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L'intention de la Ville de Gatineau de ne plus permettre dès ce printemps aux chiens de se promener sans laisse dans des endroits non clôturés tels que les parcs canins suscite de nombreuses réactions.
L'intention de la Ville de Gatineau de ne plus permettre dès ce printemps aux chiens de se promener sans laisse dans des endroits non clôturés tels que les parcs canins suscite de nombreuses réactions.

Les parcs à chiens causent des remous à Gatineau

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
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La possibilité que la Ville de Gatineau ne permette plus dès ce printemps aux chiens de se promener sans laisse dans des endroits non clôturés tels que les parcs canins, par souci de se conformer à la réglementation provinciale en vigueur depuis un an, suscite de nombreuses réactions.

En raison de certaines modifications apportées au Règlement provincial d'application de la Loi sur l'encadrement des chiens en mars 2020, dont l'article 20 stipule que «dans un endroit public, un chien doit en tout temps être sous le contrôle d’une personne capable de le maîtriser, sauf dans une aire d’exercice canin ou lors de sa participation à une activité canine», l'administration propose de modifier dans les semaines à venir la réglementation municipale.

Le dossier devait être à l'ordre du jour au conseil municipal mardi, mais l'avis de motion a finalement été retiré.

Or, avant même que la décision soit prise et que les modalités aient été établies, il y a une levée de boucliers chez plusieurs citoyens propriétaires de chiens. Plusieurs n'en démordent pas et croient que le statut des quatre parcs à chiens non clôturés du territoire (Lamarche, Lac-Beauchamp dans sa partie nord, de la Technologie et Jardins-Lavigne) où leurs compagnons poilus pouvaient se promener sans laisse ne devrait pas changer. 

Du moins, ils estiment qu'il y a moyen de trouver un compromis afin d'éviter qu'il ne reste que deux sites où les chiens pourront déambuler sans être attaché avec une laisse, soit les aires d'exercices canins situés au parc Allen (Aylmer) et sur le terrain de la caserne de pompiers Cadieux-Laflamme (Buckingham).

«Ça n'a ni queue ni tête»

Pour le président du Club canin d'Aylmer, André Lemay, qui saisit mal pourquoi la Ville «sort tout à coup cette réglementation provinciale d'un classeur alors qu'elle est sur la table depuis un an», il est clair qu'il y a moyen pour Gatineau de se conformer à la loi tout en trouvant un terrain d'entente qui plaira à tous. Selon lui, il ne faut pas «regarder le train passer» car le conseil va réagir dans la mesure où la population réagit elle aussi.

«Il y avait des démarches à entreprendre, il faut consulter les citoyens. On peut trouver un moyen d'adapter les lieux, on a des devoirs à faire, je ne peux pas croire qu'on ne peut pas arriver à trouver des solutions pour préserver ces espaces-là. Autrement, on va être coincés avec seulement deux espaces clôturés de 3000 mètres carrés chacun pour une population de 300 000 habitants. Tous les gens qui le veulent vont se retrouver là-bas et je ne peux pas imaginer cela, ça n'a ni queue ni tête. C'est le principe des vases communicants: si on interdit aux gens d'aller à un endroit, ils vont aller ailleurs. Ça poserait toutes sortes de problèmes», déplore-t-il.

À son avis, puisque l'érection d'une clôture dans les quatre parcs à chiens aurait un coût très important, M. Lemay estime que la Ville devrait plutôt, sachant ce que la loi dicte, se tourner vers la terminologie et simplement renommer ses espaces pour y inclure la notion d'aires d'exercices canins.

«Même si on érige des clôtures, le problème demeure entier si on ne revoit pas la désignation. Il pourrait aussi y avoir une autre façon de délimiter l'espace, avec des affiches par exemple, comme c'est le cas de Bruce Pit, à Ottawa (un parc géré par la CCN où les chiens peuvent être en liberté avec leur maître). Les parcs à chiens sont bénéfiques à tous les égards, non seulement pour la santé des gens et des chiens, mais aussi pour l'appropriation du territoire. Les citoyens deviennent un peu plus responsables de leur milieu aussi», note-t-il.


« C'est le principe des vases communicants: si on interdit aux gens d'aller à un endroit, ils vont aller ailleurs. Ça poserait toutes sortes de problèmes. »
André Lemay, président, Club canin d'Aylmer

Par ailleurs, l'organisme précise aussi qu'alors qu'on fait allusion à une clôture, rien n'est spécifié aspect dans la règlementation provinciale. 

Différentes options à analyser, dit Gatineau

Le président du conseil municipal, Daniel Champagne, a tenu à calmer le jeu en rappelant que la décision n'a pas été prise et que toutes les avenues possibles pourront être scrutées à la loupe.

«Nous, ce qu'on veut, c'est de voir quelle est la flexibilité que nous sommes capables d'avoir pour répondre favorablement aux propriétaires de chiens. Est-ce qu'on a par exemple une certaine flexibilité avec la nouvelle loi qui nous permettrait de maintenir nos parcs à chiens tels qu'ils existent actuellement ou bien est-ce qu'on doit absolument se conformer en s'assurant que dans les parcs que je vais qualifier à aires ouvertes actuellement, les chiens soient absolument en laisse?», lance-t-il. 

L'élu précise toutefois qu'il ne veut pas créer d'attentes «trop élevées» envers la population.

«Il y a eu un sentiment qu'on bougeait trop rapidement. On a bien entendu les préoccupations des citoyens, on a décidé de retarder tout le processus d'un mois. [...] À la fin mars, il y aura une rencontre avec l'ensemble des membres du conseil et l'administration, on va regarder les différentes options possibles pour nous et ensuite prendre une décision. [...] Je veux rassurer les gens, il n'y a pas de changement à court terme, mais à long terme il se pourrait qu'il y en ait», explique M. Champagne.

La conseillère Louise Boudrias, qui croit que le public aurait dû être averti bien avant parce qu'il y a eu de la désinformation entre-temps, estime qu'il s'agit «d'un autre dossier qui était mal attaché et où on doit reculer». 

«On a tous reçu beaucoup de courriels. On savait bien que ça n'avait pas de bon sens de faire ça à huis clos. C'est ce qui arrive quand on n'informe pas la population de la bonne façon. Il faut voir comment on peut arriver à respecter la loi tout en continuant de permettre aux gens d'utiliser ces endroits en toute sécurité. Est-ce que ça doit obligatoirement être des clôtures ou ça peut être des frontières naturelles, comme une haie? Il faut voir les possibilités. Ce n'est pas vrai qu'on va mettre une clôture de broche autour du lac Beauchamp», lance l'élue.

Le président du conseil municipal, Daniel Champagne

Déception et incompréhension

Des utilisateurs du parc à chiens situé au parc du Lac-Beauchamp n'ont pas caché leur incompréhension face à cette réflexion en cours à la Ville. Ils souhaitent ardemment qu'un compromis soit trouvé.

«Je trouve ça très dommage. Mon chien vient ici depuis l'âge de trois mois et il est super excité dans l'auto de venir ici. Marcher dans la rue, ça n'a pas le même impact. Il y a des gens plus âgés ou seuls qui viennent ici, ça leur permet non seulement de socialiser mais également de faire de l'exercice pour conserver leur autonomie. Le chien est un prétexte pour sortir de la maison, nous faire du bien. [...] C'est certain que dans un parc clôturé, le chien va jouer quand même, mais moi je ne ferai pas tant d'exercice. Quand je viens ici, je marche de quatre à cinq kilomètres. Si c'est clôturé, je ne resterai pas aussi longtemps», affirme Anik Therrien.

Une autre dame espère que Gatineau ne prendra aucune décision précipitée, même si elle ignore elle-même quelle pourrait être la solution idéale.

«Ce serait épouvantable si on perdait cette partie de parc-là. C'est mon plaisir de venir ici deux fois par semaine, car la chienne suit et marche devant. Elle ne va pas dans les sentiers ailleurs. Les chiens sans laisse sont souvent moins agressifs», soutient-elle.

Guy Fontaine, qui vient y faire son tour quotidiennement depuis 2013, croit de son côté que la marche avec un chien sans laisse a énormément de bienfaits et qu'il y a moyen de trouver un juste milieu.

«Je ne suis absolument pas d'accord avec cette possibilité-là. C'est une brimade. De toute façon, un chien comme le mien (de traîneau) a besoin de courir et d'être en liberté. Ça enlève les frustrations et ça leur donne de l'exercice, pour nous aussi. [...] Qu'ils mettent une clôture ici, ce serait un compromis. Ou qu'ils imposent une taxe spéciale pour les propriétaires de chiens, je suis d'accord avec ça aussi. Ce serait le principe du consommateur payeur, c'est tout», lance le Gatinois.

Un groupe se mobilise

Le «Groupe Mobilisation: sentiers canins forêt Boucher» dit dénoncer le manque de transparence de la Ville, «qui impose un avis de motion à la dernière minute et qui ne propose aucune consultation publique». 

Réclamant un dialogue, le regroupement affirme que le scénario se répète et rappelle que l'administration avait aussi écarté l'avis des propriétaires de chiens lors de la consultation sur le plan d'aménagement de la Forêt Boucher.

«La Ville veut nous convaincre que leurs actions sont nécessaires à cause de la nouvelle réglementation sur les chiens de la province. Cette loi ne stipule pas que les aires d’exercices canins doivent être clôturées. La Ville de Gatineau a les outils légaux à sa disposition pour assurer l’accès à une variété de parcs canins où les chiens peuvent être libres. Ceci inclut des parcs à aires ouvertes clôturés et non clôturés ainsi que des parcs où il est possible de faire des randonnées sur des sentiers boisés. Il est primordial que la Ville crée un environnement inclusif pour tous ses citoyens, y inclus celles et ceux qui ont des chiens, ce qui représente un peu plus de 35% des ménages», indique Caroline Simard, avocate et membre du groupe.