L’auteur Guy Jean, membre de la Commission des arts, croit que la Ville de Gatineau aurait tout à gagner en misant sur ses artistes.

Miser sur les artistes

Des projets de développement culturel, la Ville en avait dans ses cartons tout au long des dernières décennies aux dires de certains artistes impliqués sur la scène locale. Mais presque aucun n’aurait vu le jour, ce qui laisse certains artistes perplexes quant à l’avenir, même s’ils souhaitent tout de même y croire.

«Une ville a intérêt à investir dans ses créateurs. Ça lui permet d’avoir une identité, mais aussi de la rendre attrayante par l’art qui s’y manifeste et s’y crée, insiste Guy Jean, auteur et membre de la Commission des arts, de la culture, des lettres et du patrimoine de 2002 à 2008. Dans les villes où l’art est visible, où il fait partie du territoire et du contexte social, ç’a été démontré que ça attire les gens pour y habiter ainsi que les touristes. Ce qui est extrêmement favorable sur le plan économique.»

Pourtant parmi les artistes pionniers de la diffusion artistique à Gatineau, qui œuvrent activement pour donner à la ville la place qu’elle mérite sur le plan artistique, Guy Jean et Jean-Yves Vigneau, artiste visuel et président d’Axenéo 7, entendent parler de différents projets depuis des années. Mais, ils constatent que ces projets ne sont restés pour la plupart qu’embryonnaires.

Et bien que l’administration du maire Maxime Pedneaud-Jobin semble vouloir miser sur la culture comme vecteur de développement, les artistes, eux, restent encore sur leur garde. «On attend un geste pour s’assurer qu’on n’est pas en train de vivre la même chose que dans le passé», insiste M. Vigneau.

«Il y avait la promesse que le secteur de rue Montcalm devienne le carrefour culturel de Hull et de Gatineau. Ça fait près de 35-40 ans qu’il est identifié comme étant une zone à densifier culturellement. Mais à part La Filature, rien n’a été fait, déplore Jean-Yves Vigneau, artiste visuel et président d’Axenéo7. On reçoit des artistes en résidence et ils ont l’impression de tomber dans un no man’s land.»

Axenéo7 et Daïmon sont implantés dans le quartier depuis le début des années 1980, mais à part l’ouverture, en 2002, de La Filature, rien n’est venu s’ajouter au secteur qui profite pourtant d’un bel atout avec le ruisseau de la brasserie. «Dans n’importe quelle ville, un ruisseau qui traverse la ville, ça devient quelque chose de formidable. Ici, on s’en est servi pour garrocher nos déchets», déplore Guy Jean.

Pourtant, Gatineau ne semble rien avoir à envier aux autres villes pour devenir un pôle de création. «On a un cadre artistique incroyable. On la proximité avec Ottawa et le parc de la Gatineau, et les loyers sont encore abordables», fait remarquer François Cambe, coordonnateur aux communications et aux événements de Daïmon.

Alors que Yvon Leclerc trouve des ressemblances entre le quartier Saint-Roch à Québec et Gatineau, Jean-Yves Vigneau juge au contraire que les deux villes ont «des dynamiques différentes». «Québec ne s’est jamais demandé s’il avait un centre-ville, lance-t-il. Et l’aide financière qu’apporte Gatineau est insignifiante à côté de celle que Québec donne à ses organismes. Axenéo7 reçoit 120 000 $ par année du Conseil des arts du Canada, mais ne reçoit que 6 000 $ de la Ville. À Québec, chaque organisme équivalent reçoit en moyenne le triple.»

Bien conscients des réalités auxquelles est confrontée Gatineau, MM. Jean et Vigneau restent néanmoins convaincus que d’importants projets devraient voir le jour, comme celui de la Grande bibliothèque, qui est dans les cartons depuis des années. M. Vigneau estime néanmoins que ce projet devrait notamment inclure les galeries Montcalm et Dallaire.

«Il faut créer une concentration autour de laquelle d’autres choses pourront se développer. Ça sera économiquement plus rentable et créera un pôle fort qui pourra dynamiser le secteur», souligne-t-il avant de rappeler que, dans le quartier où se trouve Axenéo7 et Daïmon, des terrains appartenant à la Ville sont vacants. Des résidences d’artistes pourraient d’ailleurs y être construites.