Un casque de mineur fait de fibre de verre, datant de l’entre-deux-guerres et exposé au musée de la Société d’histoire de Buckingham, rappelle la dure vie des travailleurs des mines.

L’emblème d’un passé oublié

La série Raconte-moi un objet, écrite par le journaliste Mathieu Bélanger et qui se termine aujourd’hui, vous fera découvrir des morceaux de notre patrimoine collectif qui étaient parfois demeurés bien cachés. Le Droit a eu un premier accès exclusif à une petite partie de l’inventaire du patrimoine mobilier de la Ville de Gatineau, actuellement en préparation. Grâce à des recherches documentaires, nous avons été en mesure de replacer ces artefacts dans leur contexte historique et culturel afin de vous proposer un petit voyage dans le temps. Vous pouvez consulter les capsules précédentes sur ledroit.com, ainsi que sur notre application.

Le passé minier de l’Outaouais occupe une place bien à l’ombre de l’industrie forestière dans la grande histoire de la région. Les mines ont pourtant fait travailler des milliers d’hommes pendant plus d’un siècle, tant à Hull que dans la vallée de la Lièvre. Un casque de mineur fait de fibre de verre, datant de l’entre-deux-guerres et exposé au musée de la Société d’histoire de Buckingham, rappelle la dure vie de ces travailleurs. 

Il a appartenu à un monsieur Chartrand, dont le petit-fils en a fait don au musée. Le président de la société, Michel Riberdy, explique que ce monsieur Chartrand a travaillé toute sa vie à la fameuse mine Wallingford-Back de Mulgrave-et-Derry, qui a été exploitée de 1924 à 1972. L’endroit est aujourd’hui reconnu comme l’un des sites les plus fascinants et particuliers de la région et suscite une curiosité qui dépasse largement les frontières de l’Outaouais. 

Des tonnes de feldspath en sont sorties. Il s’agit d’un quartz très solide qui une fois cuit devient d’un blanc immaculé. Une partie de la production a servi à faire les dents qu’on installait sur les dentiers, note M. Riberdy. « Ce casque est simple, mais il est directement lié à l’industrie minière de la vallée de la Lièvre », souligne M. Riberdy. 

L’industrie minière de la région va se développer en deux axes bien distincts à partir des années 1850, avec le début de l’exploitation de la mine de fer Forsyth, à Hull. C’est d’ailleurs cette mine située dans le secteur du boulevard Cité-des-Jeunes qui mènera à la construction du chemin Freeman, qui visait à acheminer le minerai de fer jusqu’à la rivière Gatineau. De là, il était expédié jusqu’à Kingston, en Ontario, ainsi que dans les fourneaux de Cleveland et Pittsburgh. Un vieux chariot qui servait à transporter le minerai et qui a été oublié dans le parc de la Gatineau en est un remarquable vestige. 

La Vallée-de-la-Lièvre n’est pas riche en fer, mais vers 1880, elle se forge une réputation grâce à la qualité du phosphate qu’on y trouve. « À ce qu’on raconte, le gisement était vert comme de l’émeraude, rappelle M. Riberdy. L’été, on transportait le minerai sur des barges et l’hiver sur des traîneaux tirés par des chevaux jusqu’à une usine de concassage située à Masson. Le phosphate était réduit à l’état de poudre. »

La mine Wallingford-Back de Mulgrave-et-Derry a été exploitée de 1924 à 1972.

Mais l’arrivée en 1897 de deux industriels, dont un était chimiste, aura un impact énorme pour le succès d’un autre industriel bien connu dans la région, E.B. Eddy. Electric Reduction Company of Canada fera la corrélation entre le phosphate et l’énergie électrique. La première industrie électrochimique du Canada va voir le jour à Buckingham. Elle y est toujours et opère aujourd’hui sous le nom de ERCO Mondial. Grâce à un traitement électrique, ERCO transformera le phosphate en phosphore. 

Ce phosphore servira à faire les allumettes qu’E.B. Eddy vendra pendant des décennies partout en Amérique du Nord au prix de la santé de centaines d’allumettières. « Ces compagnies ont joué un rôle majeur dans l’explosion démographique qu’a connue la région au début du siècle dernier », note M. Riberdy.