Les 12 000 passagers qui se déplacent avec le Rapibus chaque jour représentent aussi 10 000 véhicules de moins qui cherchent à traverser la rivière Gatineau.

Le Rapibus a cinq ans

Mis en service dans le tumulte électoral d’octobre 2013, le Rapibus, un projet encore à ce jour unique au Québec, a connu des débuts controversés et déstabilisants pour la Société de transport de l’Outaouais (STO).

Le projet, plombé par d’importants dépassements de coûts, a d’abord suscité beaucoup de grogne de la part des utilisateurs du transport en commun. Plusieurs analystes, à l’époque, lui ont attribué une grande part de responsabilité dans la défaite de l’ex-maire Marc Bureau. Cinq ans plus tard, le Rapibus n’a pas encore rapporté tous les bénéfices qu’il faisait miroiter aux Gatinois, mais le bilan « transparent et sans complaisance » livré, vendredi, par la STO fait montre d’un positivisme évident et assumé. 

L’achalandage, premier indicateur de réussite de l’opération identifié dès le départ par le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, lui permet aujourd’hui d’affirmer que « c’est un succès ». L’augmentation de la clientèle, particulièrement dans le secteur du Rapibus, a été « exceptionnelle dans les dernières années », a noté le maire, à un point tel que c’est devenu un défi opérationnel pour le transporteur public. « La STO connaît actuellement l’une des plus grandes croissances d’achalandage au Canada et probablement en Amérique du Nord », a noté la présidente du transporteur public, Myriam Nadeau.

Myriam Nadeau, présidente de la Société de transport de l’Outaouais, a dressé le bilan des cinq premières années du Rapibus.

En faisant abstraction de l’augmentation de la population, la STO affirme observer une croissance nette de l’achalandage de 14 % depuis l’entrée en scène du Rapibus dans les secteurs qu’il dessert, alors que cette augmentation de la clientèle atteint 6,2 % dans les autres secteurs. 

La satisfaction de la clientèle de la STO affichait une note de 6,8/10 avant l’ouverture du corridor Rapibus, en 2012, atteint maintenant 7,3/10. La directrice générale de la STO, Line Thiffeault, note toutefois que les nombreux travaux autoroutiers et les autres qui entravent des secteurs névralgiques du réseau routier municipal provoquent passablement d’insatisfaction au fil des ans. 

L’une des plus grandes réussites du Rapibus réside dans la plus grande fiabilité que l’infrastructure a procurée au réseau dans l’est de la Ville de Gatineau. En 2013, 69 % des autobus du secteur Gatineau étaient en avance de une minute, ou en retard d’un maximum de cinq minutes, en moyenne. Cette proportion atteint aujourd’hui 83 %. « On voulait un réseau de transport fiable à l’abri de la congestion routière et la mise en service d’un corridor dédié a amélioré considérablement la fiabilité du réseau », a noté la présidente de la STO, Myriam Nadeau.

Environnement et congestion

Il n’y a pas que les usagers du Rapibus qui profitent aujourd’hui des fruits de ce corridor dédié. Les automobilistes qui empruntent le pont des Draveurs aussi, rappelle la STO. L’infrastructure permet de confiner, hors du réseau routier normal, 440 déplacements d’autobus, qui sans le Rapibus participeraient à la congestion routière. 

Les 12 000 passagers qui se déplacent avec le Rapibus chaque jour représentent aussi 10 000 véhicules de moins qui cherchent à traverser la rivière Gatineau. 

Pour les Gatinois en général, ce sont 4700 tonnes de gaz à effet de serre de moins rejetés dans leur environnement. « Il faut voir les gains du Rapibus de manière englobante, insiste Mme Nadeau. Ils touchent à plusieurs aspects de la vie. »

La STO affirme que le « Rapibus est un projet structurant dont les bénéfices se font sentir et s’accentuent à moyen et à long terme, de manière croissance avec le temps et l’évolution de la congestion du réseau routier ». 

Myriam Nadeau ajoute que l’infrastructure a « encore des gains à réaliser » et que des mesures pour les réaliser sont en marche, notamment en ce qui concerne l’accès à la station Montcalm, à partir du boulevard des Allumettières.

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EN BREF

La piste cyclable bientôt transférée à la Ville

Après des années de négociations, la Société de transport de l’Outaouais (STO) et la Ville de Gatineau sont sur le point de s’entendre dans le dossier de la piste cyclable de 10,7 kilomètres qui longe le Rapibus.

La directrice générale de la STO, Line Thiffeault, a fait savoir, vendredi, qu’un protocole d’entente doit être signé d’ici la fin de l’année pour transférer toute la responsabilité de l’entretien du lien cyclable à la Ville de Gatineau.

« Ce n’est pas dans le mandat d’une société de transport d’entretenir des pistes cyclables », a précisé Mme Thiffeault.

En moyenne, 800 cyclistes traversent quotidiennement le pont Noir par le biais de cette piste cyclable.

« Il y avait des imbroglios qui étaient des épines dans le pied de tout le monde pour savoir à qui revient l’entretien, a indiqué la présidente de la STO, Myriam Nadeau. Il reviendra maintenant au conseil municipal de déterminer ses priorités et le niveau de service qu’il souhaite pour ce lien. Moi, je serai de ceux qui vont argumenter pour que la piste soit déneigée l’hiver afin qu’elle serve 12 mois par année. »

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Un lien économique, social et culturel

L’un des plus grands succès du Rapibus a été d’avoir permis d’augmenter de façon très claire le nombre de déplacements vers la périphérie du centre-ville de Hull, en particulier vers le parc d’affaires Richelieu et le secteur des cégeps, le long du boulevard Cité-des-Jeunes. Il s’agit d’une augmentation de 94 %.

Le nombre de déplacements internes à même le secteur Gatineau a aussi connu une augmentation de 64 %. Le Rapibus joue ainsi son rôle d’outil de développement économique et continuera de la faire tout le long de son tracé où des développements résidentiels plus denses sont planifiés.

Il permet aussi de relier les Gatinois à plusieurs pôles commerciaux, culturels et sportifs. Son impact précis quant au développement futur de l’est de la Ville sera mieux défini lorsque la Ville de Gatineau fera un premier bilan de l’implantation de son nouveau schéma d’aménagement, a fait savoir le maire Maxime Pedneaud-Jobin.

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Pas encore à maturité

Après cinq ans de services, le Rapibus doit encore faire l’objet d’amélioration pour atteindre sa véritable maturité. Des véhicules sont encore trop souvent au maximum de leur capacité. Les autobus, dans certains secteurs peuvent perdre jusqu’à 20 minutes pour accéder au corridor dédié.

C’est notamment le cas sur le boulevard des Allumettières, où accéder à la station Montcalm demeure très problématique pendant les heures de pointe. Le prolongement du corridor jusqu’au boulevard Lorrain devrait permettre de retirer encore plus de bénéfice dans l’est de la Ville et désengorger certains parc-o-bus, en particulier celui du boulevard Labrosse.

La STO souhaite aussi un jour parachever le Rapibus jusqu’au boulevard de l’Aéroport, mais ce projet n’est pas encore en planification.

L’attention du maire Maxime Pedneaud-Jobin semble présentement bien plus tournée vers le train léger dans l’ouest.

« Nous avons là un enjeu important qui sera un vrai problème dans dix ans, a-t-il dit. C’est notre priorité et elle fera partie des discussions au cours des prochains mois. »