On se demande bien où étaient toutes ces personnes qui critiquent la décision du conseil municipal de Gatineau sur le Quartier-du-Musée.

Où étaient-ils ?

ANALYSE / Mais où étaient-ils donc tous ? Tous ces gens qui déversent leur mécontentement à coup d’insultes et de dénigrements sur les réseaux sociaux depuis qu’une majorité au conseil a décidé de protéger le Quartier-du-Musée ; où étaient-ils mardi ?

Devant leur téléviseur, peut-être, comme bien d’autres Gatinois, à regarder pour une première fois en direct une séance du conseil municipal. Ils en auront eu pour leur argent. Il n’y en a pas eu beaucoup des conseils comme ça !

Où étaient-ils lors des consultations publiques sur la protection patrimoniale du Quartier-du-Musée ? Que faisaient-ils donc pendant que certains de leurs concitoyens bâtissaient ce qui allait devenir le PPU centre-ville, enfilaient les sessions de travail, participaient aux consultations organisées par l’urbanisme, et rédigeaient des mémoires.

Parce qu’au-delà du choix de protéger le plus vieux quartier de l’île de Hull au détriment d’un projet iconique de 400 millions $, ce conseil, de façon majoritaire, a envoyé un message très fort à la population, cette semaine. La participation des citoyens à l’exercice de la vie démocratique de la ville a un poids à Gatineau.

Les citoyens qui se mobilisent profitent maintenant d’une voix au chapitre bien plus forte que ceux, qui de leur salon, pensent que trois, quatre ou des dizaines de publications sur Facebook représentent un acte démocratique suffisant pour arriver à changer les choses et influencer la classe politique. L’outil développé par Mark Zuckerberg a perdu passablement de lustre comme vecteur démocratique au cours des dernières années et ressemble de plus en plus à un exutoire pour les frustrés.

Volonté affirmée

Une majorité écrasante de citoyens s’est prononcée en faveur de la protection du Quartier-du-Musée lors des consultations publiques ouvertes à l’ensemble des Gatinois en juin 2017. Cette citation patrimoniale était prévue et inscrite noir sur blanc dans le PPU qui a été adopté à l’unanimité par le conseil en 2009, après deux ans de réflexion, d’analyses et de consultations citoyennes. La citation correspondait à la volonté citoyenne qui a été affirmée. Pour un conseil qui dit vouloir favoriser la participation citoyenne et mettre les Gatinois au cœur de ses décisions, il devenait hasardeux d’ignorer complètement l’avis de ceux qui ont mis de leur temps à nourrir la réflexion de la Ville. La porte-parole des résidents du Quartier-du-Musée, Lissa Constantine, a eu une réflexion très à propos dans les minutes suivant le vote, mardi. « Cette attitude d’écoute d’une majorité du conseil nous a encouragés à ne pas lâcher et va certainement motiver d’autres citoyens à s’engager dans la vie de leur ville et à ne pas sombrer dans le cynisme », a-t-elle affirmé.

Même loin du centre-ville, dans le quartier du Versant, Daniel Champagne, il y a quelques semaines à peine, n’a pu que constater le large consensus parmi les gens qui se sont présentés à sa rencontre citoyenne voulant que les tours Brigil n’étaient pas à leur place sur la rue Laurier. Ce dernier avait quitté pour les vacances estivales en étant contre la protection patrimoniale et il en est revenu en faveur, convaincu par ses citoyens qu’il devait tourner le dos aux tours dans le Quartier-du-Musée.

La mobilisation Brigil

L’homme d’affaires Gilles Desjardins n’a pourtant pas ménagé les efforts, lui aussi, pour mobiliser les citoyens derrière sa Place des peuples. Son projet de tours a été omniprésent dans les médias depuis le jour où en mai 2015, Le Droit en a révélé l’existence. Il a engagé des sommes importantes pour commanditer une étude socio-économique du quartier et de l’impact qu’aurait son projet. Il s’est adjoint les services de spécialistes pour proposer un cadre de citation patrimoniale différent de celui envisagé par la Ville. Il a recruté l’architecte Douglas Cardinal pour qu’il l’aide à faire rêver les Gatinois avec lui. Il a même embauché une firme de communication pour travailler sur l’acceptabilité sociale de Place des peuples au sein de la population. Il a mobilisé une partie de la communauté des gens d’affaires.

D’autres promoteurs, des concurrents, lui ont offert leur appui, tout comme, évidemment, l’industrie de la construction.

Mais les simples citoyens qui comme Gilles Desjardins souhaitaient dynamiser le centre-ville avec des tours de 35 et 55 étages devant le Musée canadien de l’histoire ne se sont pas manifestés en très grand nombre lorsque s’est déroulé tout l’exercice démocratique et de participation citoyenne qui a préparé le vote historique de mardi.

Ceux qui percevaient le projet des tours comme une menace au patrimoine identitaire gatinois, ou carrément à leur qualité de vie, y étaient eux. Ils ont participé. Et probablement qu’ils sont aussi allés voter lors des dernières élections.

Le chef d’Action Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, a été très clair sur ses intentions dans ce dossier en campagne électorale. Gilles Desjardins aussi. Ceux qui rêvaient aux tours et qui n’accordaient pas d’importance à la protection du Quartier-du-Musée savaient à quelle adresse logeaient les deux protagonistes. Des options de rechange à la mairie se proposaient à eux.

À quoi pouvait bien être occupés tout ce monde le 3 novembre dernier pendant que moins de 40 % de leurs concitoyens reconduisaient majoritairement au pouvoir le maire Pedneaud-Jobin ? Peut-être étaient-ils assis dans leur salon à se plaindre sur Facebook que Gatineau n’a pas d’envergure.