernisation de l’administration, à la fois comme vecteur d’efficience et comme vecteur de livraison de service, peut-on lire dans le rapport. Elles deviendront ainsi l’armature du repositionnement de plusieurs services rendus à la population.» 

Le comité prévient toutefois le conseil municipal que pour y arriver, «il faudra des ressources qui sont absentes», tant dans l’analyse des besoins que dans la confection pure et simple de solutions numériques et leur déploiement. La direction générale de la Ville de Gatineau pourrait ainsi être mandatée, dès la fin de l’année, pour élaborer «la prochaine génération du plan directeur en informatique» qui devra soutenir «la transformation organisationnelle de la Ville sur un horizon de cinq à sept ans».

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AVIS PUBLICS DANS LES JOURNAUX

Alors que plusieurs municipalités du Québec profitent de la nouvelle loi sur l’autonomie municipale pour retirer leurs avis publics des journaux, et par le fait même les revenus importants qu’ils représentent pour les entreprises de presse, la Ville de Gatineau maintient pour l’instant cette enveloppe budgétaire (300 000 $ en 2018). 

Les entreprises de presse qui traversent une période trouble et financièrement précaire maintiennent la pression sur le monde municipal pour conserver cette source de revenus. 

La possibilité de faire des économies est cependant alléchante pour les organisations municipales. La Loi leur permet maintenant d’afficher les avis publics uniquement sur leur site Internet. 

Le comité d’analyse approfondie du budget n’a pas été insensible à la possibilité de réaffecter une telle somme d’argent à d’autres priorités municipales. 

Il recommande au conseil municipal de statuer sur le maintien ou non de la publication des avis publics dans les journaux. 

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HAUTS FONCTIONNAIRES SURUTILISÉS

La présence des hauts fonctionnaires lors des sessions de travail, des comités pléniers et de tous les autres rendez-vous démocratiques qui rythment les affaires municipales à Gatineau pèse de plus en plus lourd sur la charge de travail des différentes équipes administratives, note le rapport sur l’analyse approfondie du budget de la Ville. 

«Cela amène les gestionnaires à passer moins de temps utile à la recherche de nouvelles tendances de gestion ou à l’adaptation de leurs processus internes, ce qui à terme risque d’amputer la flexibilité de l’organisation», soutient le document. 

Le comité émet à cet effet une recommandation intentionnellement floue qui se résume à évaluer les impacts de la gouvernance municipale sur les cadres supérieurs. 

Le conseil municipal sera par ailleurs prochainement en lac-à-l’épaule pour vider la question de la gouvernance qui est la source de plusieurs tensions parmi les élus depuis le début du présent mandat.