Même si un lobbyiste rappelle que les bouteilles d’eau en plastiques sont recyclables à 100 %, trois Québécois sur cinq sont en faveur de leur interdiction, selon un sondage de la firme Léger.

L’industrie de l’eau embouteillée se défend

Sentant peut-être le tapis lui glisser tranquillement sous les pieds, l’industrie de l’eau embouteillée n’a pas tardé à réagir à la possibilité de voir la Ville de Gatineau interdire, sinon limiter les bouteilles d’eau en plastique sur son territoire.

Dès qu’il a été su que Gatineau allait tenir une réflexion, d’ici 2020, sur le bannissement de certaines matières comme les bouteilles de plastique, des lobbyistes ont commencé à frapper à la porte de la Ville. La conseillère et présidente de la commission sur l’aménagement du territoire, de l’environnement et de l’habitation, Maude Marquis-Bissonnette, affirme avoir été contactée très rapidement par le lobby de l’industrie qui cherchait à lui exposer ses arguments en faveur de l’eau embouteillée.

«J’ai été approchée dès que la Ville de Montréal a commencé à parler de bannir les bouteilles d’eau en plastique, dit-elle. J’ai accepté, dans les mois qui ont suivi, de rencontrer un lobbyiste pour le laisser m’exposer ses arguments.»

De fait, l’Association canadienne des boissons a inscrit un lobbyiste au registre québécois dont le mandat se termine en décembre 2019. Son objectif est d’influencer la Ville sur d’éventuelles propositions réglementaires, résolutions, orientations ou plans d’action. «Nous désirons que la Ville de Gatineau rejette la proposition de bannir les bouteilles d’eau sur son territoire», stipule le mandat de Martin-Pierre Pelletier inscrit au Registre des lobbyistes. L’Association canadienne des boissons souhaite aussi convaincre Gatineau qu’une telle interdiction «limiterait le droit des consommateurs de choisir la source de leur consommation d’eau sans pour autant atteindre les objectifs environnementaux de la Ville puisque les bouteilles d’eau sont recyclables à 100 % et elles sont recyclées à des niveaux élevés dans l’ensemble du Québec».

Mme Marquis-Bissonnette reconnaît que les bouteilles de plastique sont recyclables et qu’elles répondent à un certain besoin dans la population. La conseillère se questionne toutefois sur la quantité réelle de bouteilles qui trouvent le chemin des centres de tri. «Beaucoup de gens jettent carrément les bouteilles et plusieurs se retrouvent directement dans la nature», ajoute-t-elle.

De fait, 1,1 milliard de bouteilles d’eau en plastique ont été mises en marché au Québec en 2018, d’après les plus récentes estimations de Recyc Québec. Du nombre, le tiers des bouteilles consommées à la maison vont directement à l’enfouissement. Ce taux est probablement encore plus élevé pour les bouteilles bues à l’extérieur de la maison. Une récente étude du gouvernement de l’Ontario sur l’économie circulaire a par ailleurs révélé que les bouteilles de plastique ont été à l’origine de 78 % de l’augmentation des dépenses en gestion des déchets au Canada entre 2004 et 2012. Un récent sondage de la firme Léger a révélé que trois Québécois sur cinq étaient en faveur de l’interdiction des bouteilles de plastique.

Pas uniquement les bouteilles

La réflexion sur le bannissement des bouteilles d’eau en plastique pourrait débuter au courant de l’automne prochain. La Ville élargirait toutefois la réflexion à d’autres matières comme les sacs de plastique et le styromousse. «Il pourrait y avoir des matières encore plus pertinentes à bannir parce qu’elles ne sont pas recyclables, note Mme Marquis-Bissonnette. Par exemple, le styromousse qui n’est pas recyclé ici. On n’a aucun avenir pour cette matière et on sait qu’elle participe beaucoup à notre tonnage d’enfouissement. Il faut aussi voir la capacité de la Ville à agir sur ces matières. Il faut que notre action puisse avoir une portée et un effet sur notre tonnage. On sait bien que Gatineau n’empêchera pas Amazon d’utiliser cette matière pour ses livraisons.»