Une association de droits sociaux accuse la police de Gatineau de profilage social.

Le SPVG accusé de profilage

Le Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) est de nouveau accusé par l’Association pour la défense des droits sociaux (ADDS) de se prêter à des pratiques de profilage social auprès des clientèles marginalisées et des personnes en situation d’itinérance.

Un porte-parole de l’organisme, Jean-Sébastien Beaulne, a interpellé le maire et le reste du conseil municipal, mardi, pour exiger une intervention politique afin que cesse ce qu’il a qualifié d’« intimidation, de profilage et de harcèlement » de la part de policiers gatinois. « Le profilage ne cesse d’augmenter, ça vient de plusieurs agents, pas juste de quelques pommes pourries », a-t-il lancé.

Ce n’est pas la première fois que ce type de pratique de la part du SPVG est dénoncé par les organismes venant en aide aux clientèles les plus vulnérables de la société. Il y a cinq ans, le Collectif de lutte à l’itinérance de l’Outaouais avait sonné l’alarme en brandissant des données obtenues en vertu de la loi d’accès à l’information qui démontraient une augmentation marquée du nombre d’infractions concernant des troubles à la paix publique. Les choses n’ont fait qu’empirer depuis, a avancé M. Beaulne, mardi soir.

« Prenez-vous conscience du pouvoir qu’ont les policiers et de l’impact qu’ils peuvent avoir sur la vie des gens les plus démunis ? a-t-il lancé aux conseillers municipaux. Parfois, les gens en situation d’itinérance ont aussi des problèmes de santé mentale. Être interpellé parfois plus de trois fois par jour pour s’identifier, souvent par la même patrouille, ça instaure un climat de peur et de paranoïa. C’est du harcèlement, c’est illégal et ça n’aide en rien la situation de ces personnes. »

M. Beaulne intervient auprès des clientèles vulnérables dans le centre-ville depuis plus de six ans. Beaucoup se sont adressés à l’ADDS, dit-il, après voir reçu des infractions pour ne pas avoir marché sur le trottoir ou pour avoir traversé la rue au mauvais endroit, a-t-il dit.

« Nous dénonçons le manque de jugement de la part de certains agents. On n’aide pas ces victimes de la vie en leur donnant des tickets anodins pour avoir mendié, flâné, traversé la rue au mauvais endroit ou pour avoir uriné dans un lieu public. Des gens se retrouvent surchargés de tickets, d’autres avec un dossier criminel parce qu’ils ne sont pas capables de payer. Quel espoir de s’en sortir ces gens-là peuvent avoir dans de telles conditions ? On parle de personnes parmi les plus démunies de notre société, pas de caïds ou de criminels endurcis et dangereux. »

Invité au bureau du maire

Le maire Maxime Pedneaud-Jobin a répondu que le sujet fait l’objet de discussions avec l’État-major du SPVG.

« Notre service de police n’a pas peur de se remettre en question, il n’est pas en mode protection, a affirmé le maire.

Il est plus facile d’agir quand on peut documenter des cas précis. » Le maire Pedneaud-Jobin a par la suite invité M. Beaulne à venir le rencontrer à son bureau afin de discuter de la situation plus en profondeur.

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Gatineau a un problème de «judiciarisation» des itinérants, admet Pedneaud-Jobin

Prudent dans le choix de ses mots, le maire Maxime Pedneaud-Jobin refuse de parler de « profilage » social de la part des agents de son service de police. Il admet toutefois que « la Ville de Gatineau a un problème de judiciarisation des personnes vulnérables, comme beaucoup d’autres villes au Québec ». Le conseiller municipal du centre-ville, Cédric Tessier, soutient pour sa part que « des actes de profilage sont tout à fait possibles » auprès des clientèles vulnérables de son quartier. 

En 2014, le maire Pedneaud-Jobin avait affirmé être « préoccupé » par la situation décrite par les organismes sociaux dans le centre-ville, mais s’était dit « rassuré » par le chef de police de l’époque, Mario Harel. Cinq ans plus tard, le maire assure que cet enjeu continue de faire partie des discussions qu’il a avec l’État-major du Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG). 

« Moi, j’ai une préoccupation sérieuse et elle est partagée par le SPVG, c’est la judiciarisation, a-t-il lancé. Des fois, pour essayer d’empêcher certains comportements nuisibles on utilise les contraventions, ce qui fait que des gens qui tentent de s’en sortir, qui ont de la misère, accumulent des contraventions et quand ils réussissent à s’en sortir, ils ont une dette et ça n’aide personne. Ça ne se règle pas en criant ciseau, mais l’État-major partage ma préoccupation et celle de M. Tessier. »

Selon Cédric Tessier, Gatineau doit se doter d’une politique de déjudiciarisation pour les personnes itinérantes. « On ne peut pas demander à la police de ne pas intervenir quand il y a des infractions, mais des mécanismes peuvent être mis en place pour déjudiciariser les dossiers. Quelqu’un qui accumule les contraventions alors qu’il n’a même pas de domicile, ça devient extrêmement difficile de s’en sortir. Quelqu’un qui n’a pas les moyens de vivre, de devoir après ça payer des tickets, c’est rough. »

La présidente de la commission Gatineau ville en santé, Renée Amyot, rappelle que sa commission prépare actuellement un cadre de référence en itinérance qui devait mener à une politique précise pour faire face aux enjeux que cela soulève. Dans le cadre de ces travaux, des modèles de différentes villes seront analysés en profondeur, mais celui de Québec attire déjà l’attention, grâce à son programme de déjudiciarisation. « Je ne dis pas qu’on peut faire du copier-coller, mais Gatineau peut largement s’en inspirer », dit-elle. Un échéancier plus précis à cet effet doit être connu plus tard ce printemps.