Les projecteurs se tourneront de nouveau, mardi, lors du conseil municipal, vers un milieu humide dans le secteur Aylmer qui pourrait être détruit pour faire place à un projet immobilier.
Les projecteurs se tourneront de nouveau, mardi, lors du conseil municipal, vers un milieu humide dans le secteur Aylmer qui pourrait être détruit pour faire place à un projet immobilier.

Milieux humides: controverse autour d’un projet de Brigil

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
Les projecteurs se tourneront de nouveau, mardi, lors du conseil municipal, vers un milieu humide dans le secteur Aylmer qui pourrait être détruit pour faire place à un projet immobilier. La conseillère Audrey Bureau s’y opposera et plusieurs citoyens entendent interpeller le conseil et l’inviter à respecter les notions de développement durable qui sont, selon eux, trop facilement mises de côté à Gatineau.

Après les controverses consécutives concernant le projet Destination Vanier et la bataille citoyenne pour empêcher la Ville de vendre la forêt Deschênes, c’est vers le 62-64 boulevard Lucerne que l’attention se tourne. Brigil souhaite y construire deux immeubles de 8 étages qui comprendront au total près de 200 unités d’habitation. Le promoteur détient un certificat du ministère de l’Environnement depuis 2012 qui l’autorise à remblayer le site. Il doit maintenant se tourner vers la Ville pour obtenir l’autorisation d’y couper tous les arbres qui s’y trouvent ainsi que pour obtenir une des dérogations mineures devant rendre son projet conforme à la réglementation municipale.

«Ce projet est une caricature de ce qui ne tourne pas rond à l’urbanisme à Gatineau, affirme Howard Powles, un citoyen du secteur Aylmer farouchement opposé au projet. Le promoteur se tourne vers des dérogations mineures qui n’ont rien de mineur pour être en mesure d’insérer un projet trop gros sur un terrain mal adapté et trop petit. Le pire c’est que le service de l’urbanisme recommande d’aller de l’avant. L’insertion d’un tel projet à cet endroit n’a aucun sens.»


« Pour moi, c’est une préoccupation majeure et véritable. Nos services nous suggèrent d’accepter le projet parce que selon eux, une partie des arbres sont déjà morts et qu’ils n’ont donc pas de valeur. Je suis en total désaccord avec cette interprétation. »
Audrey Bureau

Moyen «détourné»

Christiane Thérien de l’Association des résidents de Wychwood abonde dans le même sens. Elle rappelle que selon la loi, une dérogation mineure est une façon d’apporter des solutions à des problèmes pratiques qui ne peuvent être décelés à l’avance dans la réglementation d’urbanisme. Dans le cas du 62-64 Lucerne, dit-elle, le service de l’urbanisme affirme lui-même qu’il est difficile de modifier le projet pour le rendre conforme à la réglementation en raison de la pente du terrain tout en conservant une distance minimale de 20 mètres entre les bâtiments et le boulevard et qu’en ce sens c’est tout le concept d’ensemble présenté par le promoteur qui devrait être modifié. «La dérogation mineure ne doit pas être un moyen détourné pour contourner le plan et les règlements d’urbanisme», ajoute-t-elle.

«Démesuré»

La conseillère Bureau s’oppose à l’adoption des dérogations mineures demandées par Brigil. «À mon avis, ce ne sont pas des dérogations mineures au sens de la loi, dit-elle. Ce sont des dérogations pour faire en sorte qu’un projet démesuré puisse être construit sur un terrain trop petit et dont la topographie est contraignante.»

Mme Bureau reconnaît que le promoteur a obtenu de Québec l’autorisation pour effectuer du remblai sur ce terrain. «Cela ne retire pas la compétence du conseil de se prononcer sur le Plan d’intégration et d’implantation architecturale (PIIA) sur la protection des boisés, ajoute-t-elle. Pour moi, c’est une préoccupation majeure et véritable. Nos services nous suggèrent d’accepter le projet parce que selon eux, une partie des arbres sont déjà morts et qu’ils n’ont donc pas de valeur. Je suis en total désaccord avec cette interprétation. Les arbres morts dans un milieu humide c’est normal, ça fait partie de l’écosystème et on doit leur accorder une valeur.»

Le projet proposé par Brigil n’est pas recevable, selon Mme Bureau, en raison aussi des enjeux de mobilité dans le secteur. «C’est un endroit où il n’y a aucun service de proximité, pas de commerce, pas d’infrastructure communautaire et même pas de trottoir, note-t-elle. On va amener là des gens qui seront enclavés et dépendants de leur automobile dans un secteur qui est déjà hyper congestionné.»

«Préjudice»

Pour sa part, Brigil défend son projet en disant vouloir replanter une centaine d’arbres sur le terrain, construire un stationnement sous-terrain et en affirmant respecter 100 % de la réglementation municipale.

«C’est dommage qu’un projet qui respecte la réglementation soit attaqué de la sorte par des citoyens et Mme Bureau, a affirmé le porte-parole de l’entreprise dans ce dossier et ancien conseiller municipal, Maxime Tremblay. On fait face à des gens qui souhaitent protéger tous les milieux humides de la ville, même ceux qui n’ont pas vraiment de valeur. On se fait critiquer parce qu’il n’y a pas de trottoir, mais il n’y en a nulle part sur Lucerne. Ce n’est pas à nous d’urbaniser les artères de la ville. Les dérogations que nous demandons sont pour construire le stationnement sous-terrain et réduire l’îlot de chaleur. Oui, nous devrons couper des arbres, mais notre projet va améliorer le couvert forestier, notamment avec des espèces nobles. Nous avons les autorisations de Québec pour le remblai, nous n’avons pas besoin de changement de zonage, tout est en règle. Mme Bureau fait fausse route en s’opposant à ce projet et si le conseil ne donne pas suite à nos demandes ce sera un préjudice.»