Des bars du centre-ville de Gatineau, en soirée. 

Ouverture des bars à 3h dans le Vieux-Hull: les SPVG n’a rien à signaler

Les années 1990 appartiennent résolument au dernier siècle dans le Vieux-Hull. Le chef du Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG), Luc Beaudoin, a présenté les statistiques des interventions policières dans le secteur Hull pendant les neuf mois qu’a duré le projet pilote sur la prolongation des heures d’ouverture des bars. La conclusion qu’il a partagée avec les élus municipaux, mardi, est catégorique.

Essentiellement, il n’y a rien à signaler. 

Entre le 17 mai 2019 et le 17 février dernier, la période pendant laquelle Gatineau a testé la fermeture à 3 h, le SPVG a procédé à 186 interventions liées aux bars dans le centre-ville. C’est six de plus que pour la même période, un an auparavant. Le chef Beaudoin note que le nombre d’interventions faites entre 2 h et 4 h est demeuré exactement le même pendant le projet pilote. «La prolongation de l’ouverture des bars n’a eu aucun effet», a-t-il ajouté. 

Les interventions policières liées à des bars sont cependant plus nombreuses pendant la même période en dehors de l’Île-de-Hull. Les trois établissements à l’extérieur du centre-ville, dont le Casino du Lac-Leamy, sont surreprésentés dans les statistiques par rapport aux dix établissements dans le centre-ville. Un total de 302 interventions a été compilé à l’extérieur du centre-ville, dans le secteur Hull.

La situation était à ce point stable que le SPVG n’a dépensé que 22 000 $ des 100 000 $ qui avaient été mis à sa disposition pour augmenter la présence policière dans le secteur. 

Rempart

«Le projet pilote a été un succès», a lancé le conseiller du quartier, Cédric Tessier, qui avait fait de ce dossier un engagement électoral. «Il n’y a eu absolument aucun changement au centre-ville, a-t-il ajouté. Je ne sais pas si soulagé c’est le bon mot, mais disons que si j’avais eu une grosse crainte que ça dérape, je n’aurais jamais fait cette proposition-là.»



« À l’époque, les établissements avaient une bien plus grande capacité, maintenant c’est limité, dit-il. Ce ne sont plus des grosses discothèques. Lors de la fermeture, on ne se retrouve pas avec un grand nombre de personnes dans la rue, en même temps. »
Luc Beaudoin, chef du SPVG

Le chef Beaudoin rappelle que le type d’établissement dans le centre-ville a beaucoup changé depuis l’époque sombre de la promenade du Portage. «À l’époque, les établissements avaient une bien plus grande capacité, maintenant c’est limité, dit-il. Ce ne sont plus des grosses discothèques. Lors de la fermeture, on ne se retrouve pas avec un grand nombre de personnes dans la rue, en même temps.»

Les bars actuels ne peuvent plus agrandir et la concentration observée dans les années 1990 n’est plus permise, ajoute M. Tessier qui voit ces restrictions comme le véritable rempart à un retour en arrière de 30 ans. «C’est une réglementation de la Ville, note-t-il. Pour moi, la solution pour ne pas revivre les années 1990, c’est cette réglementation qu’on applique déjà.» 

Folklore

Le propriétaire du bar le Troquet et vice-président de Vision centre-ville, Éric Gaudreault, a affirmé avoir confiance que les données du projet pilote vont peser assez lourd dans la balance pour que le conseil fasse de la prolongation des heures d’ouverture des bars une mesure permanente. 

Les violences d’il y a 30 ans relèvent aujourd’hui de l’histoire ancienne, selon lui. 

«Les relations avec la clientèle ont beaucoup changé, dit-il. On adore la clientèle ontarienne, on la veut de notre côté. Toute cette problématique là du Québec contre l’Ontario, c’est un peu folklorique. Ce n’est plus applicable aujourd’hui.»

Folklore ou pas, pour ceux qui ont vécu cette époque comme le conseiller Jocelyn Blondin, il faudra plus que neuf mois tranquilles pour le convaincre de la pertinence de prolonger les heures d’ouverture. Ce dernier était ambulancier à l’époque des troubles de la promenade du Portage. «C’était dur, et je ménage mes mots, a-t-il affirmé. C’était vraiment l’enfer de vivre ça et quand tu l’as vécu, il y a toujours une crainte que ça revienne.»

M. Blondin précise toutefois qu’il se rangera derrière le choix des citoyens si les consultations publiques qui auront lieu en mars sont concluantes et que la population est d’accord pour aller de l’avant.

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Le stationnement dans les rues pointé du doigt

Le problème des nuisances nocturnes dans le centre-ville de Gatineau est probablement aussi vieux que le centre-ville lui-même, et comme le précise le conseiller du quartier, Cédric Tessier, fermer les bars une heure plus tôt n’a jamais empêché les fêtards de crier, d’uriner sur les maisons et de vomir dans les fleurs des citoyens. 

M. Tessier entend proposer une nouvelle approche à temps pour la consultation publique de mars prochain et qui pourrait permettre d’agir sur ce problème jusqu’ici demeuré insoluble. 

Il n’a pas voulu en dévoiler la teneur, mardi, mais plusieurs indications permettent de pointer en direction d’une gestion différente du stationnement, la nuit, dans le centre-ville. 

« Le plus grand problème, c’est le stationnement dans les rues périphériques, les rues résidentielles, note d’ailleurs le vice-président de Vision centre-ville et propriétaire du bar le Troquet », Éric Gaudreault. 

Ce dernier note qu’un nouveau stationnement de grande dimension verra bientôt le jour dans le centre-ville. 

Il s’agira d’un stationnement sous-terrain aménagé sous l’immeuble actuellement en construction au 60, rue Laval, juste à côté des bars. M. Tessier précise que ce sera un stationnement privé, mais ouvert au public en soirée. 

Il viendra s’ajouter au stationnement étagé de la Ville sur la rue Leduc, situé à 250 m du bar le plus éloigné du secteur. 

«Ça pourrait régler une partie du problème causé par les gens stationnés dans les petites rues résidentielles avoisinantes», soutient M. Gaudreault.

Est-ce que cette offre supplémentaire de stationnements pourrait pousser la Ville à encadrer de manière plus serrée le stationnement dans les rues résidentielles pendant certaines heures, notamment en obligeant une vignette, voire à y interdire carrément le stationnement ? 

«Ça reste à voir, a affirmé M. Tessier. Mais c’est certain que si on veut régler le problème des nuisances nocturnes il faut se pencher sur la question du stationnement, c’est là qu’il faut trouver une solution. On règle le problème s’il n’y a plus de gens qui se stationnent dans les rues résidentielles la nuit.»