«C’est une bonne idée d’honorer ces gens-là qui ont donné leur vie pour bâtir notre économie», a affirmé le ministre André Fortin.

Le ministre Fortin derrière les draveurs et les cageux

Il est de la « responsabilité collective » des citoyens de l’Outaouais, mais aussi de tout le Québec de garder bien vivant le souvenir du courage qui animait les draveurs et des cageux, selon le ministre des Transports du Québec et député de Pontiac, André Fortin.

Ce dernier appui sans réserve la proposition mise de l’avant par l’organisme A.B.C Stratégies de désigner officiellement ces hommes comme des héros nationaux. « Ce sont des gens qui partaient, loin de leur maison, dans de longues épopées, et qui trop souvent ne revenaient jamais, raconte le ministre. Des centaines de draveurs et de cageux (raftsmen) sont décédés. C’est une bonne idée d’honorer ces gens-là qui ont donné leur vie pour bâtir notre économie. »

Le Droit révélait, en janvier dernier, les démarches entreprises par plusieurs intervenants du milieu culturel de l’Outaouais pour faire reconnaître les draveurs et les cageux comme des héros nationaux par l’Assemblée nationale. Initiée par A.B.C. Stratégies, cette demande de reconnaissance a depuis été reprise par la Fédération histoire Québec qui a donné un appui unanime au projet lors de son dernier conseil d’administration.

« Il y a des démarches politiques qui sont enclenchées, confirme le président de la fédération, Richard Bégin. Les politiciens sont très réceptifs. » La mécanique à utiliser pour mener à la reconnaissance nationale des draveurs et des cageux n’est cependant pas encore déterminée.

« J’ai eu une première discussion avec la ministre de la Culture et nous sommes en train d’organiser une rencontre avec M. Bégin pour justement discuter de ces éléments, précise le ministre Fortin. Cette rencontre doit avoir lieu à très court terme. La ministre est très réceptive et ouverte à l’idée. Il reste à voir comment on s’y prend pour trouver la meilleure façon d’y arriver. »

Aller plus loin


André Fortin estime qu’une désignation d’héros nationaux pour les draveurs et les cageux est « positive et souhaitable », mais pas suffisante. « Il faut s’assurer d’aller plus loin que le simple titre honorifique, dit-il. Il faut que les gens comprennent ce que ces hommes-là ont fait pour le Québec. La reconnaissance c’est une chose, mais il faut l’ancrer, il faut que la population comprenne bien cette partie-là de notre histoire. »

Le ministre Fortin salue à cet effet les efforts faits par A.B.C. Stratégies et l’artiste Isabelle Regout qui vient de terminer une tournée des régions du Québec pour parler de la drave et des trains de bois. Il souhaite aussi que des initiatives comme celle mise de l’avant par la Commission des Portages-de-l’Outaouais (CSPO) pour enseigner aux jeunes l’histoire des draveurs et des cageux soient déployées à plus grande échelle.

«CAGEUX» DANS LE GRAND DICTIONNAIRE TERMINOLOGIQUE

L’organisme A.B.C. Stratégies n’en a pas terminé avec les draveurs et les cageux. Alors que la volonté de faire reconnaître ces hommes à titre de héros nationaux arrive à l’étape politique, le groupe dirigé par Alexandre Pampalon vient d’entamer un autre exercice fondamental pour la mémoire de ces travailleurs atypiques qui ont marqué la région ; distinguer le cageux du draveur dans le Grand dictionnaire terminologique

« Nous sommes depuis peu en lien avec l’Office de la langue française pour établir la définition du mot cageux, dit-il. Les dictionnaires reconnaissent évidemment les mots draveur et bûcheron, mais il n’y a rien de spécifique pour les cageux (raftsmen). On travaille présentement sur la définition à y donner. » A.B.C. Stratégies multiplie aussi les efforts pour que l’ancienne glissoire aménagée aux chutes des Chaudières il y a près de deux siècles et dont les vestiges ont traversé les époques soit à tout le moins mise en valeur, sinon carrément protégés par une citation patrimoniale. C’est de cette glissoire, la première construite au Canada par Ruggles Wright que descendaient les cages de bois sur lesquelles voyageaient ensuite les cageux jusqu’à Montréal et Québec. « C’est le point de départ de toute l’industrie du bois, insiste M. Pampalon. C’est très précieux. C’est un patrimoine de haute importance. C’est un vestige à souligner et à mettre en valeur. » M. Pampalon doit d’ailleurs rencontrer le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, à ce sujet prochainement.

A.B.C. Stratégies s’affaire aussi à organiser un voyage dans les ports de Liverpool, Bristol et Londres d’ici l’automne prochain. Ces installations portuaires ont été les lieux de destination des centaines de milliers de billes de bois provenant des forêts de l’Outaouais. « On souhaite faire ce lien-là, aller là-bas en explorateurs, ouvrir ce champ pour découvrir les vestiges de nos draveurs et cageux, explique M. Pampalon. Notre bois n’a pas seulement servi à construire les bateaux de la Royal Navy. On sait, par exemple, qu’une partie de Londres a été bâtie avec notre bois. On souhaite aller voir ça de nos propres yeux au courant de l’année. »