Josee Guilbault, propriétaire d’une résidence sur le boulevard Lorrain depuis 17 ans, indique que les nouveaux ponceaux du MTQ sont de diamètre beaucoup plus petit que les anciens équipements.

Les ponceaux du MTQ pointés du doigt

Pendant que des résidents au nord de l’autoroute 50 ont eu les pieds dans l’eau à deux reprises depuis neuf mois, le ministère des Transports du Québec (MTQ) et la Ville de Gatineau se lancent la balle en coulisses sur leur part de responsabilités. Au cœur du conflit : l’installation de ponceaux dont le diamètre est presque deux fois plus petit qu’auparavant en bordure de la route 366, qui est sous l’emprise du MTQ.

Selon les informations obtenues par Le Droit, lors des derniers travaux de remplacement, le ministère a décidé d’opter pour des ponceaux de 45 centimètres de diamètre le long de certaines résidences, alors que les anciens avaient un diamètre de 75 centimètres.

De source sûre, nous avons appris qu’à la suite des inondations du 30 octobre dernier, qui ont entre autres touché le chemin de Chambord et la rue Thérèse, la Ville a interpellé le ministère afin de connaître les raisons l’ayant poussé à effectuer une telle modification. On se questionne, entre autres, si ce geste pouvait être l’une des sources probables des refoulements d’égouts et des inondations.

Invité à commenter, le cabinet du maire Maxime Pedneaud-Jobin n’a pas confirmé ni infirmé les informations.

« Le maire est au courant que des citoyens ont ciblé ça comme problème potentiel cette semaine. C’est sûr qu’il va falloir faire un suivi là-dessus et voir si ç’a eu un impact réel au niveau technique. Si oui, alors il faut remédier à la situation, voir comment on peut la corriger. Mais il faut d’abord faire des validations », a souligné l’attaché politique François Léveillé.

« Un fiasco »

Propriétaire d’une maison depuis 17 ans sur le boulevard Lorrain, Josée Guilbault pointe elle aussi du doigt le MTQ, ayant vu de ses propres yeux les travaux de remplacement d’un ponceau devant chez elle.

« On l’a su en octobre dernier, après les inondations où on a eu un pied d’eau dans le sous-sol, que le diamètre des ponceaux avait rapetissé. C’est un travailleur qui nous a dit qu’il l’avait mentionné (au MTQ) que ce n’était pas une bonne idée », raconte la Gatinoise, qui affirme ne jamais avoir été inondée avant ces travaux.

Son conjoint Stéphane Clément n’hésite pas à qualifier la situation de « fiasco », ajoutant que les deux dégâts d’eau des derniers mois, incluant celui de mercredi dernier, causent un stress inutile à sa famille.

« Même quand on est en vacances, on n’ose plus quitter la maison. Encore hier (jeudi), on était à Maniwaki et en voyant qu’il pleuvait fortement, nous sommes précipitamment revenus en ville. On ne sait plus sur quel pied danser », lance-t-il.

Mme Guilbault déplore qu’il soit si ardu d’avoir l’heure juste et accuse aussi la Ville de Gatineau d’être fautive.

À la suite du sinistre de l’automne dernier, le couple a eu droit à un chèque de 15 000 $ de la part de son assureur. Or, puisque les travaux ont coûté au-delà de 28 000 $, le reste de la somme a été réclamé en vain à la Ville, qui jusqu’ici nie toute part de responsabilité.

« Nous n’avons pas de recours, on dirait qu’on parle dans le vide. Ils parlent de revoir la situation l’an prochain, mais c’est urgent, ce sont des sinistres constants. Ils savent quel est le problème », se désole-t-elle.

Pas de preuves, dit le MTQ

La direction régionale du MTQ en Outaouais ne nie pas que la grosseur de « certains » ponceaux a été réduite, mais elle se défend becs et ongles quant à savoir si ces travaux « effectués il y a quelques années » sont l’une des causes principales des inondations.

« On a refait le profilage de fossés et changé des tuyaux pour en avoir de plus petite dimension, c’est vrai, mais la nuance, c’est qu’avant il s’agissait de tuyaux en tôle galvanisée, et maintenant c’est en plastique. Ils ont un meilleur coefficient de drainage. Ceci étant dit, nous n’avons aucune preuve que les inondations sont dues à nos infrastructures. Il est tombé jusqu’à 100 mm de pluie, c’est une quantité phénoménale, gros ponceau ou non », répond la porte-parole Karine Sauvé.

L’important développement résidentiel des dernières années est également à prendre en considération, car il amène davantage d’eaux résiduelles, ajoute-t-elle.

Ironiquement, le MTQ a annoncé vendredi qu’il effectuera dès lundi des travaux de remplacement de ponceaux entre le chemin de Chambord et la rue Thérèse, sur la route 366.

Karine Sauvé explique que le ministère a décidé de faire sa part, à la suite des pluies diluviennes d’il y a trois jours, en essayant d’améliorer le drainage « même si rien ne dit qu’il s’agit de la source du problème ».

« On va donc en installer qui sont un peu plus gros ou avec une meilleure capacité. Est-ce que ça va changer quelque chose, est-ce que ça va permettre d’éviter des inondations ? On n’a aucune idée, mais essayons-le », note-t-elle.

Le MTQ rappelle que les travaux de réaménagement de l’intersection, prévus au printemps, vont forcément améliorer la situation des résidents puisqu’un réseau d’égouts pluvial sera construit.