La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante représente plus de 110 000 propriétaires de PME au Canada, dont environ 700 sont sur le territoire de Gatineau.
La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante représente plus de 110 000 propriétaires de PME au Canada, dont environ 700 sont sur le territoire de Gatineau.

Les PME insistent auprès du maire Pedneaud-Jobin pour qu’il gèle les taxes en 2021

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
Le refus catégorique du maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, d’emboîter le pas à ses homologues de plusieurs autres grandes villes de la province en décrétant lui aussi un gel des taxes foncières pour 2021 fait sursauter la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI).

Dans une lettre adressée au maire de Gatineau, dont nous avons obtenu copie, le vice-président Québec de la FCEI, François Vincent, réclame du maire Pedneaud-Jobin qu’il prenne «un pas de recul» et qu’il reconsidère sa position dans le dossier. 

«Si tout le monde avait le même genre de position que le maire de Gatineau, aucun gouvernement ne serait venu en aide aux entreprises pour traverser la crise, affirme M. Vincent en entrevue avec Le Droit. On peut comprendre le fondement derrière la logique du maire Pedneaud-Jobin de ne pas vouloir geler les taxes en temps normal, mais là on n’est pas du tout en temps normal. Faut-il rappeler au maire que nous sommes en temps de crise ? Je suis persuadé qu’en ces temps hors normes que nous vivons, un élu doit faire un pas de recul afin de prendre des décisions qui aideront les entreprises à passer à travers la crise.»

La FCEI représente plus de 110 000 propriétaires de PME au Canada, dont environ 700 sont sur le territoire de Gatineau. Un sondage mené par l’organisme en mai dernier auprès des membres de la fédération démontre qu’un gel de taxes figure au premier rang des demandes envers les municipalités de 62 % des PME. Le maire de Gatineau justifie sa position en affirmant que l’impact positif d’un gel de taxes sur les entreprises ne serait pas assez important considérant la perte de 11,5 millions $ en revenus que cela représenterait pour la Ville l’an prochain. 

«Une des bonnes choses à faire pour un élu municipal est d’être à l’écoute de son milieu et des entreprises qui génèrent des retombées économiques sur son territoire, affirme M. Vincent. La demande des PME est plus que claire. Elles demandent un répit pour l’année à venir, le temps de pouvoir reprendre le rythme, le temps que ça revienne plus à la normale. En ce sens, chaque petit geste compte. C’est comme l’achat local. C’est collectivement que ça fonctionne. Pour l’aide aux entreprises, c’est la somme de toutes les mesures qui auront un impact. La pire chose à faire en ce moment est d’augmenter les taxes pour des entreprises qui n’ont pas pu profiter de leurs locaux pendant des mois et pour qui une deuxième vague de restriction approche.»

La FCEI avance que plus de 60 % des PME au Canada n’ont pas encore retrouvé leur rythme de croisière d’avant la crise engendrée par la pandémie de COVID-19. La moitié estime qu’elles auront de la difficulté à passer au travers d’une seconde vague de restriction. «La moindre des choses que les villes peuvent faire dans une telle situation, affirme M. Vincent, c’est de faire comme Québec et Ottawa en adaptant leur réponse face à l’évolution de la crise.»

M. Vincent mentionne par ailleurs que le centre-ville de Gatineau fait face à une situation particulière en raison de l’absence des dizaines de milliers de fonctionnaires fédéraux tenus à l’écart de leur bureau. «Ce n’est vraiment pas en augmentant les taxes des PME affectées par cette situation que Gatineau va aider, insiste le vice-président de la FCEI. Le maire de Gatineau a encore la possibilité de changer d’idée. Le budget n’est pas encore adopté et le maire a encore la possibilité de proposer un gel de taxes et nous espérons vivement qu’il prenne la situation particulière des PME de son territoire en considération.»

L'analyse de Pedneaud-Jobin

Maxime Pedneaud-Jobin a indiqué en entrevue au Droit qu’un gel des taxes foncières représenterait une économie moyenne de 10 $ par mois pour une petite entreprise.

«Pour la Ville, ce serait un manque à gagner de 11,5 millions $ cette année. Mais si on ne la taxe pas, ça veut dire qu’on ne l’argent les années suivantes non plus. Ne pas taxer 11,5 millions $ cette année, c’est une perte de 115 millions $ sur dix ans», a fait valoir le maire Pedneaud-Jobin.

Ce dernier a d'ailleurs souligné qu'un gel ou une baisse de taxes aurait des conséquences négatives sur les services municipaux.

«C’est une très mauvaise idée, même pour les entreprises, parce que ça pourrait vouloir dire pour la ville des réductions de services municipaux ou l’abandon de projets d’infrastructures», a-t-il plaidé.

«Quand on a fait des gels de taxes il y a 20, 30 ans, c’est une partie de l’explication de notre déficit d’infrastructure présentement et de l’état de nos rues», a-t-il noté.

Le moment n’est donc pas propice à un gel de taxe, selon le maire. Pour lui, il est important que la Ville augmente ses investissements dans une crise économique pour relancer l’économie, et «pour faire ça, ça prend des revenus».

Le maire Pedneaud-Jobin a aussi rappelé qu’il existe des programmes d’aide mis en oeuvre par Québec et Ottawa pour les entreprises, comme le programme de subvention pour les loyers commerciaux.

«Quand il (François Vincent) dit que tous les petits montants se comptent, ça marche des deux côtés. Ça fonctionne pour eux et pour la Ville aussi. Pour la Ville, 11,5 million $ par année, c’est énorme», a-t-il argumenté.

«On nous demande aussi de maintenir nos investissements dans l’animation au centre-ville, de continuer à stimuler l’économie de toutes sortes de façons. Bien ça prend de l’argent pour faire ça», a-t-il poursuivi.

Avec Charles-Antoine Gagnon