Les conseillers les plus critiques ont salué la rigueur avec laquelle Maxime Pedneaud-Jobin dépense l’argent des contribuables.

Pedneaud-Jobin aussi économe que Bureau

Depuis son élection à la mairie de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin a dépensé autant en six ans, en frais de représentation, qu’Yves Ducharme dans ses douze derniers mois à la Maison du citoyen.

Avec des dépenses annuelles moyennes de moins de 5000 $ en frais de déplacement, d’hébergement et de restauration, M. Pedneaud-Jobin tranche avec le premier maire de la ville fusionnée, qui s’était fait reprocher des dépenses dans de grands restaurants et ses voyages à l’extérieur. L’actuel maire de Gatineau fait une utilisation de sa carte de crédit corporative qui ressemble davantage à son prédécesseur, Marc Bureau, reconnu pour la parcimonie avec laquelle son cabinet utilisait les fonds publics.

C’est ce que révèlent des centaines de pages de pièces justificatives obtenues par Le Droit en vertu de la Loi d’accès à l’information. Devant un tel niveau de dépenses, ses collègues autour de la table du conseil, même les plus critiques à son égard, n’ont d’autre choix que de saluer la rigueur avec laquelle le maire dépense l’argent des contribuables.

« On le voit aller et il n’est pas du genre à faire des dépenses exagérées, note la conseillère Louise Boudrias. C’est très raisonnable. Je suis entièrement à l’aise avec ce niveau de dépenses. » Le conseiller Marc Carrière croit pour sa part qu’il est justifié de féliciter le maire pour son respect des fonds publics. « À ce prix-là, je crois qu’on en a pour notre argent. » Audrey Bureau rappelle que le maire a la responsabilité de représenter la Ville de Gatineau. « Il n’y a aucun malaise à avoir avec ce niveau de dépense », dit-elle. Gilles Carpentier ajoute qu’il y aura toujours un coût à vouloir influencer les orientations des gouvernements. « Ce n’est pas du tout exorbitant, les dépenses du maire sont très justifiables. »

Le maire Pedneaud-Jobin explique qu’à une certaine époque pas si lointaine, il était commun pour des maires d’engager des dépenses de représentation importantes. « Je ne vise personne en particulier, mais il y a eu des abus et ça prenait un réalignement, dit-il. Ce n’est pas parce qu’on occupe un poste de maire qu’on a le droit de manger dans de grands restaurants constamment. C’est une question de respect des fonds publics et de justification. Dépenser pour un voyage, c’est correct, mais uniquement si on est capable de défendre cette dépense auprès des citoyens et démontrer qu’il y a un gain pour Gatineau. »

Les promoteurs loin des restos

Dès son arrivée en poste, le maire Pedneaud-Jobin a lancé un mot d’ordre aux membres de son cabinet. Sauf exception, les rencontres avec les promoteurs se feront dans le bureau du maire, et non plus au restaurant. « Il y a eu, à une époque, une trop grande proximité entre les gens d’affaires et l’appareil politique. Je pense que faire ça dans mon bureau lance le message qu’on est au travail. Ça protège tout le monde. C’est une question de perception et d’éthique. On n’est pas une bande d’amis qui font des affaires ensemble. Et je crois que juste ça a probablement une influence sur le niveau de dépense de mon cabinet. »

LES DÉPENSES DU CABINET PEDNEAUD-JOBIN 

EN CHIFFRES

2013 : 932,94 $

2014 :  6399,86 $

2015 : 3993,57 $

2016 : 7860,57 $

2017 : 6497,05 $

2018 (mi-septembre) : 3728,37 $

Total : 29 412,36 $

L'alcool au cabinet

Une des plus grosses dépenses en alcool du cabinet depuis l’élection du maire Maxime Pedneaud-Jobin survient quelques semaines seulement après la victoire de ce dernier contre Marc Bureau. Lors d’un repas de travail pour préparer le budget 2014, au restaurant L’Ardoise, deux Coors Light, un gin-tonic et une Stella Artois sont refilés aux contribuables. Le ton était donné. Personne ne picolera avec les deniers des Gatinois sous l’administration Pedneaud-Jobin. L’alcool est pratiquement absent des centaines de pages de pièces justificatives obtenues par Le Droit en vertu de la Loi d’accès à l’information. Seulement deux autres dépenses de ce type ont un tant soit peu fait gonfler la facture. En février 2014, une Molson, une Heinneken et un verre de Pinot gris ont agrémenté un souper. Deux ans plus tard, dans le cadre de travaux de la Fédération canadienne des municipalités (FCM), à Ottawa, un verre de Pinot, deux pintes d’IPA et une bouteille de Goose IPA seront remboursés au maire et aux membres de son équipe. Quant aux réceptions de dignitaires, l’accueil du maire de Québec, Régis Labeaume, et de son équipe, en novembre 2016, a coûté 359 $ aux contribuables gatinois pour un souper au Cellier. La visite du maire de Montréal, Denis Coderre, en avril 2014, ne semble pas avoir été très onéreuse. Aucune dépense associée à cette visite, à part un repas de travail préparatoire au Lala Bistro de 63 $, n’apparaît dans les dépenses de représentation du cabinet.

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Poulet, poisson et restos variés

Autre époque, autres mœurs. Le maire de Gatineau et son cabinet se tiennent loin des grands restaurants et de la fine cuisine. Les repas, qu’ils soient à l’extérieur de la ville ou à Gatineau, n’ont rien d’extravagant. Le poulet et le poisson sont les deux protéines qui reviennent le plus souvent au menu des officiers du maire Pedneaud-Jobin. Les salades sont aussi prisées, alors que les pâtes, même si elles sont généralement abordables, sont peu présentes dans l’alimentation de la garde rapprochée du maire. Le cabinet s’hydrate surtout de café et d’eau. Une boisson gazeuse ici et là se glisse parfois sur une facture, mais rarement. Certains restaurants de Gatineau reçoivent la visite de M. Pedneaud-Jobin et de son équipe plus régulièrement que d’autres, mais c’est surtout la variété des tables qui attire l’attention. La Papaye verte, l’Ardoise, le Café Cognac et le St-Hubert sont les restos qui reviennent le plus souvent. Le Tartuffe et le Cellier n’ont été visités que quelques fois depuis 2013.

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À LIRE DEMAIN

Deuxième partie. De nombreux déplacements pour une présence intensive à Montréal et Québec. Quels sont les fruits des voyages du maire?