Le conseiller Gilles Carpentier pilote le comité d'analyse du budget de la Ville de Gatineau.

Les défis «paramétriques» de Gatineau

ANALYSE / Bien des trucs ont changé à Gatineau, cette semaine. Des concepts dont se servaient les politiciens depuis des années pour faire avaler des décisions impopulaires à la population sont sur le point d’être largués. Comme ça, le temps d’un rapport.

Jusqu’à cette semaine, imposer une augmentation de la taxe générale en deçà du taux d’inflation relevait presque de l’hérésie, au mieux de l’irresponsabilité. Le maire Maxime Pedneaud-Jobin a réussi à gagner deux élections en tenant un tel discours, même s’il n’avait rien d’attrayant à première vue pour les contribuables.

Ce grand principe qui était présenté comme de la prudence et de la saine gestion pourrait être balayé sous le tapis dès l’étude du budget 2019 qui aura lieu dans quelques semaines.  

Ajouter des millions de dollars sur la dette n’était acceptable que si l’emprunt permettait à la Ville de soutirer d’autres millions de dollars en subventions aux gouvernements supérieurs. C’était la politique en place depuis longtemps, si bien que cette année, les Gatinois ont payé comptant 68 % des travaux d’entretien de leurs infrastructures. Ça nécessitait un effort particulier de la part des contribuables, mais les élus les réconfortaient en leur disant que c’était par souci d’équité pour les futures générations de payeurs de taxes.

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin

Les générations futures devront vraisemblablement céder un peu de terrain aux contribuables d’aujourd’hui. Fort des recommandations du comité de l’analyse approfondie du budget, le conseil pourrait être tenté, dès 2019, de ne percevoir que la moitié de la taxe dédiée aux infrastructures de 1 % dans les poches des contribuables. L’autre moitié, pour les trois prochaines années, serait empruntée. Une telle manœuvre aurait été impensable il y a un an.

Virage fiscal 

Il s’agit là de deux importants virages fiscaux proposés par le comité d’analyse du budget piloté par le conseiller Gilles Carpentier. 

L’ancien sous-ministre adjoint au Conseil du Trésor n’a d’ailleurs pas lésiné sur les termes techniques pour asseoir la crédibilité de son document. Ainsi, la révision de « politiques internes de type paramétriques » est devenue nécessaire à Gatineau, tout comme l’adoption de « nouveaux paradigmes ».

Si ces termes savants n’ont aucune réelle signification pour le commun des mortels, ils résonnent toutefois bien clairement au sein de l’équipe de hauts gestionnaires de la Ville de Gatineau. 

En gros, ça veut dire que le plan financier long terme qui encadre les décisions fiscales du conseil et de l’administration depuis maintenant sept ans est mis sur pause. Si les élus adoptent les recommandations du comité spécial de M. Carpentier, les contribuables pourront apprécier une hausse de taxes moins élevée que prévu. Le rapport recommande une hausse de 2,1 % pour les trois prochaines années.

Et l’amélioration des services ?

Il sera intéressant de voir comment ces recommandations pourront s’arrimer avec le cadre financier retenu par le conseil municipal lors de l’adoption du programme du conseil, il y a tout juste quelques mois. Fortement inspiré du programme d’Action Gatineau, le programme du conseil prévoit une hausse de taxe de 2,5 % pour les années 2019-2020 et 2021, ce qui est légèrement supérieur aux recommandations du comité d’analyse approfondie du budget, mais qui représente plusieurs millions de dollars de revenus sur trois ans.

Le présent mandat doit en être un d’amélioration des services à la personne. Il s’agissait du thème central de la campagne électorale du maire Pedneaud-Jobin. 

Or, les recommandations du comité de M. Carpentier sont basées sur une offre de services constante pour les trois prochaines années, sans amélioration et sans coupure. Le rapport est clair à cet effet. Chaque augmentation du niveau de service devra venir avec une hausse de taxes.

M. Carpentier prévient que l’espace fiscal dégagé par une série de mesures de diversification des revenus devra d’abord servir à mettre fin au sous-financement en matière de ressources humaines. Gatineau fait face à une pénurie de main-d’œuvre criante. Elle doit y remédier d’urgence, faute de quoi, ce n’est pas d’amélioration de services dont il sera question, mais de la capacité même à les maintenir. Cela nécessitera des investissements et fera probablement croître la masse salariale de la Ville qui représente déjà 46,8 % du budget. 

À cela doivent s’ajouter des investissements importants pour permettre à la Ville de Gatineau d’amorcer un véritable virage vers une organisation dite « intelligente ». 

Il y aura beaucoup de « paramétrie » à faire d’ici l’adoption du budget pour que tous ces paradigmes puissent s’arrimer.