Le Centre Robert-Guertin
Le Centre Robert-Guertin

Les autorités doivent reconnaître que «Guertin est à pleine capacité», insistent les intervenants en itinérance [VIDÉO]

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
Le directeur général de la Soupe populaire, Michel Kasongo, ne cache plus son irritation devant ce qu’il qualifie de «fausses informations» véhiculées par les autorités sanitaires et municipales concernant le centre d’hébergement d’urgence mis en place au Centre Robert-Guertin. 

«Contrairement à ce que certains ont affirmé publiquement sur les réseaux sociaux et ailleurs, c’est complètement faux de dire qu’on ne refuse personne à la porte de l’aréna Guertin et qu’il reste encore de la place pour héberger des gens, a-t-il lancé, mardi matin, en entrevue avec Le Droit. La situation réelle, c’est qu’on est à pleine capacité. Il n’y a plus de possibilité d’ajouter des lits supplémentaires sans compromettre la sécurité des bénévoles, des intervenants et des gens hébergés. Ce n’est pas une question de ressources humaines comme certains l’ont dit, c’est une question d’espace et c’est vrai depuis presque deux mois. Soit ces gens sont mal informés, soit ils refusent de voir la réalité.»

Ces propos de M. Kasongo tenus mardi matin sont survenus alors qu’au même moment le conseil municipal de Gatineau recevait une présentation du cadre de référence et du premier plan d’action en itinérance municipal. L’exercice sur lequel planchait la commission Gatineau, ville en santé depuis plusieurs mois vient préciser le rôle et les responsabilités de la Ville en matière d’itinérance. Les affirmations de M. Kasongo font aussi suite aux nombreux démantèlements du camping qu’ont érigé tout au long des derniers mois les itinérants aux abords du ruisseau de la Brasserie. 

Contrairement aux villes de Montréal et Toronto, Gatineau ne tolère pas ce type de camping sur son territoire. Le maire Maxime Pedneaud-Jobin a régulièrement répété au cours des dernières semaines que ces démantèlements sont la «seule chose responsable à faire». Lors de la séance du conseil municipal de septembre, la présidente de la commission Gatineau, ville en santé, Renée Amyot, affirmait que les démantèlements sont une réponse à des enjeux de santé et de sécurité publique. «Pour moi, disait-elle, ça relève de la pensée magique que de penser qu’un camping où il n’y a pas d’encadrement ni le soir ni la nuit pourrait être une solution gagnante pour les personnes qui y sont.»

Cette façon de réagir de la Ville irrite les intervenants en itinérance depuis le début, mais encore plus depuis que le centre d’hébergement d’urgence à l’aréna Guertin affiche complet. 

Lors du comité plénier, mardi matin, le maire Pedneaud-Jobin a affirmé qu’il n’avait pas eu de bilan récent de la situation au centre d’hébergement d’urgence. «J’ai demandé un bilan aujourd’hui», a-t-il indiqué. Interpellé par Le Droit dans les minutes qui suivaient l’affirmation du maire, le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) a continué d’affirmer qu’«il reste des places libres». La porte-parole de l’organisation, Patricia Rhéaume, précise que «ça évolue rapidement et au besoin nous pouvons déplacer des gens vers du logement de transition et d’autres places en zone verte si les besoins augmentent».


« C’est complètement faux de dire qu’on ne refuse personne à la porte de l’aréna Guertin et qu’il reste encore de la place pour héberger des gens. »
Michel Kasongo

Sale boulot

Le camping n’est évidemment pas une solution, admet M. Kasongo. «Mais que font les autorités? demande-t-il. Je le répète, Guertin est plein. Il y a 60 personnes qui y sont hébergées actuellement. La situation est grave et ce sont les intervenants qui sont pris avec le sale boulot de refuser des gens à la porte la nuit. Il faut que les autorités cessent d’affirmer des choses fausses et qu’ils agissent pour enlever ce fardeau psychologique aux intervenants. Tout ça provoque de la détresse chez les intervenants, mais aussi des altercations, la nuit, avec les gens qui se font refuser l’entrée. Il commence à faire froid et je suis de plus en plus préoccupé. Je demande aux autorités d’ouvrir les yeux et de reconnaître la réalité sur le terrain. Procéder à des démantèlements avec comme excuse qu’il y a encore de la place pour héberger les gens doit cesser parce que c’est faux.»

Sur Facebook, il y a quelques jours, la directrice adjointe du Bureau régional action sida (BRAS), Annie Castonguay, a raconté le cas d’une femme immigrante et de son fils majeur atteint de graves troubles de santé mentale qui les empêchent d’être séparés. Alors qu’ils étaient tous deux en situation d’itinérance, la réponse des autorités a été de leur trouver une place à l’aréna Guertin. Pour répondre au besoin d’une dame âgée de 65 ans qui en était à une première expérience d’itinérance, les autorités ont aussi identifié l’aréna Guertin comme solution temporaire. «Des situations du genre sont notre quotidien, a-t-elle déploré. Guertin est complètement inadaptée et inacceptable comme solution.»

Une éclosion de COVID-19 est survenue vendredi dernier parmi les bénéficiaires hébergés à l'aréna Guertin.

Éclosion à Guertin

À cela est venue s’ajouter, vendredi dernier, une préoccupante éclosion de COVID-19 parmi les bénéficiaires hébergés à l’aréna Guertin. La situation a donné lieu à une rencontre, vendredi, entre des représentants du CISSSO, du Gîte ami et de la Soupe populaire de Hull. Le CISSSO confirme que les personnes en situation d’itinérance qui présentent des symptômes de la COVID-19 et qui attendent un résultat de test sont logées dans un autre endroit sécuritaire afin d’éviter une propagation du virus. 

«Ils sont relogés dans un motel, précise M. Kasongo. Mais jusqu’à vendredi, les gens qui devaient être déplacés dans un motel en raison de symptômes perdaient leur lit à Guertin. Cela poussait certains usagers à cacher leurs symptômes pour ne pas perdre leur place. Là, on a décidé que s’ils étaient déplacés, ils étaient inscrits sur une liste prioritaire pour ravoir leur lit à Guertin une fois que leur test est négatif. Mais ce système a des failles. Ce n’est pas tout le monde qui est apte à s’enfermer dans une chambre d’hôtel. Deux personnes se sont sauvées du motel ce week-end.»