Vers 1900. Train de bois flottant sur la rivière des Outaouais. On aperçoit la pointe Nepean à gauche et l’ancienne église Notre-Dame de Hull au loin. En observant bien, on voit les piliers du pont Alexandra dont la construction venait de débuter.

L’histoire régionale dans une école près de chez vous

L’histoire locale et régionale fait, pour la première fois, une véritable entrée dans les classes des écoles primaires et secondaires de la région. Ça aura pris un peu plus de 200 ans.

Les commissions scolaires des Draveurs (CSD) et des Portages-de-l’Outaouais (CSPO) – deux noms déjà évocateurs – sont les premières dans la région à mettre à la disposition des enseignants un outil pédagogique, clé en main, permettant d’intégrer au cursus scolaire des notions détaillées de notre histoire régionale. 

« On n’avait jamais eu cette opportunité-là, de cette qualité-là, avant, explique Stéphane Lacasse, directeur du service des ressources éducatives à la CSPO. On retrouve parfois quelques notions d’histoire régionale, de manière accidentelle, dans des ouvrages pédagogiques qui ne sont pas pensés pour l’Outaouais. Là, on creuse vraiment dans les notions d’histoire et de développement de la région. Il y a des choses méconnues dans notre histoire qui vont certainement susciter des discussions dans nos écoles. Ça va amener, peut-être, les jeunes à questionner leurs grands-parents. Ça va permettre des échanges. Nos enseignants dans les cours d’univers social deviendront les meilleurs vendeurs de notre histoire locale. Ils pourront raconter aux élèves ce qui s’est passé au coin de leur rue, dans leur quartier, avant que leur rue existe. »

L’histoire de l’Outaouais entrera dans les classes de la CSPO à la rentrée 2018. L’outil pédagogique développé par A.B.C. Stratégies, un organisme de la région, s’adressera aux élèves de la troisième année du primaire, jusqu’à la quatrième année du secondaire. Elle sera principalement enseignée dans les cours d’univers social, mais des notions pourraient aussi être transmises dans le cadre de cours de français, de sciences ou d’arts.


« Notre identité a souvent été rasée, mais les racines sont là. »
Le président d’A.B.C Stratégies, Alexandre Pampalon

La Fédération histoire Québec insiste auprès du gouvernement du Québec pour qu’il favorise l’enseignement de l’histoire régionale dans les écoles depuis plusieurs années. Son président, Richard Bégin, salue l’initiative prise en Outaouais. « Un enfant découvre le monde à partir de sa maison, de sa rue, ensuite de son quartier et de son école, dit-il. C’est à partir de là qu’il va s’ouvrir au monde. On peut comprendre que les jeunes sont peu intéressés à l’histoire. On a pris l’habitude de leur enseigner l’histoire des Grecs avant de leur enseigner l’histoire de la communauté dans laquelle ils vivent. »

Quatre historiens

Le président d’A.B.C Stratégies, Alexandre Pampalon, explique que l’organisme s’est adjoint les services de quatre historiens experts dans l’histoire de la région pour confectionné l’outil pédagogique. Il explique que l’histoire de la région est riche, notamment celle du territoire desservi par la CSPO, mais qu’elle est parfois difficile à transmettre parce qu’elle a été souvent détruite. « Il y a eu le feu de 1900 qui a tout rasé, la terrible explosion de 1910 et les expropriations et la destruction du centre-ville à la fin des années 1960, rappelle-t-il. Notre identité a souvent été rasée, mais les racines sont là. »

M. Lacasse rappelle que le sentiment d’appartenance d’un élève envers son école est important pour la réussite de ce dernier. « D’élargir ce sentiment d’appartenance en intégrant l’histoire de la région peut permettre à l’élève d’avoir un sentiment de fierté, pour sa région, et un élève fier est un élève qui souvent va bien à l’école. »

La commission scolaire précise qu’elle n’est pas en mesure d’imposer aux enseignants un outil pédagogique, mais elle a bon espoir qu’ils sauront apprécier ce nouvel outil à leur disposition. 

SLAMER DANS LES POLYVALENTES DE LA CSD

L’expérience vécue cette année à la Commission scolaire des Draveurs (CSD) avec le premier Défi inventif-créatif ayant pour thème l’histoire régionale a instantanément convaincu sa voisine, la Commission scolaire des Portages-de-l’Outaouais, de faire elle aussi un peu de place au passé de l’Outaouais dans ses salles de classe. L’outil pédagogique développé par A.B.C. Stratégies pour la CSD fait 54 pages, clé en main, avec beaucoup d’informations historiques, des références et des photos saisissantes, a été distribué dans 24 écoles primaires et quatre écoles secondaires de la CSD et aura atteint 18 000 enfants d’ici la fin de l’année scolaire. Il propose de revisiter des thèmes, événements ou personnages identitaires importants dans la région comme la drave et les cageux, le feu de 1900 ou la grande expropriation de la fin des années 1960, ou encore des individus comme Tessouat, Donalda Charron, Jos Montferrand et Philemon Wright. Les élèves, selon le niveau scolaire, auront pu intégrer autant de notions historiques régionales, mais en passant par le dessin, la sculpture, un court métrage et le slam.