Au début janvier 2012, des musulmans de la région sont réunis pour la prière au Centre islamique de l'Outaouais, sur la rue Lois, dans le secteur Hull, quelques jours après que la mosquée eut été victime de vandalisme. Plusieurs graffitis à caractère haineux avaient été peints à l'aérosol sur les murs et les portes d'entrée de la mosquée. Quelques jours plus tôt, des fenêtres de l'édifice avaient été fracassées, et des voitures garées dans le stationnement avaient été partiellement incendiées.

Le Centre islamique prie Gatineau de sortir de son mutisme

Coïncidence ou non, à une semaine de la visite de la première ministre Marois et alors que le débat déchire encore tout autant les passions, le Centre islamique de l'Outaouais presse la Ville de Gatineau de se mouiller au sujet du projet de loi 60 sur la charte de la laïcité. L'organisation va même plus loin en lui demandant de le rejeter sans délai.
Pendant que le déclenchement d'élections provinciales est imminent, le Centre a acheminé un courriel aux 19 élus du conseil municipal pour leur faire part des préoccupations de la communauté, en plus de leur soumettre un mémoire contenant trois recommandations.
La communauté islamique demande à la Ville de sortir de son mutisme et d'envoyer un message à la fois clair et rassurant à l'ensemble de ses citoyens en balayant du revers de la main le projet de loi dans sa forme actuelle, question d'éviter tout dérapage.
Préoccupations
Parmi ses recommandations, elle plaide pour que le conseil municipal emboîte le pas à d'autres villes comme Montréal et Côte-Saint-Luc en procédant à l'adoption d'une résolution spécifiant que ce projet de loi constitue une atteinte aux droits et libertés de la personne et que la Ville de Gatineau ne l'appuie pas.
Une douzaine d'arguments pour justifier une telle prise de position sont énumérés dans le mémoire, par exemple que le projet de loi menace la cohésion sociale, vise à exclure les membres des minorités visibles, alimente la xénophobie et ne fera pas avancer l'égalité homme-femme ni la lutte contre l'intégrisme religieux.
De plus, l'organisation est d'avis que la charte proposée est une solution à un problème dont Gatineau ne souffre pas et que la Ville possède déjà une excellente politique de diversité.
L'organisation rappelle aussi que plusieurs leaders politiques, dont d'ex-premiers ministres péquistes tels que Lucien Bouchard et Jacques Parizeau, ont plaidé pour un assouplissement du projet de loi.
Selon le Centre islamique, qui représente environ 7000 personnes sur la rive québécoise, le projet de loi 60 porterait atteinte au droit des personnes de pratiquer leur religion et réduirait considérablement leurs chances d'obtenir un emploi à la fonction publique autant que dans le secteur privé, en plus de rendre ardue la promotion d'une société inclusive.
En entrevue avec LeDroit, le président du Centre islamique de l'Outaouais, Riadh Thlibi, a soutenu que la Ville, avec qui il dit avoir des relations cordiales, tarde à annoncer ses couleurs dans ce débat.
« Il faut montrer que Gatineau est une société inclusive, parce qu'on ressent une certaine tension depuis quelque temps. (...) Si cette loi est adoptée, on craint un exode massif. La majorité des gens vivent à Gatineau mais travaillent à Ottawa. Il y en a même qui sont déjà passés à l'acte en déménageant de l'autre côté de la rive », dénonce-t-il.
Les responsables de l'organisme auraient même été interpellés récemment à la suite d'une agression verbale dont aurait été victime une femme voilée dans la région.
« Si l'Assemblée nationale vote en sa faveur, elle sera à l'origine d'un précédent qui aura, qu'à Dieu ne plaise, des retombées négatives sur l'harmonie d'une société québécoise libre, juste, inclusive et fière de sa diversité identitaire », peut-on lire en conclusion du mémoire.
Le cabinet du maire s'est abstenu de tout commentaire, en fin d'après-midi hier, l'attachée de presse de M. Pedneaud-Jobin, Laurence Guillot, se limitant à dire que les élus vont prendre le temps d'analyser la demande de l'organisme et que des discussions seront engagées autour de la table du conseil au cours de la semaine prochaine.