Plusieurs instances, municipales, territoriales, autant publiques que du côté de l’entreprise privée, s’activent présentement afin que l’Outaouais réduise et éventuellement élimine l’enfouissement de ses déchets.

Les déchets de l’Outaouais deviennent un objet de recherche

Il sera beaucoup question de poubelles, en Outaouais, en 2018, et aussi étonnant que cela puisse paraître, plusieurs avouent vivre une certaine excitation face à cette perspective.

La recherche d’une solution régionale à la gestion des déchets ne date pas d’hier en Outaouais. Toutes les municipalités conviennent que le transport à grands frais, de leurs déchets dans des sites d’enfouissement à l’extérieur de la région, n’est pas la gestion la plus intelligente à préconiser. Mais toutes continuent de le faire et refilent la note à leurs contribuables respectifs, année après année. 

Il y a bien eu quelques tentatives par le passé entre la Ville de Gatineau et les MRC voisines pour trouver une solution locale, mais rien n’a jamais vraiment abouti. Les premiers mois de l’année 2018 pourraient cependant donner lieu à un revirement de situation. 

Plusieurs instances, municipales, territoriales, autant publiques que du côté de l’entreprise privée, s’activent présentement afin que l’Outaouais réduise et éventuellement élimine l’enfouissement de ses déchets. 

La perspective d’un incinérateur régional, toujours possible, n’enthousiasme pas grand monde. La réflexion qui s’amorce dans les prochains mois et les moyens qui sont pris pour y atteindre l’objectif fixé se tournent plus vers une valorisation économique des déchets. L’Outaouais cherche à déterminer de quoi sont réellement constitués ses déchets. Une fois qu’elle aura un portrait précis de son sac de poubelle annuel, elle sera en mesure de développer une grappe industrielle qui saura l’utiliser à sa juste valeur. 

Le temps presse, rappelle cependant le préfet de la MRC Papineau et maire de Thurso, Benoît Lauzon. L’enfouissement des matières compostables sera interdit en 2020. «Ça commence à presser, dit-il. Les discussions ne font que recommencer sur cet enjeu. Il faut qu’on se parle de ce problème-là en Outaouais. Nous avons suffisamment de tonnage de déchets chez nous pour avoir une infrastructure capable de les traiter chez nous. Le transport [vers les sites d’enfouissement] ça coûte très cher.»

L’importance du tonnage

M. Lauzon s’inquiète de voir certaines municipalités commencer à trouver des solutions de rechange, faute de pouvoir profiter sur une infrastructure régionale. «C’est régionalement, ensemble, qu’il faut gérer ça si on veut vraiment des économies pour nos citoyens. Si nous travaillons tous chacun de notre bord, c’est l’entreprise privée qui profitera de la situation. Il est important qu’on se prenne en main et qu’on étudie toutes les possibilités pour l’ensemble de la région.»

Le directeur général du Conseil régional de l’environnement et du développement durable de l’Outaouais (CREDDO), Benoît Delage, croit aussi fermement que toute la région doit serrer les coudes dans ce dossier. «C’est le tonnage qui va déterminer ce qu’on peut se payer comme région, dit-il. Gatineau a un potentiel de déchets ultimes et de matières compostables, mais il faut ajouter les MRC, et même la Ville d’Ottawa. On parle d’un potentiel de plus de 1,2 million de producteurs de déchets. Il faut aussi s’attarder aux déchets produits par l’entreprise privée.»

Si des pas en avant ont été faits pour rapprocher les MRC de l’Outaouais, l’automne dernier, les discussions avec Ottawa n’ont pour leur part «pas avancé», selon la présidente de la Commission de l’environnement et du développement du territoire à la Ville de Gatineau et conseillère du Plateau, Maude Marquis-Bissonnette. L’administration municipale affirme pour sa part que les discussions avec Ottawa suivent «leur cours normal».

Les déchets des uns font le bonheur des autres

L’«économie circulaire» fait de plus en plus sa place au Québec et fera de plus en plus parler d’elle en Outaouais dans les prochaines années. Pour le maire de Thurso et préfet de la MRC de Papineau, Benoît Lauzon, ce type de développement économique représente carrément l’«avenir». 

Avant d’en profiter, la région doit toutefois détenir toutes les informations pertinentes qu’il y a à y avoir sur ses propres déchets. 

«Il y a tout un développement industriel qu’on peut faire, dit-il. On peut attirer des entreprises intéressées par nos déchets, mais il faut d’abord connaître ce que comme région nous produisons en déchets. Ensuite on pourra se donner une vision de développement en lien avec ça.» Le directeur général du Conseil régional de l’environnement et du développement du durable de l’Outaouais (CREDDO), Benoît Delage précise qu’il y a actuellement plusieurs chantiers de recherches en cours concernant la réutilisation de nombreuses matières résiduelles qui pourraient être porteurs dans la région. 

«Le bitume, les agrégats, les résidus agricoles, il suffit d’avoir de l’imagination, dit-il. Le bardeau d’asphalte, par exemple. On a du gros tonnage de ça dans la région, mais on le livre à l’extérieur de la région pour en faire du bitume de voirie ou pire, directement à l’enfouissement. Il faut s’assurer de réintroduire ça localement. C’est la même chose pour les résidus de béton. Il y a toute une stratégie à revoir dans le secteur de la voirie.»

Ce dernier explique que la région doit déterminer ce que contient son «gisement de déchets», toutes sphères d’activités confondues. «C’est à partir de ça qu’on arrive à développer un plan d’affaires, insiste le directeur général du CREDDO. Il faut savoir qu’une région ne produit pas les mêmes déchets et en même quantité d’un mois à l’autre.» C’est cette information qui permettra ensuite à la région de déterminer quel type d’entreprises elle peut attirer sur son territoire, et éventuellement quelle grappe industrielle elle accueillera.

Des chercheurs de la Polytechnique auront le nez dans nos poubelles

La Ville de Gatineau a octroyé, en juillet dernier, un contrat de 250 000 $ pour une période de cinq ans à la Chaire de recherche en valorisation des matières résiduelles de la Polytechnique de Montréal pour l’aider à voir plus clair dans ces déchets et ce qu’elle pourrait faire avec. En octobre, trois MRC, Pontiac, Vallée-de-la-Gatineau et des Collines-de-l’Outoauais, ont signifié leur intérêt pour participer, elles aussi, à l’exercice. Le préfet de la MRC Papineau, Benoît Lauzon, assure qu’il se joindra lui aussi au financement de ces travaux de recherche. 

Reste maintenant pour les MRC à trouver le financement nécessaire pour bénéficier des travaux de cette chaire de recherche. La région de l’Outaouais attend à ce chapitre des nouvelles du Fonds d’appui au rayonnement des régions vers qui elle s’est tournée pour obtenir du financement. Ce nouveau programme de subvention a été mis à la disposition des régions par le gouvernement du Québec pour favoriser des investissements dans des projets d’envergure régionale. 

La présidente de la Commission sur l’environnement et l’aménagement du territoire de la Ville de Gatineau, Maude Marquis-Bissonnette, précise qu’une première rencontre de démarrage a eu lieu le 30 novembre dernier. Les chercheurs de la Polytechnique de Montréal devront, d’ici cinq ans, produire une préétude ainsi qu’une étude de faisabilité quant à la solution régionale aux déchets ultimes de l’Outaouais. «Cette première rencontre a permis d’identifier les besoins en recherche et les travaux à lancer pour commencer, a ajouté le directeur général du CREDDO, Benoît Delage. C’est sérieusement excitant pour la région de se coller à un tel niveau d’étude dans ce domaine-là.»