Nathalie Cléroux ne se doutait pas que sa maison avait un problème d'eau colorée.

Otage de l'eau brune

Nathalie Cléroux se sent prisonnière de sa propre maison, prise en otage par l'eau brunâtre qui coule de son robinet et qui l'empêche de vendre sa maison pour fuir ce qui est devenu pour elle un cauchemar quotidien.
Comme des milliers d'autres Gatinois, Mme Cléroux est aux prises avec un problème d'eau colorée depuis des années. La résidente de l'impasse du Rameur, dans le secteur Aylmer, a tenté toutes sortes d'approches auprès de la Ville de Gatineau pour obtenir de l'aide, mais en vain. 
« Ça fait cinq ans que je fais des pressions auprès de la Ville, raconte-t-elle. Les fonctionnaires à qui j'ai parlé reconnaissent la gravité de la situation et admettent que c'est un dossier complexe à régler, mais tout ce qu'ils ont fait au cours de ces années c'est me fournir du savon pour mon linge et me souhaiter bonne chance. »
« Prise avec ça »
Mme Cléroux ne se doutait pas que la maison qu'elle achetait en 2008 avait un problème d'eau colorée. Les anciens propriétaires n'ont évidemment pas mentionné ce détail lors de la vente. « J'ai acheté cette maison dans le but de la rénover et éventuellement de la revendre, dit-elle. Mon neveu de six ans a refusé l'autre jour de prendre son bain chez moi parce qu'il trouvait l'eau sale. Là, je ne peux pas refiler ça à quelqu'un. Je suis prise avec. »
Les tests de qualité faits en laboratoires démontrent que l'eau qui coule dans les robinets de Mme Cléroux est potable. « Mais qui voudrait boire de cette eau-là ? demande-t-elle. Même le maire de Gatineau a dit qu'il n'en boirait pas. Ça tache mon bain, ma céramique et la cuvette de ma toilette. Quel sera l'effet si je bois de cette eau sur une longue période ? Je ne prendrai certainement pas cette chance. Ça me coûte environ 1200 $ de bouteille d'eau par année. Je me demande bien pourquoi je paie des taxes dans cette ville. »
Un mal omniprésent
Les propos de Mme Cléroux abondent dans le même sens que tous ceux qui vivent avec le même problème. L'eau brune s'insère dans tous les aspects de la vie de ses victimes. « Moi qui ai un caractère fort, il m'arrive de craquer et de me mettre à pleurer à cause de ça, admet-elle. Le linge blanc que j'ai lavé ici est entièrement devenu jaunâtre. Je vais maintenant faire une partie de mon lavage chez ma mère. 
Mme Cléroux estime inacceptable le traitement réservé par la Ville aux citoyens aux prises avec de l'eau brune. «C'est un problème grave qui empoisonne la vie des gens, dit-elle. Il doit y avoir une réaction.»
Gatineau a annoncé un programme de 50 millions $ étalé sur dix ans pour régler la problématique de l'eau colorée lors de l'étude du dernier budget. Des travaux de bouclage d'aqueduc sont prévus dans divers culs-de-sac et impasses du secteur Aylmer. Mme Cléroux se croise les doigts.