«Les automobilistes ne doivent pas retenir leur souffle en attendant de l’aide directe de la part des autorités gouvernementales», souligne notre journaliste Mathieu Bélanger.

Les pouces d’autoroute

ANALYSE / Les Gatinois se sont durement battus pour chacun de leurs pouces d’autoroute, cette semaine. La météo aidant, le moment pouvait difficilement être mieux choisi pour aborder l’enjeu de l’engorgement des autoroutes 5 et 50. Au grand dam de ceux qui ne peuvent, ou ne veulent pas prendre le transport en commun, les nouvelles ne sont pas très encourageantes. Ils ne doivent pas s’attendre à ce que les autorités gouvernementales volent à leur secours à coup d’élargissement d’autoroute, de construction de viaducs et d’aménagement de bretelles. Au mieux, à court terme, les fonctionnaires feront des études. D’autres études.

Les dernières se sont étendues sur six ans. Elles ne mèneront à rien et viennent officiellement d’être reléguées sur les tablettes du ministère des Transports du Québec (MTQ). Aucun politicien ou fonctionnaire n’a osé reprendre l’image de la ligne de coke utilisée par la députée de Québec solidaire, Catherine Dorion, mais gageons que plusieurs l’avaient en tête, au cours des derniers jours, en expliquant pourquoi, selon eux, investir pour augmenter la capacité du réseau routier est une erreur.

Le maire Maxime Pedneaud-Jobin a préféré une autre formulation pour exprimer sa vision bien arrêtée des choses dans ce dossier. « Ce qui est clair, c’est que partout dans le monde, les investissements dans le réseau routier pur ne donnent aucun résultat significatif à moyen terme », a-t-il dit. L’ingénieur du MTQ responsable de l’étude sur la fluidité de la 5 et la 50 rencontré par Le Droit, Philippe Perron, a ajouté que les efforts à venir ne seront pas de nature à favoriser l’auto solo, voire l’auto tout court. Les propos du ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, sont allés dans le même sens.

Les automobilistes ne doivent pas retenir leur souffle en attendant de l’aide directe. Le message qui leur a été envoyé, c’est que pris dans le trafic, assis derrière leur volant « en chantonnant des balades FM », comme l’ont écrit les Cowboys Fringuants, ils ne font pas partie de la solution.

Des années de priorités

L’heure est aux investissements dans le transport en commun. C’est LA solution identifiée par l’ensemble des paliers de gouvernement pour améliorer la mobilité. C’est la grande priorité. Le Rapibus, même s’il demeure imparfait, a eu un impact significatif sur les heures de pointe depuis son entrée en scène, il y a cinq ans. La situation sur l’autoroute 50 ne s’est peut-être pas améliorée, mais au moins, elle se détériore plus lentement.

La Société de transport de l’Outaouais (STO) soutient que le Rapibus permet de retirer des routes 6900 déplacements en voiture durant les heures de pointe, tous les jours de la semaine. Ce n’est pas rien, considérant que 6200 véhicules à l’heure traversent le pont des Draveurs chaque matin. Cette performance explique les récents investissements gouvernementaux pour son prolongement.

Le mot « priorité » a d’ailleurs été utilisé à toutes les sauces cette semaine. Le tronçon de 2,8 kilomètres reliant les stations Labrosse et Lorrain, identifié comme une « priorité », était dans les cartons du gouvernement dès l’ouverture du Rapibus il y a cinq ans. Son financement a été confirmé juste avant les élections, le printemps dernier. Depuis l’annonce, la STO est embourbée dans de nouveaux délais imposés par le ministère de l’Environnement. On ne sait pas quand ces travaux « prioritaires » prévus à l’automne dernier pourront commencer.

L’élargissement du pont Alonzo-Wright apparaît dans la liste des « priorités » du MTQ depuis au moins 1996. Bien des politiciens en ont fait une « priorité » dans le dernier quart de siècle. En 2019, le MTQ est résolu à enfin aller de l’avant. Les travaux qui permettront l’ajout de deux voies réservées aux autobus et d’un sentier multifonctionnel sont attendus d’ici… cinq à sept ans.

La solution à l’engorgement du réseau routier dans l’ouest de la ville passe aussi par le transport en commun. Par le train léger en fait. Le maire n’y voit aucune autre option. Même l’autobus ne serait pas efficace dans ce secteur, dit-il. Ce sera la grande « priorité » du maire et du conseil municipal d’ici la fin du mandat. Là encore, les Gatinois ne sont pas sortis des études et des délais. Le financement du projet de 2,1 milliards $ est encore loin d’être confirmé. En vertu des programmes actuels, il manquerait au moins 600 millions $.

Et le pont

Le seul qui s’est aventuré à promettre une solution qui soulagerait directement les automobilistes de l’est de Gatineau, cette semaine, c’est le député fédéral de Gatineau, Steven MacKinnon. Il a ressorti le pont de l’île Kettle, un projet qui est une « priorité » pour le gouvernement fédéral, dit-il. Un projet dont il est question depuis 50 ans. Un demi-siècle. Les maires d’Ottawa et Gatineau, concentrés sur leurs grands projets « prioritaires » de transport en commun, ont tous deux tourné le dos à ce pont qui n’a jamais fait consensus, mais dans lequel des millions de dollars se sont dépensés en études de toute sorte.

Qu’ils soient en voiture ou en autobus, les Gatinois n’ont pas fini de se battre, matin et soir, pour chacun de leurs pouces d’autoroute.