L'urbanisme sous haute tension

Les prochains mois seront très tendus au Service d'urbanisme de la Ville de Gatineau. Plusieurs élus souhaitent prendre au bond l'important revers politique que représente le dossier du 79, chemin Fraser pour faire table rase à l'urbanisme et y implanter ce que certains appellent déjà un « changement de culture ».
La machine est nul doute ébranlée, à tous les échelons hiérarchiques. Il est déjà confirmé qu'une firme externe retenue par la Ville devra faire la lumière sur ce qui s'est réellement passé dans ce dossier.
Mais des voix s'élèvent, à l'interne, pour que l'enquête s'étende au-delà du strict dossier du 79, chemin Fraser et qu'elle porte sur l'ensemble du service d'urbanisme, du haut de la pyramide jusqu'en bas.
Tant chez les élus que dans certaines directions de services municipaux, des pressions s'exerceraient pour que tout le service d'urbanisme soit remis en question, tant dans sa chaîne de commandement que dans le leadership au sein du service et dans la compétence des gens en poste. Ces pressions, selon certaines sources, provoqueraient des débats internes qui pourraient mener, l'automne prochain, à une lutte de pouvoir entre l'administratif et le politique.
« C'est sûr que ça doit bouleverser des gens à l'urbanisme, concède le conseiller Denis Tassé. Mais il faut dépasser ça. C'est un changement de culture dont a besoin ce service et comme toujours dans ce type de changement, ça doit partir d'en haut. Ce sera à l'administration de répondre aux orientations du conseil. Il y a eu une erreur, tout le monde en convient. Le problème c'est que personne n'a bougé et ça, dans chacun des échelons, tout le monde le sait. »
M. Tassé souligne que l'enquête externe en cours au service d'urbanisme permettra à tous d'avoir une opinion plus claire sur le remède à imposer.
« Mais ce sont les élus qui sont au salon, qui jasent et qui décident ce qu'ils souhaitent manger pour souper, image-t-il. L'administration est dans la cuisine et se doit de préparer ce que nous souhaitons manger. En d'autres mots, ce sera la responsabilité de la direction générale de s'assurer que les changements que nous demanderons seront apportés et Marie-Hélène Lajoie [la directrice générale] aura tout l'appui du conseil là-dedans. »
Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, est celui qui a proposé, la semaine dernière, la résolution en faveur de la dérogation mineure.
Il serait cependant de ceux qui souhaitent qu'une révision complète du service d'urbanisme soit effectuée éventuellement. Politiquement, ça lui permettrait de mettre derrière lui l'ensemble des problèmes à l'urbanisme qui ont été hérités de l'ancienne administration.
« Moi j'ai voté en faveur de Richard Bégin [un conseiller membre d'Action Gatineau] comme président du comité consultatif d'urbanisme précisément parce qu'il souhaite amener un changement de culture au service d'urbanisme et qu'il a la volonté politique de le faire », affirme le conseiller Maxime Tremblay.
Ce dernier précise toutefois qu'il n'est pas tout de vouloir un changement de culture dans une organisation.
« Encore faut-il que les gens qui sont en place soient capables d'opérer ce changement », insiste-t-il.
M. Tremblay ne verrait pas d'un mauvais oeil que le ministère des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire (MAMROT) vienne voir comment fonctionne le service d'urbanisme afin de faire des recommandations à la Ville, tel que demandé officiellement par des citoyens au ministère. « Nous n'avons rien à cacher », ajoute-t-il.
Le président du conseil municipal, Daniel Champagne, s'en remet à l'enquête que doit mener la firme externe retenue par la Ville pour décider de la suite des choses dans ce dossier.
« Il faut s'assurer que cela ne se reproduise jamais, dit-il. C'est un engagement que doit prendre ce conseil. Nous sommes toutefois résolument devant un problème administratif et si l'enquête en démontre le besoin, nous devrons agir sur l'administratif. Si un changement de culture s'avère nécessaire, nous le ferons. »