Réjean Demers tente de vendre sa compagnie, Aéro maintenance Outaouais, mais son acheteur s'est désisté quand il a entendu parler des frais imposés par l'aéroport de Gatineau.

Mécaniciens en exode à l'aéroport de Gatineau

La politique de surfacturation commerciale mise en place en 2014 à l'aéroport de Gatineau est sur le point de faire fuir un autre mécanicien d'aéronef qui allait bientôt célébrer ses dix ans en affaires.
Le propriétaire d'Aéro maintenance Outaouais, Réjean Demers, est sur le point de faire comme a fait son principal compétiteur, il y a quelques mois, Blais aéronautique, et rompre tous ses liens d'affaires avec l'aéroport de Gatineau. M. Demers répare des avions à l'aéroport depuis maintenant une décennie.
« Depuis deux ans, comme entreprise, je me fais facturer pour travailler à l'aéroport, dit-il. L'aéroport me taxe 28 $, par jour, par avion sur lequel je travaille. Et ça, même si je loue un espace commercial dans un des hangars de l'aéroport. Je croyais qu'une entreprise qui a un permis d'affaires de la Ville et qui paie un bail commercial pouvait faire des affaires librement, mais non. L'argument qu'on me sert c'est que si moi je fais des revenus, l'aéroport doit aussi en faire. »
M. Demers explique que le directeur général de l'aéroport, Gaston Cloutier, a instauré cette facturation afin de contrer la venue de mécaniciens itinérants dans les installations de l'aéroport et favorisé la location d'espace. 
Le propriétaire de Aéro maintenance Outaouais a longtemps loué un espace de stationnement d'avion dans un des hangars de l'aéroport. À l'époque, il avait même deux employés qui travaillaient pour lui. « Mais si pendant que je travaillais sur cet espace on commençait l'entretien sur un autre avion situé sur son propre espace de stationnement, l'aéroport me taxait un supplément de 28 $. Mon plan d'affaires ne comprenait pas ce type de frais. Disons que j'allais nettoyer les vitres de 20 avions, l'aéroport me facturait 560 $ de taxes. »
C'est cette même façon de faire qui a fait fuir Jonathan Blais, de Blais aéronautique. Ce dernier, comme l'indiquait Le Droit il y a quelques mois, a mis fin à son bail avec l'aéroport et a finalement déménagé ses pénates dans un des hangars privés situés autour des installations aéroportuaires.
À vendre
Réjean Demers a maintes fois tenté d'obtenir la documentation officielle concernant cette politique de facturation, mais la direction de l'aéroport le lui a toujours refusé. Il a demandé à être entendu par le conseil d'administration afin d'expliquer aux membres les impacts d'une telle politique, mais l'accès ne lui a jamais été permis. « Tout est caché, tout est fermé », dénonce-t-il. 
Après avoir interpellé en vain l'ombudsman de la Ville de Gatineau, le maire Maxime Pedneaud-Jobin, le président du conseil d'administration, Jean Lessard et maintes fois la direction de l'aéroport, M. Demers a du conclure qu'il était dans l'incapacité d'atteindre la rentabilité. Il s'est résolu à vendre Aéro maintenance Outaouais. Il s'est trouvé un autre emploi et cherche présentement un acheteur. « J'ai eu une offre, dit-il. L'acheteur était très intéressé, mais quand il a vu qu'il y avait ces frais imposés par l'aéroport, il s'est désisté. La politique de l'aéroport n'est pas de nature à favoriser les affaires, pas du tout. »
« Nous ne devons rien aux entreprises commerciales »
Malgré les demandes répétées du Droit, il a été impossible d'obtenir la politique encadrant la facturation commerciale à l'aéroport de Gatineau. Il s'agit, dit-on, d'un document confidentiel qui ne peut être rendu public. La corporation n'est, par ailleurs, pas assujettie à la Loi d'accès à l'information puisque moins de 50 % de ses revenus proviennent de la Ville de Gatineau. Un peu plus de 300 000 $ d'argent des contribuables gatinois sont versés chaque année à l'aéroport.
Le directeur général de l'aéroport, Gaston Cloutier, explique néanmoins qu'il est, selon lui, « tout à fait normal » que la corporation facture des frais supplémentaires aux entreprises qui font des revenus dans ses installations, et ce même si ces dernières louent un espace dans un de ses hangars. 
« Notre réalité, c'est que nous devons faire des revenus, dit-il. Tous les aéroports demandent des redevances aux entreprises commerciales qui font des affaires dans leurs installations. »
M. Cloutier confirme que les mécaniciens qui travaillent sur des avions qui ne sont pas stationnés dans un espace qu'ils louent eux-mêmes pour leurs activités doivent être imposés à raison de 28 $ par avion, par jour. Ceux qui loueraient un espace, mais qui feraient en même temps l'entretien sur un autre aéronef stationné ailleurs dans un hangar de l'aéroport doivent aussi s'acquitter de frais supplémentaires. 
Le directeur général ne nie pas que ces frais supplémentaires font l'objet de vives critiques à l'aéroport. « Mais nous ne pouvons pas tout donner, dit-il. Nous ne devons rien à ces entreprises commerciales, comme elles ne nous doivent rien. »