En démolissant place des Pionniers et en se dotant d’un immeuble multifonctionnel, Gatineau souhaite pouvoir répondre à de nombreux besoins dans le secteur.

Lucy-Faris redessine la stratégie

ANALYSE / Il n’y a pas si longtemps, à Gatineau, une discussion sur les bibliothèques pouvait pratiquement scier le conseil municipal en deux clans. Plus maintenant. En moins d’une heure de discussion, cette semaine, la future bibliothèque Lucy-Faris est passée d’un projet de 22,5 millions $ à un chantier de plus de 55 millions $. Le tout dans une parfaite unanimité.

L’époque de la bataille de l’asphalte contre les bibliothèques semblait bien loin, jeudi, à la table du conseil. Tous s’entendaient pour dire qu’Aylmer a besoin de cette nouvelle bibliothèque ressource. Personne n’a eu quelque chose à redire quand la conseillère Audrey Bureau a insisté sur la nécessité de profiter de l’occasion pour doter le cœur d’Aylmer d’un nouveau bâtiment signature qui devra impressionner par son architecture. 

Les choses ont à ce point changé que c’est le conseiller Mike Duggan qui a été le premier à aller au front pour défendre ce nouveau projet de 55 millions $ à Aylmer. Il y a un peu plus d’un an, le même conseiller militait aux côtés de l’ex-conseillère Josée Lacasse pour que le conseil dépense immédiatement la somme résiduelle de 8 millions $ dans le plan de déploiement des bibliothèques pour rénover Lucy-Faris dans l’actuel immeuble place des Pionniers. Il était prêt, comme son ancienne collègue, à sacrifier la superficie jugée nécessaire pour doter le secteur d’une vraie bibliothèque ressource. 

Canard boiteux

« C’est vrai, je militais pour mettre plus d’argent dans la voirie et dans les services de base, dit-il. Mais on a adopté un budget avec de l’argent pour les bibliothèques. J’ai perdu mon vote pour baisser les taxes et la voirie. Je me rallie au budget actuel. Je travaille pour les citoyens. »

Si le conseil municipal avait suivi Mike Duggan et Josée Lacasse à la fin du dernier mandat [certains élus étaient prêts à le faire], la Ville aurait rénové la bibliothèque Lucy-Faris dans un immeuble mal construit et qu’on savait depuis longtemps plombé par d’importantes faiblesses dans la structure. La Ville de Gatineau a révélé, jeudi, que pas moins de 19 études, expertises, revues et inspections structurales effectuées de 1999 à aujourd’hui arrivent à la conclusion que place des Pionniers est un véritable canard boiteux. 

Jeudi, le conseil a décidé de démolir l’immeuble. À l’unanimité. 

Le conseil a aussi décidé de mettre au rancart le projet voté dans l’ancien mandat qui prévoyait le déménagement de la bibliothèque, en dehors du cœur d’Aylmer, dans un nouvel immeuble de 22,5 millions $ situé à côté de la piscine Paul-Pelletier. Ce projet a été complètement rejeté par la population lors de l’élection l’automne dernier. La Défense de ce projet par l’ex-conseiller Richard Bégin a probablement contribué à sa défaite électorale. 

« Stratégiquement important »

En réalité, le conseil a compris, cette semaine, qu’il n’était plus uniquement en face d’un projet de bibliothèque, mais plutôt devant un moment qualifié par le président du comité exécutif, Gilles Carpentier, de « stratégiquement et politiquement important » pour Aylmer. 

En démolissant place des Pionniers et en se dotant d’un immeuble multifonctionnel, Gatineau souhaite pouvoir répondre à de nombreux besoins dans le secteur. D’abord, la Ville doit s’occuper de la deuxième bibliothèque la plus fréquentée de toute la ville, mais elle doit aussi s’assurer d’avoir l’espace nécessaire pour gérer de nombreux autres besoins, actuels comme futurs, dans le secteur. 

L’administration mène actuellement un intense exercice de révision de ses dépenses et de ses services. Le résultat de ces travaux doit être présenté à l’automne. L’organisation de certains services sera inévitablement revue. C’est Gilles Carpentier qui pilote le dossier et il s’est mis à penser tout haut, jeudi, à la table du conseil, en parlant d’un hypothétique déménagement du poste de police d’Aylmer dans ce nouvel immeuble. Cela a peut-être donné un avant-goût de la réorganisation qui s’annonce et de l’opportunité que pourront représenter certaines infrastructures clés de la Ville, comme la place des Pionniers, dans la stratégie à mettre en place.