Une étudiante du Cégep de l’Outaouais faisait partie des citoyens à s’adresser au conseil municipal. Anna Morineau a affirmé qu’un sixième pont ne réduirait pas la circulation à long terme.

Le conseil de Gatineau sermonné par des citoyens au sujet de l'environnement

L’environnement est un sujet qui revient de plus en plus souvent lors des séances du conseil municipal de Gatineau depuis quelques mois. C’était particulièrement visible, mardi dernier, alors que sept des treize personnes qui se sont présentées au micro lors du segment réservé à la « parole aux citoyens » ont abordé un enjeu environnemental.

Certains ont voulu interpeller le conseil sur des dossiers bien précis, alors que d’autres ont lancé un avertissement en prévision de décisions futures. Quelques citoyens étaient pour leur part venus dans la ferme intention de sermonner leurs élus municipaux pour des décisions antérieures qui, selon eux, vont à l’encontre des engagements environnementaux pris par le conseil.

C’est le cas de Katia Theriault, une résidente du Plateau, qui a avoué être encore « consternée » de la décision du conseil d’approuver le projet d’agrandissement du projet commercial Destination Vanier. « C’est un projet qui va nous ramener plusieurs années en arrière, a-t-elle lancé aux conseillers. On va encore hériter d’un espace tout bétonné, asphalté, qui va donner à coup sûr un îlot de chaleur de plus dans le Plateau. Tout ce qui nous reste à faire, c’est d’avaler notre pilule. »

La conseillère du Plateau, Maude Marquis-Bissonnette, lui a répondu qu’elle demeurait « amère » face à ce vote du conseil. « Je savais que les gens du Plateau allaient être très préoccupés face à ce nouvel îlot de chaleur dans leur quartier », a-t-elle affirmé.

Le seul conseiller à avoir voté en faveur de l’agrandissement du projet Destination Vanier à s’être levé pour défendre sa position dans ce dossier a été Daniel Champagne. Tout en rappelant que le promoteur travaillait sur ce projet depuis quatre ans, M. Champagne a affirmé qu’il y avait une nécessité pour la Ville de Gatineau de revoir ses règlements « pour ne pas qu’on se retrouve encore à devoir approuver ce type de projet dans l’avenir ».

Anna Morineau, étudiante au Cégep de l’Outaouais et coorganisatrice de plusieurs manifestations pour le climat dans la région, dont celle qui a rassemblé des milliers de personnes, le 27 septembre dernier, a pour sa part rappelé au conseil qu’il a reconnu « l’urgence climatique » il y a maintenant un an et que ses décisions futures doivent en tenir compte, notamment dans le dossier du 6e pont.

« Avoir un autre pont ne va pas réduire la circulation à long terme, a-t-elle affirmé. C’est une solution à court terme qui ne va qu’encourager encore plus l’utilisation de l’autosolo. Ceux qui pensent à ça ne pensent pas à long terme ni à notre génération. C’est un projet qui va affecter notre qualité de vie et notre futur. »

La conseillère Marquis-Bissonnette a salué l’intervention de la jeune environnementaliste qui était accompagnée pour l’occasion d’une trentaine de jeunes du Centre académique de l’Outaouais et du Cégep de l’Outaouais. « Votre intervention est inspirante et n’est pas sans impact, a mentionné la conseillère du Plateau. Vous avez raison de dire qu’on est rendu à prendre des décisions qui ne seront pas faciles pour les élus et les citoyens qui parfois sont réticents à changer leurs habitudes. » La conseillère Myriam Nadeau a invité la jeune femme à continuer de porter son message auprès des élus municipaux. « C’est important parce que les choses doivent changer », a-t-elle ajouté.

Le maire Maxime Pedneaud-Jobin a indiqué qu’il perçoit de plus en plus d’inquiétude face aux changements climatiques au sein de la population. « Je perçois aussi une volonté claire des citoyens qu’on prenne nos responsabilités comme conseil face à la protection de l’environnement », a-t-il affirmé.

+

Où sont les bornes électriques à Aylmer ?

Un propriétaire d’une voiture électrique rechargeable, Jean-Jacques Augé, s’est permis une très courte intervention devant le conseil. 

« Pourquoi n’y a-t-il pas de borne de recharge électrique dans le secteur Aylmer ? » La conseillère Audrey Bureau a pris la balle au bond en rappelant que cette question avait été abordée à plusieurs reprises avec la direction territoriale du secteur. 

« Gatineau n’a pas encore de plan de déploiement des bornes de recharge électrique sur son territoire, a-t-elle souligné. C’est une lacune. » 

Mme Bureau a mentionné que sa commission (transport) travaillait conjointement avec celle de l’environnement afin de soumettre sous peu une recommandation en ce sens au conseil municipal.

Halte aux pesticides

« On veut un avenir sans pesticide, il faut une transition écologique qui mène à l’interdiction des pesticides sur le territoire de Gatineau ». 

L’appel fait au conseil par Monique Bisson, mardi, était clair. La citoyenne a par ailleurs rappelé aux élus que le plan d’action en environnement 2014-2018 de la Ville prévoyait la mise en application d’un nouveau code d’utilisation des pesticides. 

« Ça n’a pas été fait et vous aurez à prendre une décision là-dessus », a-t-elle ajouté.

La conseillère Maude-Marquis Bissonnette a reconnu que Gatineau a pris du retard dans ce dossier. « On attend l’adoption d’une loi-cadre du gouvernement du Québec sur l’utilisation des pesticides, a-t-elle souligné. On pense pouvoir se prononcer comme ville en 2020. »

Le réchauffement climatique « c’est faux »

En se présentant au micro, Bernard Desgagné, savait que son intervention n’allait pas se terminer par une main d’applaudissement. 

L’argumentaire dans la plus pure rhétorique climatosceptique qu’il a partagé devant le conseil a d’ailleurs reçu un accueil plutôt froid. 

« On est victime d’une vaste campagne de désinformation sur les changements climatiques, a-t-il lancé. Ce n’est pas parce que 10 000 scientifiques bêlent à l’unisson qu’ils ont raison. Ce n’est pas parce qu’il y a des milliers de manifestants dans les rues qu’ils ont raison. La tendance n’est pas au réchauffement, mais au refroidissement, partout dans le monde. » 

Seul le conseiller Mike Duggan a jugé pertinent de répondre à ce citoyen. « Le débat sur l’urgence climatique est devenu presque religieux et ça, c’est dangereux parce que ça va mener à une gouvernance autoritaire », a affirmé le conseiller Duggan.