Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, que l’on voit ici accompagné du premier ministre Philippe Couillard, a «bien joué son rôle et il a fait ce qu’il devait faire», selon une analyse de la gestion de crise faite par la Ville lors des inondations de 2017.

Malgré quelques accrocs, Gatineau a bien fait

Le maire de Gatineau n’a pas trop tardé à faire appel à l’armée lors des inondations du printemps dernier. Il a bien joué son rôle et a « fait ce qu’il devait faire » en se rapprochant des décisions opérationnelles pendant la crise. La force bénévole n’a cependant pas été suffisamment encadrée, tout comme les conseillers, qui en l’absence d’une formation pour faire face à ce type de situation, se sont parfois éloignés du rôle qu’ils auraient dû jouer sur le terrain pour être pleinement efficaces.

C’est en résumé les conclusions du président de la firme Muse, Marc Guay, qui a procédé à l’analyse de la gestion de la crise faite par la Ville lors des inondations historiques de 2017. M. Guay a, par le passé, été responsable de la sécurité civile pour les villes de Québec et Lévis, après une carrière de 31 ans à la Sûreté du Québec pendant laquelle il a été officier d’opérations en mesure d’urgence. « Nous pouvons constater que la Ville de Gatineau est une organisation municipale performante et bien rodée », a-t-il affirmé après avoir décortiqué les opérations menées par la Ville pendant la crise. 

Le maire Maxime Pedneaud-Jobin a expliqué que la place réservée aux politiciens dans les plans de mesures d’urgence actuellement en vigueur, à Gatineau, est à peu près inexistante. « Le maire va toujours demeurer le principal porte-parole, mais pour ça, il doit avoir accès à de l’information et comprendre les défis auxquels l’appareil est confronté et il doit être en mesure de sentir l’état d’esprit des citoyens, a-t-il dit. Pour ça, ça prend une liste de tâches précises, à qui je dois parler et à quelle fréquence. C’est ça qui n’est pas là. »

Le conseiller Marc Carrière a continué, mardi, de critiquer la façon dont le maire s’est impliqué pendant la crise. Il considère que M. Pedneaud-Jobin a quitté le rôle de « capitaine » qui lui était dévolu dans la procédure en allant s’« ingérer » dans le Centre de coordination des mesures d’urgence (CCMU).  

« Le maire a joué son rôle dès le début de la crise, ce qui a été différent, c’est qu’il l’a assumé à partir du CCMU pour se rapprocher de l’information dont il avait besoin pour prendre ses décisions, a rétorqué M. Guay. Dans les circonstances, c’est ce qu’il devait faire. »

Le maire Pedneaud-Jobin a affirmé ne pas comprendre les critiques à son endroit véhiculées par M. Carrière. « Il dit que j’aurais dû rester dans mon bureau, mais sous aucune considération je ne vais rester cacher dans mon bureau si la ville et les citoyens sont dans le trouble, a-t-il lancé. Jamais je ne vais me cacher dans mon bureau. »

Le président de la firme Muse recommande la création d’une cellule de crise à la mairie qui permettra d’encadrer et préciser les attentes envers le maire et les autres élus, notamment ceux du comité exécutif. Il affirme aussi que les élus doivent être formés pour faire face à une telle crise. Cette formation avait d’ailleurs lieu, mardi, en après-midi. Le conseiller Marc Carrière était le seul élu qui brillait par son absence lors de cette formation. Il a quitté précipitamment la salle du conseil après sa mêlée de presse. 

« Si les élus avaient eu une formation préalable, ils auraient été plus efficaces, note M. Guay. Il y a eu beaucoup de commentaires qui ont été faits concernant la Ville et ses façons de faire pendant la crise et cela est de nature à créer de l’insécurité chez les citoyens. Ça devient ensuite un enjeu supplémentaire dans la gestion de crise. Personne ne voulait mal faire, mais il y a une façon pour que les élus développent les bons réflexes. »

Encadrer les bénévoles

L’analyste ne passe pas par quatre chemins pour qualifier l’encadrement des bénévoles fait par le service des ressources humaines de la Ville lors des inondations. « Le soutien à l’action bénévole organisée a été plutôt difficile et superficiel pendant une bonne période », a-t-il indiqué. Une réflexion importante s’impose, selon M. Guay. Il ajoute que les conseillers devraient être activement impliqués dans la gestion des bénévoles sur le terrain.

L’intervention des Forces armées canadiennes, à Gatineau, le printemps dernier, a contribué à la confusion des rôles sur le terrain.

L'ARMÉE A CONTRIBUÉ À LA CONFUSION DES RÔLES

L’intervention des Forces armées canadiennes, à Gatineau, le printemps dernier, a permis de donner un «second souffle» aux équipes municipales déjà mobilisées et a permis d’améliorer le sentiment de sécurité dans la population, mais a aussi contribué à la confusion des rôles sur le terrain. 

«À l’arrivée de ces nouvelles ressources, un certain flottement s’est installé le temps de comprendre l’offre de service des militaires puisqu’il n’existe aucun guide ou protocole préalable pour faciliter l’intégration de ce genre de soutien dans un événement déjà en cours», a noté Marc Guay, président de la firme Muse, dans son rapport d’analyse sur la gestion des inondations à Gatineau. 

Le maire Maxime Pedneaud-Jobin a ajouté que la Ville a toujours été en contrôle de la situation, même lorsque le gouvernement du Québec a demandé l’aide de l’armée. «Les gens avaient des espoirs immenses, et ensuite ils ont eu des frustrations parce que l’armée ne faisait pas ce à quoi ils s’attendaient, a-t-il expliqué. Les gens voulaient de l’aide pour des navettes, de la patrouille et pour construire des digues, mais l’armée ne faisait rien de ça. Les militaires n’ont pas été inutiles, ils ont, par exemple, inspecté et sécurisé des infrastructures, mais il faut à l’avenir clarifier le rôle de tout le monde. Nous avons passé 48 heures à expliquer aux gens ce que l’armée faisait et ne faisait pas.»