La conseillère Myriam Nadeau a été la cible de messages «inquiétants» de la part du notaire gatinois Daniel Lauzon.
La conseillère Myriam Nadeau a été la cible de messages «inquiétants» de la part du notaire gatinois Daniel Lauzon.

Myriam Nadeau visée par des propos «inquiétants» d’un notaire

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
Des propos jugés «inquiétants» par le Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) ayant été tenus par un notaire de Gatineau sur Facebook au début du mois d’août à l’endroit de la conseillère municipale Myriam Nadeau ont poussé les autorités à intervenir et à ouvrir une enquête.

Après avoir rencontré les personnes impliquées, le SPVG a conclu qu’aucune accusation criminelle n’avait à être déposée dans ce dossier. Les propos en question rapportés par la conseillère, mardi soir en ouverture du conseil municipal, ont néanmoins suscité l’indignation de quelques élus, qui n’ont pas hésité à qualifier la situation d’«inacceptable».

«Myriam Nadeau plus tu t’entête à ne pas rouvrir la rue au pc plus tu creuses ta tombe!!! À toi d’en subir les conséquences…mes sympathies. (sic)» Ces propos cités par Mme Nadeau sont ceux du notaire Daniel Lauzon, bien connu dans le secteur Pointe-Gatineau. Ce dernier a été l’un des acteurs citoyens les plus impliqués et les plus virulents dans le dossier de la fermeture de la rue Jacques-Cartier, qui a défrayé les manchettes tout l’été.

«La police m’a interpellée à la suite d’un signalement et j’ai dit que je ne me sentais pas très bien dans cette situation, que je pensais que ces propos dépassaient la limite et que c’était une atteinte à mon intégrité, a expliqué Mme Nadeau. Avant même que le projet soit mis en place, M. Lauzon avait commencé à m’interpeller sur Facebook de manière très récurrente. Ses messages étaient hostiles et la récurrence était telle – c’était plusieurs fois par semaine – que je trouvais que ça frisait le harcèlement.»

Mme Nadeau dit qu’elle ne conteste pas la conclusion de l’enquête du SPVG, mais elle continue de croire que de tels propos n’ont pas leur place dans un débat public. Elle ajoute que ce genre de commentaires ont empêché plusieurs personnes en faveur du projet de s’exprimer. «L’hostilité des propos et le climat ambiant que tout ça a provoqués ont nui au débat», selon elle.

Daniel Lauzon s’explique

L’auteur de la publication Facebook, Daniel Lauzon, est notaire depuis 44 ans. Il a déjà été conseiller municipal dans le passé. En entrevue avec Le Droit, il a rejeté toutes les allégations de menaces et d’intimidation dont il fait l’objet depuis la sortie publique de Mme Nadeau.

«En politique, on doit s’attendre à se faire <em>garrocher</em> des roches et à faire face à des opinons divergentes des nôtres», affirme Daniel Lauzon.

«J’ai droit à mon opinion et celle que j’ai émise le 7 août n’était pas menaçante de quelque manière que ce soit, a-t-il insisté. L’expression creuser sa tombe veut dire participer à sa propre perte, être l’auteur de sa propre perte. L’objectif de mon message était de dire à Mme Nadeau qu’elle contribue à sa propre perte au niveau politique avec son entêtement dans ce projet. Oui, je lui ai offert mes sympathies, mais pas mes condoléances. Ce que je veux dire c’est que je vais sympathiser avec elle lorsqu’elle perdra ses prochaines élections. J’ai été conseiller municipal il y a 40 ans. En politique, on doit s’attendre à se faire garrocher des roches et à faire face à des opinons divergentes des nôtres. Mme Nadeau a peut-être été heurtée, mais elle doit s’attendre à se faire critiquer. Si elle n’est pas capable, qu’elle sorte de la politique et qu’elle aille s’enfermer dans un couvent.»

Pierre Lanthier surpris

Le conseiller Pierre Lanthier n’a pas hésité, mardi soir, à appuyer publiquement sa collègue de Pointe-Gatineau en dénonçant lui aussi les propos visant Mme Nadeau. L’ancien policier a rappelé que de telles «attaques personnelles» étaient inacceptables et que ce message devait être rappelé haut et fort dans la population.

Ce que M. Lanthier ne savait pas au moment de prendre la parole, c’est que les propos cités par Mme Nadeau venaient de M. Lauzon, un homme à l’égard duquel il a affirmé, mercredi, «avoir le plus grand respect». M. Lanthier se tenait d’ailleurs aux côtés de M. Lauzon, la semaine dernière, lors de la conférence de presse en appui à la réouverture de la rue Jacques-Cartier.

«En toute franchise, je ne savais pas que c’est lui qui avait écrit ça, a affirmé M. Lanthier. C’est déplorable. Que ça vienne de lui ou de qui que ce soit, c’est inacceptable. J’invite M. Lauzon et tout le monde à la prudence et au respect dans leurs propos. Si j’avais su ça lors de la conférence de presse, j’aurais été très à l’aise de lui dire que c’est inacceptable.»

Champagne bloque sur Facebook

Le président du conseil municipal, Daniel Champagne, a lui aussi tenu à dénoncer, mardi soir, les propos «offensants et agressifs» ciblant Mme Nadeau dans le dossier de la rue Jacques-Cartier. «Si vous pensez pouvoir porter un jugement agressif envers Mme Nadeau ou n’importe lequel de mes collègues autour de cette table, vous faites fausse route, a-t-il lancé. Sachez que si vous utilisez des termes agressifs à mon égard ou à l’égard de mes collègues, en ce qui me concerne, je vous exclus systématiquement du débat public et vous ne me trouverez pas sur Facebook parce que je vous aurai éliminé de la liste des gens en mesure d’entrer en contact avec moi.»

Daniel Lauzon a indiqué au Droit qu’il croyait avoir retiré sa publication du 7 août de sa page Facebook, mais elle s’y trouvait toujours mercredi midi. «Je vais y retourner et la retirer pour la simple raison que si ça dérange tant de monde que ça, si tout le monde tente de m’affubler des sept péchés capitaux et d’avoir menacé de mort une politicienne, je n’ai pas le temps d’expliquer le fond de ma pensée à tout le monde», a-t-il indiqué.