Le nouveau plan d’urbanisme proposé par la Ville de Gatineau a beaucoup refroidi l’enthousiasme suscité depuis 2015 par le schéma d’aménagement au sein des associations de résidents.
Le nouveau plan d’urbanisme proposé par la Ville de Gatineau a beaucoup refroidi l’enthousiasme suscité depuis 2015 par le schéma d’aménagement au sein des associations de résidents.

Nouveau plan d’urbanisme à Gatineau: un «rendez-vous manqué», selon des associations de résidents

Le nouveau plan d’urbanisme proposé par la Ville de Gatineau a beaucoup refroidi l’enthousiasme suscité depuis 2015 par le schéma d’aménagement au sein des associations de résidents. «Manque d’ambition», «trop timide» ou encore «rendez-vous manqué», les représentants de ces associations de quartier ne cachent pas leur déception face à la faiblesse de certains outils urbanistiques dont souhaite se doter Gatineau pour donner vie à un véritable développement durable du territoire.

Ces derniers auront l’occasion, ce mardi, de faire connaître leurs commentaires et leurs recommandations lors de la consultation publique pour les secteurs Hull et Aylmer qui se tiendra en ligne de 18h30 à 20h. Ils espèrent que leurs voix seront entendues et que la version finale du plan d’urbanisme reflétera mieux les attentes des citoyens.

Les associations de résidents de l’ouest de la Ville ont décidé d’unir leurs forces, au cours des dernières semaines, afin de décortiquer la documentation mise en ligne par la Ville en prévision de la consultation publique. Elles ont pondu des recommandations communes qu’elles soumettront à la Ville.

«Le plan d’urbanisme présenté n’est pas suffisamment ambitieux, estime Andréanne Léger, porte-parole de l’Association des résidents de la Terrasse-Lakeview. Nous étions tous très enthousiastes avec le schéma d’aménagement qui a pris plusieurs années à préparer, mais aujourd’hui, avec le plan d’urbanisme qui en découle, c’est à notre avis un rendez-vous manqué.»


« «C’est ironique de les entendre dire qu’ils n’ont pas les outils alors qu’ils ne saisissent pas l’opportunité qui est là, devant eux, pour se doter des outils dont ils ont besoin.» »
Andréanne Léger

Vision diluée

Darquis Gagné de l’Association des résidents du Parc Champlain abonde dans le même sens. «On doit admettre que ce plan d’urbanisme est une amélioration par rapport aux pratiques passées de la Ville de Gatineau, mais ça reste timide par rapport à la grande vision du schéma d’aménagement. Nous n’avons pas l’impression que ce plan d’urbanisme va permettre d’aligner le train de manière cohérente derrière la locomotive du développement qui file déjà à toute allure dans l’ouest. On se dit que si le plan d’urbanisme est à ce point timide par rapport à la vision du schéma d’aménagement, qu’en sera-t-il des règlements qui découleront du plan d’urbanisme. On craint de finalement se retrouver avec une vision finale complètement diluée. Plusieurs associations qui ont une expérience avec cette ville ont de nombreuses craintes à ce sujet.»

Mme Léger cite en exemple la protection du couvert forestier que plusieurs élus souhaitent voir plus agressive. «La Ville nous dit qu’elle n’a pas les outils réglementaires pour régler cette situation-là, mais il n’y a aucune initiative dans le plan d’urbanisme, à notre avis, pour remédier à cette situation-là, explique-t-elle. C’est ironique de les entendre dire qu’ils n’ont pas les outils alors qu’ils ne saisissent pas l’opportunité qui est là, devant eux, pour se doter des outils dont ils ont besoin.»

Planification en silo

Mme Léger dit avoir été surprise du peu d’emphase mis sur l’urgence climatique dans le plan d’urbanisme. «Le conseil reconnaît l’urgence, il en est question constamment, mais le plan d’urbanisme demeure très timide sur cette question et ne va clairement pas assez loin, dit-elle. On ne sent d’ailleurs pas d’arrimage réel entre les besoins en transport et le développement domiciliaire.»

Darquis Gagné va plus loin. Selon lui, le plan d’urbanisme laisse présager que la Ville de Gatineau continuera de travailler le développement de son territoire en silo, sans grande considération pour les besoins du milieu scolaire et communautaire. «Le plan parle de milieux de vie complets et on applaudit ça, mais pour développer des milieux de vie complets il faut planifier en même temps les écoles, les garderies, le transport en commun, les espaces communautaires et les services récréatifs. Là, ce qui ressort, c’est que Gatineau va continuer de travailler en silo. Il manque d’indications claires sur la façon dont la Ville veut mettre de l’avant ce concept.»

Plusieurs associations nourrissent des craintes par rapport à ce que le plan d’urbanisme prévoit en matière de densité dans les villages urbains. Le concept de «mesures uniformes de densification» de deux à six étages pour tous les villages urbains et de deux à dix étages pour les coeurs de villages urbains ne respectent pas, selon ces associations, la promotion des valeurs identitaires, patrimoniales et culturelles des villages urbains.

«Plusieurs associations habituées de travailler avec la Ville de Gatineau ont un passif de mauvaises expériences qui a effrité leur confiance, explique M. Gagné. C’est handicapant. Cependant, il semble que les mesures uniformes de densification seront corrigées dans le plan final, c’est ce qu’on entend.»

Mme Léger ajoute que «Gatineau a tendance à faire bien des exceptions dans l’application de ses règlements pour favoriser le développement». C’est selon elle une raison suffisante pour être doublement alerte alors que la Ville s’apprête à adopter un nouveau plan d’urbanisme.