Actuellement, les collections des musées locaux de la région sont souvent mal entreposées et courent un risque de dégradation accélérée.

Le projet de musée régional en Outaouais se précise

EXCLUSIF / Le milieu de la culture et du patrimoine s’est entendu sur le modèle du futur musée régional de l’Outaouais. Il s’agira d’une institution dotée d’un nouveau site central qui abritera un lieu d’exposition, un entrepôt spécialisé dans la conservation d’artefacts, ainsi que toute l’expertise en muséologie nécessaire pour une telle infrastructure. Les autres musées locaux déjà présents sur le territoire de l’Outaouais deviendront des satellites et bénéficieront de tous les services regroupés dans l’institution centrale.

Le Droit a obtenu, en primeur, le rapport final découlant de l’exercice de concertation du milieu tenu en octobre 2018. Il sera rendu public ce mardi par le Réseau du patrimoine de Gatineau et de l’Outaouais (RPGO). 

« C’est le modèle qui fait le plus grand consensus, c’est clairement le modèle et le plan de match qui correspond le plus aux attentes du milieu », note le directeur général du RPGO, Louis-Antoine Blanchette.

Le pôle central de l’institution serait construit à Gatineau. 

Il serait en interaction constante avec les différents sites satellites qui disposent aux aussi de lieu d’exposition sur le territoire de l’Outaouais. 

M. Blanchette précise que ces musées demeureraient propriétaires de leur collection d’artefacts, mais qu’ils auront tout le loisir de les entreposer dans une réserve régionale qui serait jumelée au site de Gatineau.

Trois draveurs maniant les billes de bois sur la rivière des Outaouais vers 1939.

« On parle vraiment d’une réserve normée, avec une gestion des températures, de l’humidité, de l’éclairage, avec des éléments de protection d’incendie, des aires de quarantaine et d’autres de conservation, dit-il. Elle serait à la disposition des autres musées de la région. Ce lieu est la grande priorité identifiée par le milieu depuis des années. Il y aurait aussi à cet endroit toutes les ressources professionnelles liées à l’archivage, la conservation, la restauration et la muséologie et elles seraient disponibles pour tous les membres. »

Actuellement, les collections des musées locaux de la région sont souvent mal entreposées et courent un risque de dégradation accélérée. 

Le milieu du patrimoine sonne d’ailleurs l’alarme à cet effet depuis déjà plusieurs années. 

En étant mal conservées et mal cataloguées, les collections deviennent difficiles d’accès. 

Un véritable système d’archivage et de protection permettrait une meilleure mise en valeur. 

Il s’agit d’un constat qui fait l’unanimité dans le milieu du patrimoine dans la région.

Le thème central

Le futur musée a même déjà un nom. Il s’agirait du MuséeO. 

« O » pour Outaouais, mais aussi pour sa consonance avec l’eau qui deviendrait le fil conducteur auquel viendraient se greffer les différents thèmes abordés par le musée. 

« La thématique de l’eau est particulièrement rassembleuse, note M. Blanchette. Elle permet de remonter toutes les étapes de l’histoire et du développement de l’Outaouais, de la première présence humaine des autochtones il y a environ 8000 ans, jusqu’au développement social, culturel et industriel de la région. Les sujets à exploiter sont aussi très nombreux. Dans Papineau c’est une histoire francophone qui a un lien avec la Rébellion des patriotes. Dans le Pontiac on ne peut pas ignorer les draveurs, les cageux, les populations autochtones, germanophones, anglophones et protestantes. Les possibilités sont multiples. Il ne manque pas d’organisme en patrimoine dans la région, il manque une institution qui permettrait de faire prendre la mayonnaise. »

UQO

La présence d’un programme d’enseignement en muséologie à l’Université du Québec en Outaouais assurerait aussi un bassin de professionnels formés afin de doter la future institution de l’expertise dont elle aura besoin. 

« Et pour l’UQO, la présence d’un musée régional permettra aux étudiants de pouvoir faire leur stage dans la région et éventuellement d’y travailler, ajoute M. Blanchette. Il s’agira d’un endroit où ils pourront aussi développer des projets et mener des études. »

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UN MUSÉE JUMELÉ À LA FUTURE BIBLIOTHÈQUE CENTRALE DE GATINEAU

Le futur MuséeO n’a pas encore ciblé de lieu précis, à Gatineau, où pourrait être construit le siège social de l’institution régionale, mais le Réseau du patrimoine de Gatineau et de l’Outaouais (RPGO) admet garder un œil très attentif sur le projet de bibliothèque centrale ou de centre culturel multifonctionnel que caresse depuis des années l’administration du maire Maxime Pedneaud-Jobin. 

«On est ouvert d’esprit et on peut facilement envisager qu’un jour, quand Gatineau sera prête à construire sa bibliothèque centrale, que le ministère de la Culture voudra forcément analyser les autres projets culturels dans la région et qu’il demandera de faire des jumelages, des mariages de raison», note le directeur général du RPGO, Louis-Antoine Blanchette. 

Le futur MuséeO n’aurait aucun problème à cohabiter avec d’autres institutions culturelles d’envergure, tant que les besoins clairement identifiés par le milieu du patrimoine sont respectés. 

M. Blanchette ajoute que plusieurs projets culturels qui ont vu le jour récemment au Québec partagent des espaces et des ressources humaines. 

Il précise que la recherche de financement est aussi beaucoup plus simple pour un tel modèle quand il y a un tel arrimage. 

«Le financement, ce sera le nerf de la guerre», dit-il. 

Beaucoup d’étapes restent à franchir avant l’ouverture d’un musée régional. 

D’ici 2023, le RPGO souhaite avoir réalisé son plan d’affaires et avoir identifié un lieu d’implantation à Gatineau. 

Une fois cette dernière étape franchie, l’organisme devra se doter d’un programme fonctionnel et technique très détaillé afin de partir à la recherche de financement auprès des gouvernements provincial
et fédéral.