Le maire Maxime Pedneaud-Jobin a rappelé au premier ministre Legault que l'Outaouais mérite mieux que de se sentir oubliée.

Pedneaud-Jobin veut mettre fin à «l’attitude défaitiste»

Maxime Pedneaud-Jobin voit dans l’élection du gouvernement de François Legault et d’une majorité de députés caquistes dans la région « une occasion historique de tourner la page sur le vieux discours voulant que l’Outaouais est oubliée ». À l’aube de la deuxième année de son second mandat, le maire de Gatineau n’entend ménager aucune énergie pour aider le gouvernement à casser cette « attitude défaitiste qui se transmet de génération en génération ».

En rencontre éditoriale avec Le Droit, lundi, dans le cadre du bilan de la première année du présent mandat, le maire Pedneaud-Jobin a rappelé le message qu’il a transmis au premier ministre Legault après son élection, le 1er octobre dernier. « Cette région mérite mieux dans l’espace public québécois que de se sentir oubliée, dit-il. On a notre propre part de responsabilité, mais les gouvernements précédents en ont aussi une grande. Il faut que Québec envoie le message qu’il prend nos difficultés tellement au sérieux qu’il aura un plan pour nous. »

Québec doit mettre fin aux promesses et aux investissements à la pièce pour régler les problèmes récurrents en éducation, en santé et en développement économique, insiste le maire de Gatineau. « On peut se réjouir d’avoir de l’argent pour faire un nouveau programme par année à l’Université du Québec en Outaouais (UQO), mais ils en ont déjà 30 de plus que nous au Saguenay, explique-t-il. À ce rythme, ça va nous prendre 30 ans. On dépense 110 millions $ par année pour faire soigner des gens en Ontario. Il faut un plan sur 5, 10, 15 ans, qui précisera à la population où on s’en va en santé, en éducation et en développement économique. C’est avec un tel plan qu’on pourrait mettre fin à l’attitude défaitiste qu’on a de génération en génération. »

Train léger

L’un des signaux que Québec doit donner, selon le maire, est d’investir massivement dans la réalisation du train léger dans l’ouest de la Ville. Ce projet, qui sera la grande priorité du maire d’ici la fin du mandat, est essentiel à plusieurs niveaux, rappelle M. Pedneaud-Jobin. « C’est un projet de 2,1 milliards $, c’est énorme et les gens de Gatineau méritent ça, dit-il. L’environnement mérite ça. Il faut s’inscrire dans la modernité. Il n’y a pas d’autre alternative à l’ouest. Contrairement à d’autres villes comme Québec et Montréal, nous avons ici un consensus très large sur ce que ça prend. »

Immigration

M. Pedneaud-Jobin s’inscrit toutefois en faux quant à la volonté du gouvernement Legault de réduire les seuils d’immigration. Selon lui, il est plus pertinent de s’interroger sur la qualité de l’accueil, de l’accompagnement pour l’apprentissage du français et la recherche d’emploi. Il rappelle que l’intégration des immigrants se fait relativement bien à Gatineau. « Ils se trouvent un emploi rapidement et au bout de dix ans, le taux de chômage des immigrants est plus faible que celui de la majorité », explique la maire.

Il a beaucoup été question dans les derniers jours de la pénurie de la main-d’œuvre qui frappe Gatineau, mais aussi les autres villes de la province. L’immigration est une des clés, note le maire, même si la Ville de Gatineau n’est pas un modèle de diversité au sein de son organisation. « Nous avons fait des gestes, mais que notre organisation soit plus représentative demeure un grand chantier », dit-il.

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POINT DE TVQ : « LES GENS AVAIENT CESSÉ D'Y CROIRE »

Maxime Pedneaud-Jobin faisait presque figure d’original, au cours des dernières années, quand il revendiquait un point de TVQ au gouvernement du Québec pour réformer la fiscalité municipale. «Ça prenait un peu de front pour mettre ça sur la table, mais Gatineau a relancé cette discussion et aujourd’hui nous ne sommes plus dans la science-fiction, on s’attend à ça dans la prochaine année», insiste le maire. Il s’agit là d’un des éléments centraux du bilan fait par M. Pedneaud-Jobin lundi. Pour les villes, cela représente l’abolition d’une dizaine de programmes provinciaux et d’interminable reddition de compte qui seront remplacés par le transfert, sans condition, de 1,3 milliard $. «Comme l’assiette fiscale de la TVQ augmente chaque année, ce point de la TVQ voudra dire plus d’argent dans nos coffres année après année, note le maire. Pour Gatineau ça pourrait vouloir dire de un à deux millions de dollars de plus par année.» Le maire s’attend toutefois à d’intenses discussions sur le modèle de redistribution entre les villes qui font du développement économique et les municipalités plus pauvres. «Nous sommes tous prêts à un partage qui tiendra compte de la réalité financière des villes, mais il ne faut pas perdre de vue l’idée de base qui veut que plus on fait du développement économique, plus on reçoit d’argent», ajoute le maire de Gatineau.

Gatineau a fait le choix de son identité

Le maire Pedneaud-Jobin n’allait pas manquer d’ajouter à son bilan sa victoire politique dans le dossier de la protection du Quartier-du-Musée. «Faire le choix de notre identité et de la mise en valeur de notre propre histoire était courageux, insiste le maire. Je suis fier de cette décision et je pense que les Gatinois sont aussi fiers de ce choix.» Un plan de mise en valeur du quartier doit maintenant être présenté rapidement, ajoute-t-il. «Dans dix ou 15 ans, ce quartier sera un outil d’intégration pour expliquer au 2/3 de notre population qui ne vient pas d’ici ceux qui sont passés ici avant nous et qui ont bâti la région, explique M. Pedneaud-Jobin. Ça va devenir un outil touristique et pédagogique. On peut raconter notre histoire économique et sociale à partir de ce quartier-là. Ce n’est pas Versailles, ce n’est pas le Vieux-Québec, on n’a ni un ni l’autre. Nous, on a des maisons allumettes. Ce n’est pas parce qu’il y a de plus belles choses ailleurs qu’il faut tout raser chez nous. Nous avons notre histoire avec ses imperfections.»

La communauté d’affaires satisfaite

La relation entre Gatineau et ses gens d’affaires est «très bonne», estime le maire Maxime Pedneaud-Jobin, qui reconnaît toutefois que «c’est plus difficile avec un certain nombre de personnes». Le maire est d’avis que la réforme en urbanisme, l’école d’entrepreneuriat, le pôle d’innovation et l’incubateur en économie sociale sont des améliorations saluées par la communauté des gens d’affaires. «Il y a un projet qui nous a nui beaucoup, celui des tours, comme si on était contre le développement, mais c’est faux. Nous avons autorisé plus d’unité d’habitation que le marché en construit. Il y a actuellement 4000 unités d’autorisées pour lesquels il ne manque qu’un permis pour construire.» Le maire cite d’ailleurs en exemple la revue de presse pour démontrer les changements positifs apportés par son administration. «Nous n’avons pas du tout la même revue de presse qu’il y a trois ans, on a fait des pas de géant», a-t-il ajouté. 

Limiter les mandats du chef d’Action Gatineau

Maxime Pedneaud-Jobin est ouvert à un débat au sein de son parti pour juger de la pertinence de limiter le nombre de mandats que pourrait réaliser un chef, tel que le proposait dans Le Droit, lundi, la conseillère Isabelle N. Miron. «La réflexion serait utile, mais la réponse n’est pas simple, dit-il. Limiter le nombre de mandats peut avoir un intérêt pour amener du sang neuf, mais il ne faut pas que ça devienne trop facile pour l’électeur d’avoir du changement. Si les gens veulent du changement, ils doivent se mobiliser, s’exprimer et participer au processus démocratique.»