«Une chose qu’on a apprise, c’est qu’on ne peut plus s’attendre à vivre ce qu’on vivait avant» a noté le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin.

Le maire marqué à jamais par les sinistrés

Le maire Maxime Pedneaud-Jobin refuse de la nommer. Par respect. Par dignité. Mais le visage de cette sinistrée qu’il croisait chaque fois qu’il se rendait sur le terrain des inondations, dans Pointe-Gatineau, l’aura marqué à jamais. À elle seule, dit-il, elle était représentative de la douleur que vivaient tous les autres dans le quartier.

«J’ai plein d’autres sinistrés en tête, mais cette dame m’a profondément marqué, raconte-t-il. Elle perdait la maison dans laquelle elle avait grandi, dans laquelle elle avait passé toute sa vie. Dans un quartier où dans bien des cas les gens n’ont pas beaucoup d’argent, perdre sa maison c’est perdre énormément.» 

Les cicatrices morales et psychologiques sont encore vives pour ceux qui ont été frappés par les inondations du printemps dernier, mais aussi pour l’administration de la Ville de Gatineau. Le maire admet que la Ville ne voit plus les niveaux d’eau monter de la même façon maintenant, même si tout est normal. C’est en partie ce qui explique que des sacs de sable aient été envoyés à Aylmer cette semaine, même si ce qui est actuellement vécu dans ce secteur survient en moyenne aux deux ans.

«Une chose qu’on a apprise, c’est qu’on ne peut plus s’attendre à vivre ce qu’on vivait avant, note le maire. Maintenant, ce n’est plus prévisible. Des choses inimaginables se sont réalisées et on doit en tenir compte. On ne sait plus à quelle fréquence ce type d’inondation peut survenir. Notre niveau de préparation se doit d’être plus élevé.»

Les cicatrices sont aussi bien visibles dans les rues des quartiers inondés. Les terrains vagues sont là pour rappeler à quel point la catastrophe du printemps dernier a frappé fort. Le maire Pedneaud-Jobin précise que la réflexion sur l’avenir de ces parcelles de quartier se poursuit. Il entrevoit à moyen terme des aménagements temporaires, comme des jardins communautaires ou des espaces verts aménagés, mais rien de permanent tant que le gouvernement du Québec n’aura pas déposé sa nouvelle politique de gestion des zones inondables. Un moratoire sur ces zones a d’ailleurs été décrété jusqu’en janvier 2019, et il pourrait être prolongé. La réflexion sur l’aménagement des villes en ces temps de changements climatiques se fait aussi à tous les paliers de gouvernement et dans toutes les instances concernées, note le maire. Pour les gouvernements, cela pourrait représenter des dépenses «absolument gigantesques».

UN PRINTEMPS SUR L'ADRÉNALINE

Entre élans de solidarité et scènes de désespoir aux quatre coins de son quartier inondé, la conseillère municipale de Pointe-Gatineau, Myriam Nadeau, a vécu les inondations du printemps 2017 « sur l’adrénaline ».

Après un premier épisode d’inondations à la mi-avril, la fatigue était déjà bien installée chez Myriam Nadeau lorsque les rivières ont de nouveau commencé à déborder dans les rues de Pointe-Gatineau, au début mai. Dans le plus fort de cette crise historique, la conseillère carburait à l’adrénaline. « C’est ce qui me gardait aller », dit-elle.

Comme d’autres élus l’ont fait dans les différents quartiers gatinois touchés par les crues de 2017, Mme Nadeau a mis la main à la pâte. « Autant je me sentais impuissante face à la nature, face à l’eau qui nous tombait dessus et qui arrivait des rivières, autant je me sentais vraiment investie d’être là pour les gens. C’était au-delà de mon rôle de conseillère, c’était comme citoyenne, pour mes voisins, pour ma communauté. »

La conseillère du quartier Pointe-Gatineau, Myriam Nadeau, a mis la main à la pâte.

Comme la résidence de la conseillère était seulement à risque d’être atteinte par des refoulements d’égout, elle a pu concentrer ses énergies pour soutenir les citoyens demeurant dans les zones touchées par le débordement des cours d’eau. « Quand je dormais, c’était vraiment parce que mon système avait besoin que je récupère un peu », se souvient-elle.

Un an plus tard, Mme Nadeau garde en tête de nombreuses scènes d’entraide, de solidarité. Mais son quartier est aujourd’hui marqué par de nombreux terrains devenus vacants, des cicatrices bien réelles qui, espère-t-elle, pourront avoir « une autre vie ». « Quand les premières maisons ont été démolies, c’était très difficile, raconte-t-elle. Je revoyais des scènes... ça a été très, très lourd à porter. »

Même si seulement deux propriétaires se sont prévalus de la dérogation à portée collective pour la reconstruction en zone inondable, Mme Nadeau estime que la Ville de Gatineau a bien fait de réclamer cette mesure, qui est cependant arrivée « trop tard » pour plusieurs citoyens ayant finalement choisi de refaire leur vie ailleurs.