L'inquiétude est grande chez les usagers de la STO qui voient se pointer une menace de grève.

Les usagers de la STO sur le qui-vive

De la déception à la solidarité en passant par la surprise, l'inquiétude et même le sarcasme, les réactions des usagers de la Société de transport de l'Outaouais (STO) n'ont pas tardé à fuser lundi devant la possibilité maintenant bien réelle que le service de transport en commun soit bientôt paralysé, et ce, en plein coeur de l'hiver.
Disant respecter les revendications des employés, la majorité d'entre eux espèrent que les deux parties mettront de l'eau dans leur vin et trouveront un terrain d'entente qui permettrait d'éviter la grève in extremis, ou, du moins, que les perturbations soient de courte durée. 
Si le télétravail est un plan B envisageable temporairement par quelques personnes rencontrées par Le Droit en fin de journée à un arrêt d'autobus de la rue Wellington, au centre-ville d'Ottawa, le recours à l'automobile risque cependant de s'avérer l'option la plus populaire. 
« Ça va me causer un fichu problème, matin et soir. Si c'est le cas, je vais devoir prendre mon véhicule et on parle de frais de 18 $ par jour dans le stationnement près de mon lieu de travail. [...] C'est plate pour les usagers, j'aurais aimé qu'ils s'entendent », affirme Michelle Diotte, qui demeure dans le secteur Gatineau. 
Une autre usagère habite dans la MRC Pontiac et a appris avec stupéfaction qu'elle pourrait devoir être forcée de prendre le volant et rouler plus d'une heure tous les matins pour se rendre à son bureau de la capitale fédérale. 
« Wow, c'est fou », s'est exclamé la jeune femme avant de courir vers son autobus pour ne pas le rater. 
Se décrivant comme une personne mitigée, David Deshaies croit de son côté qu'il faut savoir analyser la situation des deux côtés, et ce même si celle-ci entraînera des inconvénients.
« Il y a des raisons d'un bord et de l'autre. Il y a un équilibre à trouver entre le droit à la grève et le droit à l'utilisation du transport. Une grève fait toujours mal à qui perd les services, mais c'est difficile à juger si c'est essentiel ou non. Disons que c'est un service qui est aux limites », affirme-t-il, comptant travailler à partir de la maison. Sortir son vélo avec des pneus à clous est aussi une option possible.
Une autre utilisatrice qui préférait taire son identité avoue qu'elle se rendrait au boulot à vélo si elle le pouvait.
« L'hiver, l'autobus est mon moyen de transport essentiel. J'en serai donc comme tout le monde très affecté, mais en même temps je comprends les besoins des travailleurs. J'espère que les deux parties vont pouvoir s'entendre. La voiture est loin d'être mon premier choix, mais je n'aurai pas d'autre option. Le moins cher que j'ai trouvé avec mon conjoint (avec qui elle covoiture), c'est 13 $ par jour. Et on ne parle même pas d'essence ni de temps perdu. Moi, en autobus, c'est du temps de travail, pour régler des dossiers et des choses personnelles », soutient-elle. 
Étudiante à l'Université d'Ottawa, la Gatinoise Amélie Sanfaçon a recours au service de transport en commun sur une base quotidienne pour assister à ses cours.
« Ce n'est pas une bonne nouvelle pour moi. J'ai une voiture, sauf que le stationnement est très dispendieux, alors ce n'est pas très tentant. [...] J'avais vu que les chauffeurs portaient des chandails pour dire que leurs conditions de travail se dégradent, mais je n'étais pas au courant que c'était aussi sérieux que ça », a-t-elle lancé.
Utilisateur de la ligne 45 qui le mène chaque jour de sa résidence du secteur Aylmer jusqu'au travail et vice-versa, Martin Groulx essaie de prendre le tout avec humour, sachant qu'il n'a pas de voiture.
« Ça va être plate pour les usagers, certes, mais ils ont droit eux aussi d'avoir une grève. Ça fait tout de même deux ans qu'ils font des moyens de pression. [...] En ce qui me concerne, comme plan B, je n'en ai simplement aucune idée. On va souhaiter que s'il y a un arrêt de travail, ça ne dure pas trop longtemps. Si oui, nos employeurs n'auront pas le choix non plus de s'ajuster », dit-il.
Pour sa part, Michel Patry dit avoir espéré jusqu'à la dernière minute qu'à tout de moins, le service de la STO puisse être jugé essentiel et minimalement être offert aux heures de pointe s'il y a grève. 
« Point de vue circulation et environnement, ça l'est. Ça va être l'enfer avec tous les automobilistes sur les routes. C'est l'hiver en plus, il fait froid. C'est une mauvaise idée à un mauvais moment », indique-t-il, ajoutant que son horaire de travail pourrait, le cas échéant, être modifié en conséquence.