Le Pontiac veut se positionner comme un leader dans la valorisation des matières résiduelles.

Le Pontiac veut transformer vos déchets en électricité

Ce n’est pas d’hier que la MRC Pontiac, l’une des plus dévitalisées du Québec, lorgne la filière verte pour relancer son économie. Plusieurs projets ont suscité de l’intérêt par le passé, mais les succès ont été mitigés. La nouvelle préfète, Jane Toller, n’entend toutefois pas lâcher le morceau. Elle tente depuis quelques mois de positionner sa MRC comme un leader dans la valorisation des matières résiduelles en proposant de transformer la presque totalité des déchets de la grande région de la capitale fédérale en électricité. Pourrait-il s’agir de la fameuse « solution régionale » que recherche l’Outaouais depuis des années pour mettre fin à l’enfouissement ?

« Bien évidemment », répond sans détour l’ancienne conseillère municipale de la Ville de Toronto où elle a cumulé, jusqu’en 2006, plusieurs responsabilités au conseil, dont celle de la gestion des matières résiduelles. 

« Le Pontiac désire vraiment prendre le leadership dans la gestion des déchets, explique Mme Toller. L’enfouissement est devenu inacceptable. On veut prendre nos responsabilités environnementales et collectives et faire partie de la solution pour toute la région de la capitale fédérale. Nous avons un vote unanime à cet effet dans le Pontiac. On s’offre pour être l’hôte volontaire des déchets de toute la région. Cinq municipalités sont actuellement en compétition pour accueillir une infrastructure de valorisation. Nous proposons une solution verte, nous proposons aux autres municipalités de faire des revenus avec leurs déchets. »

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La préfète Toller a interpellé le premier ministre François Legault et le ministre de l’Environnement, Benoît Charrette, lors d’une rencontre de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), il y a deux semaines. Mme Toller fait miroiter la possibilité de détourner de l’enfouissement 95 % des déchets de la région et grâce à leur valorisation énergétique, fournir en électricité au moins
10 000 foyers. 

« La discussion avec le premier ministre et le ministre a été courte, mais intense, rapporte Mme Toller. Ils ont été extrêmement intéressés et veulent à en savoir plus. On prévoit être en mesure de leur présenter un plan d’affaires solide d’ici trois à six mois. » Il est question d’une infrastructure qui serait construite au coût de 250 millions $. Elle devrait être financée par des fonds publics. C’est la municipalité qui l’accueillerait sur son territoire qui en serait propriétaire et qui s’assurerait de la gestion des opérations. Les municipalités qui y enverraient leurs déchets auraient leur mot à dire dans la gestion de l’infrastructure.

Une telle installation permettrait de créer une cinquantaine d’emplois dans le Pontiac, estime la préfète. Elle représenterait des économies de transport et d’enfouissement pour toutes les municipalités, notamment celles du Pontiac qui dépensent annuellement plus de 1 million $ pour gérer les matières résiduelles. 

La technologie proposée par Mme Toller est calquée sur ce qui se fait depuis 2016 au Durham-York Energy Centre, en banlieue de Toronto. Le procédé développé par la firme américaine Covanta s’apparente à un incinérateur puisque les déchets sont transformés grâce à la combustion, mais la chaleur qui est produite est transformée en électricité. « On pourrait revendre cette électricité à Hydro-Québec, explique la préfète. Il y en aurait assez pour alimenter 10 000 foyers. Les revenus de la vente d’électricité seraient ensuite partagés entre les municipalités en fonction du tonnage de déchets qu’elles envoient à cette usine. » 

Pour être viable, toutefois, ce type d’installation doit pouvoir compter sur un approvisionnement important. Mme Toller veut accueillir tous les déchets de l’Outaouais, mais aussi ceux de la Ville d’Ottawa, de Pembrooke et du comté de Renfrew. « Ce n’est pas permis pour l’instant, il faudrait un changement dans la réglementation, note-t-elle. J’en ai parlé avec le ministre Charrette et comme ce n’est pas pour de l’enfouissement, mais pour de la production d’énergie verte, Québec serait ouvert à faire ces modifications. »

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L'EXEMPLE DE DURHAM-YORK ENERGY CENTRE

C’est à environ une heure de Toronto, dans la municipalité de Clarington, que le Pontiac puise son inspiration pour son projet de valorisation des déchets. 

La préfète Jane Toller rêve d’exporter la technologie implantée par la firme américaine Covanta dans les installations du Durham-York Energy Centre. 

Si ce projet est aujourd’hui cité en exemple par l’ancienne élue du conseil municipal de Toronto, son aboutissement, en 2016, n’a pas été de tout repos. C’est en 2007 que cette banlieue ontarienne décide de se tourner vers la valorisation énergétique des déchets. 

S’enclenche alors un débat politique acrimonieux qui s’étirera sur près d’une décennie. Les coûts sont d’abord évalués à 250 millions $. La facture finale sera de 296 millions $ et les retards dans la construction susciteront passablement de grogne. 

Les journaux locaux et le Toronto Star se sont penchés à plusieurs reprises sur ce dossier. Des échecs aux premiers tests des rejets de polluants de l’usine feront grand bruit. 

Mais depuis, l’usine a fait ses preuves, insiste Mme Toller. Elle transforme en électricité 140 000 tonnes métriques de déchets par année qui produisent 17,5 mégawatts, d’après les données fournies par la compagnie. 

« C’est assez d’électricité pour 10 000 foyers, note Mme Toller. La vente d’électricité rapporte au comté plus de 6 millions $ par année. Les rejets de l’usine sont purs à 99,9 %. »