La coopérative Chantigny a été achetée pour près de 277 500 $, soit le solde de l'hypothèque, bien que la dernière évaluation municipale chiffre la valeur du bâtiment à plus de 1,2 million $.

L'OMHG met la main sur une coop d'habitation au quart du prix

L'Office municipal d'habitation de Gatineau (OMHG) a acheté à prix réduit une coopérative d'habitation dans le secteur Hull, au début du mois. Cette transaction, menée en partenariat avec la Société d'habitation du Québec (SHQ), entraîne d'âpres débats après l'acquisition avortée de la coopérative Saint-Joseph l'an dernier.
La coopérative Chantigny, située au 46, rue Georges-Bilodeau, a été achetée pour près de 277500$, soit le solde de l'hypothèque, bien que la dernière évaluation municipale chiffre la valeur du bâtiment à plus de 1,2 million$. Or, la Loi sur les coopératives exige que les actifs d'une coop soient liquidés à juste prix après un processus de dissolution en règle.
L'an dernier, le conseil d'administration de la coopérative Saint-Joseph avait opté pour sa dissolution et le transfert de la propriété, au profit de l'organisme Habitations de l'Outaouais métropolitain, sans exiger un seul sou. La transaction s'était toutefois butée à des aspects légaux, soit de devoir payer la valeur marchande de l'immeuble au Conseil de la coopération du Québec, ce qui a fait avorter la transaction.
Cette fois encore, Robert Gratton, d'Habitat urbain de l'Outaouais, n'est pas convaincu que ces dispositions de la loi ont été respectées. L'OMHG et la SHQ affirment de leur côté avoir fait leurs devoirs pour éviter le fiasco de l'an dernier.
Dans un échange de courriels avec M. Gratton, une représentante du ministère des Finances affirme que «l'avis de charge enregistré par la SHQ sur cet immeuble réduit considérablement la valeur de l'actif». La coop Chantigny était en effet subventionnée à 100% par la SHQ, qui comblait tout déficit.
La SHQ a demandé à l'OMHG d'administrer ces logements abordables. Du point de vue de la SHQ, il ne s'agit pas d'une vente officielle, mais plutôt d'un transfert puisqu'elle finance l'OMHG et qu'elle faisait de même avec la coopérative Chantigny.
M. Gratton estime qu'il ne pourra probablement pas empêcher la transaction cette fois. Il critique tout de même le processus de vente et déplore que son organisation n'ait pas été impliquée. Il croit que la coop Chantigny aurait dû être intégrée à une autre coopérative plus grande.
«Il n'y avait que huit logements, c'est normal qu'il y ait un essoufflement. Mais il y a plusieurs autres coopératives dans ce quartier qui auraient pu les prendre en charge.»
Doléances compréhensibles
La conseillère de Pointe-Gatineau, Myriam Nadeau, qui représente la Ville de Gatineau au conseil de l'OMHG, comprend les doléances de Robert Gratton. Elle ne souhaite pas se prononcer dans le débat sur le prix de vente de la coop. Elle croit toutefois que les coopératives et leurs gestionnaires devraient avoir toutes les options en main avant de prendre une décision.
«J'ai un préjugé favorable à ce qu'une coopérative s'occupe d'une coopérative», affirme Mme Nadeau. «Ils doivent être au courant de leurs droits. [...] Je sais que les gens de la coop Saint-Joseph ont manqué d'information. [...] Personne n'a mis au fait Habitat urbain de l'Outaouais, qui est le principal groupe du genre dans la région.»
Le dg de l'OMHG, Mario Courchesne, estime qu'il n'est pas responsable si les administrateurs de la coopérative Chantigny ont manqué d'information avant de procéder à leur dissolution, puisque c'est la SHQ qui les a accompagnés dans le processus. «Nous, on (achète la coop Chantigny) uniquement à la demande de la SHQ», soutient M. Courchesne. «On ne fait pas de porte-à-porte pour récupérer des coopératives.»