Il y avait foule, mardi, lors du vote sur la protection du quartier du Musée. Le conseil municipal de Gatineau a décidé, à la majorité, de protéger ce quartier.

Le patrimoine l’emporte sur les tours

Après des mois de débats versant parfois carrément dans la guerre de mots, d’images et de perceptions, les élus gatinois, à la majorité, ont fait le choix de protéger le quartier du Musée et de tourner résolument le dos aux tours Brigil sur la rue Laurier.

Les citoyens se sont déplacés en très grand nombre, mardi soir, pour assister en personne à ce vote qualifié d’historique par plusieurs. Les élus, à 12 contre 7, ont voté en faveur de la protection patrimoniale du quartier du Musée. Le conseil a du même coup tourné le dos aux tours de 35 et 55 étages dont fait la promotion Gilles Desjardins depuis 2015. 

Comme à l’habitude, les résidents du quartier du Musée et les défenseurs du patrimoine étaient fortement mobilisés et n’ont pas manqué de se faire entendre. Le grand patron de Brigil, Gilles Desjardins, s’était aussi déplacé pour l’occasion. Lui aussi avait réussi à mobiliser plusieurs membres de la communauté des gens d’affaires. Une dizaine de travailleurs de la construction portant bottines et casque de construction étaient aussi sur place pour appuyer le promoteur immobilier et ses visées dans le centre-ville. 

M. Desjardins a été un des premiers à prendre la parole devant le conseil. Admettant d’emblée sa nervosité, l’homme d’affaires a joué sa dernière carte en s’engageant publiquement à aider financièrement les résidents du quartier du Musée à rénover leur maison et à faire des dons au secteur de l’éducation et de la santé. 

« Mon intention réelle n’est pas de faire des dollars, ça je peux en faire à Ottawa, Montréal ou ailleurs, a-t-il lancé. Je veux qu’une partie importante des revenus de Place des peuples, beaucoup de dollars, servent aux gens du quartier. J’aimerais aussi qu’une partie des revenus de l’observatoire puisse aller aux milieux de l’éducation et de la santé de la région. Même après ma mort, mes enfants feraient ces dons pendant 50 ou 100 ans. Je ne veux pas acheter des votes, mais on parle de millions de dollars pour l’éducation et la santé. C’est ça ma motivation. S’il vous plaît, donnez-moi la chance, avec mes professionnels, de travailler avec vos professionnels pour qu’on réalise un projet dont tout le monde sera fier. »

L’intervention de la dernière chance de M. Desjardins et les appuis, entre autres de la Chambre de commerce de Gatineau et de l’homme d’affaires Nader Dormani qui a demandé aux conseillers de faire leur choix avec leur tête plutôt qu’avec leur cœur n’a pas eu l’effet escompté auprès des élus dont la décision de protéger le quartier du Musée était déjà prise. 

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Le maire Maxime Pedneaud-Jobin a noté qu’il s’agissait d’une « chance » pour les élus du présent conseil d’inscrire leur nom dans une « décision de cette importance ».

 Il a souligné que malgré les divergences fondamentales qui ont animé les élus, tous ont pris leur responsabilité très au sérieux et ont effectué une réflexion profonde. 

Il a salué l’« audace » des résidents du quartier du Musée de vouloir protéger le patrimoine de leur milieu de vie. 

« Nous n’avons pas toujours eu une grande fierté collective, a-t-il ajouté. Notre perception de notre propre histoire n’a pas toujours été très positive. Nous en avons détruit une bonne partie. Protéger le quartier du Musée c’est tourner définitivement la page sur cette époque et faire le choix de la fierté de nos origines. Si le choix nous apparaît difficile aujourd’hui, dans cinq ans, dans dix ans, tout le monde reconnaîtra que c’était la bonne décision, une décision visionnaire, à l’image des gens qui ont fait ce que nous sommes aujourd’hui. »

Périmètre

Le périmètre de protection du quartier du Musée qui a été soumis au vote a été quelque peu modifié de ce qui était prévu à l’origine à la suite d’une série de modifications proposées en début d’après-midi.

Tel que prévu, le conseiller Cédric Tessier a proposé de retirer du périmètre le 115, rue Champlain, qui correspond à l’Académie Sainte-Marie et de l’immense stationnement situé devant l’immeuble. Cette modification a été adoptée à 16 contre trois. Seuls les conseillers Gilles Chagnon, Marc Carrière et Louise Boudrias se sont prononcés contre. 

Tel qu’annoncé dans l’édition de mardi du Droit, le conseiller Mike Duggan a proposé de retirer du périmètre les terrains aux 61, 69, 73 et 77 de la rue Laurier. Il a obtenu l’appui d’une majorité de ses collègues uniquement pour le 61, rue Laurier, c’est-à-dire le terrain de l’ancien garage qui accueille aujourd’hui le musée des sports et des bureaux de l’entreprise Brigil.

Le président du comité consultatif d’urbanisme, Jocelyn Blondin, a proposé de retirer le 164, rue Notre-Dame, qui correspond au stationnement du Collège Saint-Joseph, et ce même si les représentants de l’établissement d’enseignement privé approuvent vivement la protection patrimoniale du quartier. Cette modification a été refusée à la majorité.