Daniel Champagne, président du conseil municipal de Gatineau, a le don de dérider ses collègues pendant les longues heures de discussions.

Les «ta-bernaches» du budget

ANALYSE / Une fébrilité certaine flotte dans la salle Henri-Masson de la Maison du citoyen. Des élus terminent leur déjeuner en rigolant. Des petits conciliabules se forment ici et là. Tous les hauts fonctionnaires y sont. C’est toujours un peu spécial, le premier matin de l’étude du budget de la Ville de Gatineau.

La semaine est éreintante. Il y a des chiffres à en faire une indigestion. Taxation, infrastructures, gestion de la dette et plan d’investissements rythment la semaine. Mais aussi plein de petites anecdotes dont vous n’entendrez pas parler.

Toute la semaine, les médias vous ont rapporté l’essentiel et le détail des décisions du conseil : la hausse de taxes de 2,1 %, les 30 millions $ pour les pistes cyclables, la centaine de millions de dollars qu’on va ajouter à la dette, la fusion de la STO, la fin des vieux parcomètres, la lutte aux refoulements d’égout..

Mais avez-vous entendu parler des « ta-bernaches » ? Ou encore de la fameuse « graine » de Daniel Champagne qui a récemment « fait son chemin » jusqu’à Infoman ? Elle a fait un retour remarqué à la table du conseil cette semaine.

Il n’y a pas à dire, le président du conseil a le don de dérider les élus. Le service de l’environnement présentait son Plan de gestion de l’eau. Un truc énorme de 98 millions $ qui renferme des actions de toutes sortes qui vont jusqu’à la gestion des oiseaux nuisibles sur les plages municipales. Les fonctionnaires admettent que beaucoup de choses se font pour tenter de contrôler les bernaches, mais qu’elles s’avèrent peu efficaces pour l’instant. Ce qui fait dire à Daniel Champagne, « ah les ta-bernaches ».

L’effet est immédiat autour de la table. En bon président du conseil soucieux du décorum, M. Champagne a ensuite pris le soin de lui-même se rappeler à l’ordre en se demandant d’être prudent dans ses commentaires.

Semer des graines 

M. Champagne, encore lui, récidivera le lendemain pendant un débat sur la piscine Jack-Eyamie qui prend une tournure insoupçonnée. Le passage du président du conseil à l’émission Infoman en raison du spectaculaire lapsus d’une fonctionnaire qui amalgamait « semer une graine » et « une idée qui fait du chemin » fait encore jaser. M. Champagne a su alléger l’ambiance à un moment où l’administration ne vivait visiblement pas ses meilleurs moments de la semaine. À son tour de parole pendant le débat, il a lancé une suggestion, en prenant soin d’ajouter que ce serait « la seule graine qu’il sèmerait » dans ce dossier. La blague méritait à elle seule le prix d’entrée.

L’épisode des mitaines égarées et du yogourt dans les cheveux de la petite dernière qui foutent en l’air la routine matinale chez Isabelle N. Miron est un autre événement qui a été rapporté à la table du conseil, cette semaine, mais qui n’avait pas encore trouvé sa place dans les reportages des médias.

Pendant la discussion sur les investissements à faire dans les corridors scolaires, la jeune mère de famille n’a pas hésité à rappeler à certains collègues qui souhaitent que les parents utilisent moins la voiture pour amener leurs enfants à l’école que les matinées des parents gatinois peuvent parfois grandement se compliquer. L’utilisation de l’auto, a-t-elle rappelé, est parfois le seul moyen de s’assurer d’arriver à temps à l’école.

Mystérieuse salle du conseil

Si certaines anecdotes font rigoler, d’autres ramènent inévitablement à l’importance de l’exercice qui est mené. Les discussions sont parfois soutenues et quand les élus qui se renvoient la balle sont assis côte à côte, les tensions peuvent devenir vives. Gilles Carpentier et Myriam Nadeau, deux forts caractères à la table du conseil, ont probablement mené le débat le plus tendu de la semaine, celui sur la fusion avec la STO, en étant à quelques centimètres l’un de l’autre. Ce moment de flegme politique vaut à lui seul un petit détour sur les archives de la web diffusion.

Et que dire de cette mystérieuse nouvelle salle du conseil permanente à laquelle quelques élus rêvaient secrètement ? Le maire Maxime Pedneaud-Jobin et le conseiller Champagne ont émis le souhait que les séances du conseil puissent un jour se faire dans une salle permanente. « La démocratie gatinoise est assez importante pour ça », a lancé le maire. On aurait pu entendre les criquets dans la salle. Ils ont accepté leur défaite en riant, un peu, mais non sans rappeler qu’il serait opportun un jour que le conseil municipal de Gatineau siège publiquement dans une salle bien à lui.

Mais surtout, ce qui est spécial dans cette semaine d’étude du budget à Gatineau, c’est que sept femmes et douze hommes, des gens qui habitent votre quartier, sont responsables de signer une dépense de plus de 600 millions $, dont 547 viennent directement de vos poches. Ils ont badiné un peu. Leurs positions n’ont pas toujours passé la rampe autour de la table. Les décisions qui découleront du budget ne feront pas l’unanimité non plus.

Mais vos élus ont travaillé fort, avec rigueur et enthousiasme cette semaine.