Le CREDDO suggère à la Ville de Gatineau de réserver 1 % des ses investissements annuels en infrastructures dites «grises» pour planter des arbres et lutter contre les îlots de chaleur.
Le CREDDO suggère à la Ville de Gatineau de réserver 1 % des ses investissements annuels en infrastructures dites «grises» pour planter des arbres et lutter contre les îlots de chaleur.

Oui pour plus d’arbres, mais pas si vite, disent des élus de Gatineau

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
Plusieurs élus de Gatineau affirment être séduits par la recommandation du Conseil régional de l’environnement et du développement durable de l’Outaouais (CREDDO) de percevoir l’arbre comme une infrastructure au même titre que l’asphalte et d’y consacrer une part des investissements annuels. Toutefois, entre ce qui apparaît comme une bonne idée et la décision politique d’y donner suite dès le budget 2021, il y a un pas que les conseillers ne souhaitent pas faire immédiatement.

La demande budgétaire déposée par le CREDDO et dont Le Droit faisait état dans son édition de mardi voulant que la Ville réserve 1 % des ses investissements annuels en infrastructures dites «grises» pour planter des arbres et lutter contre les îlots de chaleur mérite toutefois d’être analysée par l’administration, affirment à l’unanimité les conseillers contactés.

«Sur l’idée générale de réserver une part des investissements en infrastructures pour du verdissement, moi je trouve ça intéressant et intelligent, mais j’ai besoin d’avoir tous les détails avant de pouvoir l’appuyer, affirme le conseiller Daniel Champagne. Le geste est tout à fait noble et j’y adhère, mais est-ce que c’est vraiment la bonne décision à prendre pour Gatineau en matière environnementale? C’est de cette analyse que j’ai besoin.»

La présidente de la commission de développement du territoire, de l’habitation et de l’environnement de Gatineau (CDTHE), Maude Marquis-Bissonnette abonde dans le même sens. Elle rappelle que Gatineau planche actuellement sur une stratégie d’adaptation aux changements climatiques et que le verdissement en sera un aspect important, mais elle précise qu’il s’agit d’une des solutions à la portée de la Ville.

La conseillère Maude Marquis-Bissonnette

«J’adhère à l’argumentation du CREDDO sur les impacts du verdissement et aussi au concept des inégalités climatiques parce que ce ne sont pas toutes les communautés qui sont égales devant les changements climatiques, mais j’aimerais qu’on se dise ce que ça prend avant de se dire ce que ça coûte, explique-t-elle. Le CREDDO propose 1 %, mais est-ce qu’on sait si c’est la proportion des investissements qui sera nécessaire? Pourquoi ça ne serait pas 2 % ? La vraie question que je ne voudrais pas éluder c’est comment il faut s’y prendre pour réduire notre empreinte climatique et s’assurer d’être résilient aux changements climatiques.»

Dans une réponse écrite, le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, rappelle que le conseil reçoit chaque semaine de nombreuses idées en matière d’environnement et que chacune de ces idées doit être examinée. «Ce qui est important pour moi c’est que ces idées soient analysées dans le cadre plus large de notre stratégie de lutte et d’adaptation aux changements climatiques qui va servir précisément à ça : se concerter avec la communauté pour voir quelles sont les vulnérabilités, les opportunités, ce qui se fait déjà, l’éventail des solutions et ce qui doit être priorisé. Si on veut se donner un plan qui a de l’allure, il faut éviter les actions à la pièce et se donner une stratégie globale. Le CREDDO sera un partenaire incontournable dans cette réflexion.»

Pas en opposition

La conseillère Louise Boudrias affirme pour sa part qu’il ne faut surtout pas opposer entre elles les priorités de la Ville. Ce n’est pas l’asphalte contre les arbres, insiste-t-elle. «Les priorités des Gatinois sont claires, note-t-elle. Ils veulent qu’on fasse plus de plantation d’arbres, c’est une priorité pour eux. Mais ils ont aussi une autre priorité qui est d’avoir des routes carrossables bien entretenues et sur lesquelles on peut faire du vélo. Il ne faut pas opposer ces deux priorités.»

La conseillère Louise Boudrias

Comme ses collègues, Mme Boudrias n’est pas contre l’idée de réserver une part des investissements en infrastructures pour la plantation d’arbres, mais elle n’est pas convaincue que ce soit la meilleure mécanique de financement à mettre de l’avant pour la Ville de Gatineau. Si le conseil souhaite agir vite et financer dès 2021 la plantation d’arbres comme le suggère le CREDDO, Mme Boudrias propose de jeter un coup d’oeil aux différents plans de toutes sortes que la Ville a financés dans les dernières années. Il y a peut-être des sommes qui n’ont pas été utilisées et qui pourraient servir à financer des arbres, dit-elle. Le conseil pourrait commencer par ça, ajoute-t-elle, en attendant de voir comment intégrer les arbres dans les plans financiers de la Ville.

La conseillère Audrey Bureau se dit «totalement en accord» avec la proposition du CREDDO. Elle ajoute toutefois qu’une analyse devra avoir lieu. «Je pense que plus tôt que tard est souhaitable», dit-elle en ajoutant qu’elle aimerait que le conseil soit prêt à se prononcer sur ce dossier à temps pour l’étude budgétaire 2021 qui aura lieu dans quelques semaines. «J’ai questionné le président du comité exécutif à cet effet et j’attends une réponse, dit-elle. Je ne sais pas si ce sera possible parce qu’on est déjà dans le processus budgétaire depuis plusieurs mois. Il faut se questionner sur la meilleure façon d’atteindre nos objectifs de verdissement. Il faut voir si on ampute le budget des infrastructures pour planter plus d’arbres ou si on ne pourrait pas plutôt le bonifier. Nos services devront nous faire des recommandations.»