Fanny Lachambre et son ami Réal Roy ont participé, samedi, à la journée consacrée aux vêtements chauds au dépanneur Sylvestre.

Le dépanneur Sylvestre: 15 ans et 2400 repas plus tard

« Je recommençais à marcher et tout. Mon premier déplacement a été de venir au dépanneur Sylvestre. Je suis entrée. Pourquoi ? J’en ai aucune idée. »

« Je me suis assise dans un coin et j’ai regardé ça. Et j’ai vu des gens vivre ensemble et ça, c’est ce qui m’a interpellée. Et je suis revenue une deuxième fois et personne n’est venu me demander (quelque chose). Parce qu’on sait pertinemment que juste en étant là, tu apportes quelque chose. Les gens entrent et un mouvement naturel se crée », explique au Droit, Fanny Lachambre, jeune femme gracile, animatrice scolaire et slameuse à ses heures.

Sortie de nulle part, une mononucléose qui aura des répercussions neurologiques la clouera au lit pour une longue période. Et c’est le dépanneur Sylvestre qui l’aura choisie après sa convalescence ; à moins que ce soit le contraire.
« Et c’est ça qui est beau quand on entre ici. C’est qu’on voit que tout se fait sur une base volontaire, poursuit-elle. C’est pas une question de faire pitié. On peut voir une personne atteinte de trisomie faire grandir une autre personne. Cette invitation-là existe au dépanneur Sylvestre. »

Et ce dépanneur, devenu quartier général autant que magasin général, règne sur le petit monde de Wrightville à Hull depuis une quinzaine d’années maintenant. Cet organisme communautaire multidisciplinaire ne vit d’aucune subvention et fonctionne, avec une vingtaine de bénévoles et toute une clientèle d’habitués, sur une base purement volontaire de participation citoyenne. 

2400 soupers et brunchs

En 15 ans, on y a servi plus de 2400 soupers et brunchs à contribution libre, servis à des tables communes. Avec ça : au-delà de 1000 soirées-spectacles, conférences, rencontres thématiques, films, ateliers divers, célébrations et autres évènements à entrée libre y ont été présentés. Et cet endroit peu commun devient parfois un marché bio, parfois une friperie... Tout pour aider son monde.

Ce samedi, le dépanneur Sylvestre invitait les citoyens à donner, vendre, échanger, prendre ou même créer des vêtements chauds pour l’hiver. On y offrait aussi des sacs de draps et de couettes pour les froides nuits hivernales. Samedi soir, c’était « micro ouvert » pour les artistes en émergence. Fanny était pour y faire un peu de poésie et de slam. Puis dimanche, c’était le brunch bimensuel de bouffe santé.

Au cours de ses 14 premières années d’existence, on calcule que plus de 50 000 heures d’implication bénévole ont été offertes de la part de l’équipe maison du dépanneur et plus de 450 bénévoles s’y sont succédé pour servir la clientèle.

« Encore aujourd’hui, les gens sont comme : mon Dieu, le dépanneur Sylvestre existe encore ? Ou en ont entendu parler, mais n’osent pas venir ici parce qu’ils s’imaginent que c’est pour les gens dans le besoin. Non, c’est pour tous. Parce que quand on regarde au fond de soi, on a tous besoin de l’autre. C’est une fois que l’on vient ici que l’on se rend compte que c’est vraiment pour tous. On ne s’attendait pas à ça. »

Le dépanneur Sylvestre sera ouvert à tous à Noël et au jour de l’An et même le 24 et le 31, avec réveillon, soupers et célébrations.