Lundi soir, les citoyens de Gatineau étaient invités au dévoilement des plans préliminaires du projet de réaménagement du boulevard Saint-Joseph. Quant à lui, le conseiller Daniel Champagne est choqué du manque d’intérêt pour les cyclistes dans le projet.

«On ne pense qu’aux automobilistes»

Le président du conseil municipal et responsable du dossier vélo à Gatineau, Daniel Champagne, n’en croit pas ses yeux. Réaménager le boulevard Saint-Joseph pour près de 60 millions $ sans prévoir une piste cyclable, « en évacuant totalement les besoins des cyclistes », dépasse l’entendement, selon lui. Il prévoit s’opposer à ce projet si des changements ne sont pas apportés par les concepteurs.

« Je suis renversé, a-t-il affirmé au Droit, mardi matin. Encore une fois, à Gatineau, on ne pense qu’aux besoins des automobilistes. On n’arrête pas d’insister sur la nécessité d’augmenter la part modale du vélo, c’est un objectif municipal, on le répète partout, tout le temps, et là on arrive avec une artère aussi importante que Saint-Joseph, un lien qui mène directement à l’Université du Québec en Outaouais, et on ne pense même pas aux cyclistes. C’est un non-sens. »

M. Champagne n’a pas cherché à cacher son irritation devant les plans préliminaires du projet de réaménagement de Saint-Joseph présentés à la population lundi soir. 

« Je suis choqué, surpris, déçu, c’est comme si les demandes que nous faisons au conseil depuis des années ont encore été complètement mises de côté, dit-il. Le conseil a grandement évolué sur ces notions, mais visiblement, le message ne se rend pas. On a complètement ignoré toutes les revendications que j’ai faites au cours des dernières années. Comment pouvons-nous penser pouvoir reprendre notre position de tête comme ville vélo si on ne considère pas les besoins des cyclistes quand on refait une artère comme ça ? J’ai besoin que les gens qui réfléchissent à nos artères aient comme premier réflexe de comprendre le mandat qu’on leur donne. On veut des rues complètes, mais actuellement, à Gatineau, on continue de mettre de côté le principe du vélo utilitaire. »

Sur sa page Facebook, le maire Maxime Pedneaud-Jobin, a lui aussi fait connaître son insatisfaction concernant les plans préliminaires du boulevard Saint-Joseph, en rappelant que c’est pour des projets comme ça que le conseil souhaite inclure le concept de « rue complète » dans la préparation des projets d’infrastructures.

« Il ne fait aucun doute dans mon esprit qu’on doit trouver une façon d’inclure sur le boulevard Saint-Joseph des aménagements pour les vélos, autant que pour les autres modes de déplacements durables », a-t-il écrit.

Lundi, le président du comité consultatif d’urbanisme, Jocelyn Blondin, affirmait qu’il est tout simplement impossible de faire de la place aux vélos parce que la rue est trop étroite et parce que les stationnements en bordure de rue doivent être conservés le plus possible pour ne pas nuire aux commerçants. 

« Voyons donc, lance M. Champagne. Pourquoi ne pas réfléchir en demandant aux automobilistes d’aller se stationner sur les rues adjacentes ? Pourquoi on ne pense pas comme ça ? Il faut changer les habitudes. Le principe de pouvoir se stationner directement devant un commerce, ça n’existe plus dans les grandes villes. C’est juste à Gatineau où certains disent encore qu’il faut absolument se stationner devant les commerces sinon on va faire mal aux affaires. »

Le conseiller Cédric Tessier abonde dans le même sens que M. Champagne. Selon lui, ceux qui affirment qu’il est impossible d’aménager une piste cyclable pour des raisons techniques versent dans la facilité et font fausse route. « Essentiellement, c’est une section d’environ 200 mètres qui est surtout compliquée, dit-il. Il faut faire des choix. Pourquoi ne pas réduire la largeur des voies pour les automobiles ? Pourquoi ne pas réduire la vitesse de 50 km/h à 40 km/h pour améliorer la sécurité ? Il y a l’option d’un bout de piste cyclable sur le terrain des Chars de combat qui appartient à la Commission de la capitale nationale (CCN). Le mobilier urbain, la verdure, les refuges pour autobus, il y a des éléments qu’on peut revoir. »

Le conseiller Daniel Champagne estime que les cyclistes ont été oublié dans le projet de réaménagement du boulevard Saint-Joseph, à Gatineau

Piste cyclable sur Saint-Joseph: trop étroit et pas sécuritaires disent Blondin et Boudrias

Les cyclistes devront accepter de pédaler ailleurs que sur le nouveau boulevard Saint-Joseph, affirment les conseillers Jocelyn Blondin et Louise Boudrias. « Moi aussi, je voulais une piste cyclable, mais c’est une question de possibilité, ce n’est pas possible de le faire, la rue n’est pas assez large, ce n’est pas sécuritaire, et quand on parle de déplacements durables, il faut aussi penser aux automobilistes », soutient la conseillère. 

Mme Boudrias rappelle que l’objectif du réaménagement du boulevard Saint-Joseph est d’avoir une rue conviviale, « où les gens peuvent marcher sur des trottoirs plus larges, avec de la verdure, du mobilier urbain et des débarcadères d’autobus ». Tout ça, sur une emprise déjà étroite laisse cependant bien peu de place pour une bande cyclable.

« À moins d’exproprier, on ne peut pas ajouter une piste cyclable, dit-elle. On ne peut pas la mettre dans les airs. C’est tellement étroit à certains endroits que ça n’aurait tout simplement pas été sécuritaire. »

Le président du comité consultatif d’urbanisme, Jocelyn Blondin, est aussi d’avis que c’est l’aspect sécuritaire qui doit primer dans ce dossier. 

« Je n’ai rien contre les cyclistes, mais ils doivent pouvoir rouler dans des espaces sécuritaires, dit-il. La grande majorité des utilisateurs de vélo disent le faire pour la bonne forme physique. Ça ne devrait donc pas être un problème de les éloigner d’un coin de rue pour qu’ils puissent être en sécurité. » 

Ce dernier fait ainsi référence au tracé alternatif pour les vélos qui emprunterait les rues Lois, Berri et Joffre.

M. Blondin est aussi d’avis qu’un certain nombre de stationnements en bordure de rue doivent être conservés pour les gens, notamment ceux à mobilité réduite, qui se rendent dans les commerces du boulevard Saint-Joseph. « Certains comme Daniel Champagne voudraient leur dire de stationner sur une rue adjacente, mais on refuse de déneiger ces trottoirs l’hiver, dit-il. Ça ne fonctionne pas. »