La fermeture d’une mine au Nouveau-Brunswick et une grève en Ontario ont contribué à la hausse du prix du sel. Gatineau en fait maintenant les frais.

Le sel pourrait plonger Gatineau dans le rouge

À lui seul, le sel de déglaçage pourrait faire exploser le budget de déneigement 2018-2019 de la Ville de Gatineau. Le Droit a appris que même si elle n’a utilisé que 83 % du sel qu’elle comptait épandre cet hiver, la Ville accuse déjà un déficit de 400 000 $ par rapport au budget qui était destiné au déglaçage. Et le mois de mars ne fait que commencer. Si Gatineau utilise les 35 000 tonnes métriques de sel achetées cette année, c’est un déficit de 1,1 million $ qu’elle devra essuyer. La facture pourrait être encore plus salée si la région connaît des épisodes tardifs de verglas comme ce fut le cas l’an passé.

Le budget 2018-2019 pour réaliser l’ensemble des opérations de déneigement à Gatineau a été fixé par le conseil à 20,1 millions $ lors de l’étude du budget, en novembre dernier. De cette somme, une enveloppe de 2,7 millions $ était réservée pour acheter du sel de déglaçage. L’administration s’est basée sur le prix du sel de l’an dernier pour établir son budget, alors que Gatineau payait 79 $ la tonne métrique. La Ville de Gatineau savait pourtant depuis le mois d’août que le prix de la tonne de sel avait explosé pour atteindre 110 $. Ainsi, pour acheter 35 000 tonnes métriques de sel, ce sont 3,85 millions $ qui étaient nécessaires et non pas les 2,77 millions $ inscrits au budget.

À LIRE AUSSI: Du sel du Maroc et du Chili dans les rues de Gatineau

Le service des communications explique qu’« en raison de la nature incertaine et temporaire de l’augmentation du prix du sel de voirie, la Ville a décidé de ne pas tenir compte de cette augmentation dans le budget 2019 ». L’administration ajoute qu’en fonction de la réaction des marchés au cours des prochains mois, le budget du déneigement pourrait être « réajusté de manière permanente », mais précise qu’« un dépassement du budget pour le sel ne se traduit pas automatiquement par une augmentation du budget des opérations hivernales ».

Pas de rationnement

Depuis la tempête du 12 février, les Gatinois ont été nombreux à se plaindre de rues et de trottoirs qui étaient sur la glace vive. Les 3134 requêtes concernant le déglaçage en date du 3 mars, parlent d’elles-mêmes. Il s’agit du plus grand nombre de plaintes à ce sujet depuis six ans et l’hiver n’a pas encore dit son dernier mot. De nombreux trottoirs, rues locales et corridors scolaires n’ont tout simplement pas reçu la visite de la saleuse pendant des jours. Le président du comité exécutif, Cédric Tessier, durcit le ton quand on lui soumet l’hypothèse qu’un effort est fait pour rationner le sel afin de contrôler le déficit budgétaire. « Il n’y a aucune volonté de rationner le sel, c’est impossible, lance-t-il sèchement. J’ai la confirmation que ce n’est pas le cas du tout. On va défoncer le budget encore cette année et il n’est pas question de restreindre l’épandage. »

Si les Gatinois ont cherché le sel dans leurs rues et sur les trottoirs glacés ces derniers temps c’est plutôt en raison de la température, insiste M. Tessier. « Le sel, on en met seulement quand il fait plus que -10 C˚ et quand il fait plus froid, on met de la pierre de riz ou du sable, c’est ce que prévoit notre charte d’épandage […]. Il y a eu des grands froids dernièrement, donc c’est sûr qu’on n’a pas pu mettre de sel. »

Cédric Tessier affirme qu’il est encore trop tôt pour conclure qu’une hausse du budget de déneigement sera nécessaire pour faire face à l’augmentation du prix du sel de déglaçage. « Je ne suis pas prêt à dire que ça aura un impact à long terme, dit-il. Ça se peut que le prix du sel soit à cette hauteur-là pour encore plusieurs années, ou que ça revienne simplement à la normale. On ne le sait pas. C’est quelque chose qui devra être étudié en préparation de notre budget de déneigement et du prochain appel d’offres regroupé de l’UMQ. On aura cette discussion-là quand toutes les données de l’hiver auront été compilées. »