En protégeant et en valorisant la forêt Boucher, ce sont des millions de dollars par année que la Ville de Gatineau épargnera pour les décennies à venir, estime le maire Pedneaud-Jobin.

Les millions de la forêt Boucher

Quelle est la valeur économique d’une forêt protégée pour les générations à venir et située en plein milieu d’une ville ? Dans le cas de la forêt Boucher, ça se calcule en millions de dollars par année et c’est en partie pourquoi le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, affirme, « sans hésiter » qu’investir dans une forêt est un bon placement pour une ville.

Ce sont des millions de dollars que la Ville de Gatineau n’aura pas à dépenser pour la rétention des eaux dans le secteur. Ce sont des économies pour les citoyens et entreprises à proximité qui dépenseront moins en climatisation pendant l’été. La forêt fait aussi grimper la valeur foncière des maisons à proximité.

En vertu du protocole d’entente adopté par le conseil municipal, mardi, entre la Ville et la Fondation de la forêt Boucher, la forêt deviendra aussi, d’ici trois ans, un véritable outil de récréation pour les citoyens. L’entente prévoit le versement à la fondation de 785 000 $ sur trois ans, par la Ville de Gatineau. À cela s’ajoute un montant de 140 000 $ que la fondation a récolté auprès de ses partenaires.

« L’argent sera dédié au démarrage du parc et va nous mener à son lancement en 2021, explique Adrian Corbo, président de la Fondation de la forêt Boucher. On va faire une étude de marché pour voir de quoi les citoyens ont besoin en termes d’activités. On fera un plan de protection des zones plus à risque, ainsi qu’un plan d’aménagement. L’argent va aussi servir à la réfection des sentiers, leur mise aux normes, à les baliser et à en aménager de nouveaux. On va aussi ajouter du mobilier urbain. »

« Des services incroyables rendus »

Le maire Pedneaud-Jobin tient à souligner le travail fait depuis près de 30 ans par des citoyens qui ont cru dès le départ à l’importance de protéger cette forêt de près de 300 hectares. « C’est une infrastructure qu’il faut protéger, c’est un poumon de la ville, c’est un corridor écologique vers la rivière, dit-il. C’est un écosystème extraordinaire qu’on protège, mais aussi une infrastructure verte. Sans les citoyens qui se sont mobilisés par le passé, on ne serait jamais arrivé là aujourd’hui. Dans 40 ans, les gens vont dire que ceux qui se sont mobilisés pour protéger ce terrain étaient des visionnaires. »

Il y a quelques années, une firme avait évalué la valeur économique de la forêt Boucher à 6 millions $ par année, mais c’était en considérant qu’elle abritait dix hectares de milieux humides.

Les nouvelles données du gouvernement du Québec évalueraient à près de 155 hectares la superficie humide de la forêt. La valeur de la forêt Boucher pourrait être bien supérieure à ce qui avait été avancé.

« On y retrouve une multitude d’écosystèmes, note M. Corbo. La forêt contient des espèces importantes, certaines en voie de disparition. Le secteur nord contient des espèces qui ont plus de 100 ans et ça, dans une forêt urbaine du sud du Québec, c’est vraiment rare. Les milieux humides rendent des services incroyables à la population et à la Ville. Il y a tout plein de retombées qui reviennent aux citoyens avant même qu’ils aient mis le pied dans la forêt, dit-il. C’est intangible pour les gens, l’argent ne va pas directement dans leurs poches, mais c’est là. »