Jocelyne Gagné a senti que la Ville de Gatineau la traitait plus comme un problème à endiguer que comme une citoyenne à aider dans un dossier qui traîne depuis des années.

Le cauchemar de la famille Gagné

Les Gagné de la rue Marcotte ont toujours payé leurs taxes municipales sans jamais rouspéter. Avant janvier 2014, le seul lien entre ces citoyens et la Ville de Gatineau était justement cette facture de taxes qui revient immanquablement chaque année. Jamais ils n'avaient dérangé la Ville avec quoi que ce soit. Leur première expérience avec cette administration a tourné au cauchemar.
Ils sont aujourd'hui à la porte des tribunaux, se disant forcés d'aller jusque-là par une organisation qui, jugent-ils, cherche plus à couvrir ses bévues qu'à réparer les dégâts qui en résultent. Gatineau voit les gens qui se plaignent plus comme des problèmes à endiguer que comme des citoyens à aider, ajoutent-ils.
Partie de Sept-Îles il y a trente ans pour venir s'établir avec son conjoint sur la rue Marcotte, Jocelyne Gagné a toujours su se débrouiller dans la vie. Elle a trouvé un travail comme serveuse quand la C.I.P. a remercié son mari, quelques mois seulement après l'arrivée du couple à Gatineau. 
La Ville de Gatineau a retenu les services de Terra Location à l'automne 2013 pour des travaux de réfection d'un égout sanitaire dans le ruisseau Desjardins, situé 150 pieds derrière la résidence des Gagné. Dès le début des travaux, en janvier 2014, Mme Gagné observe de tremblements importants provenant du forage fait à l'arrière de la maison. Les vibrations dureront pendant trois mois. Constatant que des fissures importantes apparaissent dans plusieurs pièces de la maison, Mme Gagné contacte la Ville en mars 2014 et remplit un formulaire de réclamation. Un technicien en génie civil de la Ville se rend sur place et prend quelques photos. Il sera le seul fonctionnaire gatinois à s'être déplacé au 35, rue Marcotte. Quelques semaines plus tard, on informe Mme Gagné que la responsabilité incombe à Terra Location.
« Ce que j'ai vécu avec la Ville, avec ses fonctionnaires, par la suite, c'est aberrant, lance la dame de 70 ans. Le respect ne fait pas partie des habitudes dans cette organisation. En tout cas, moi, je ne l'ai pas vu. » 
Les propos de Jocelyne Gagné font échos aux récriminations qui entachent la réputation de l'administration de la Ville de Gatineau depuis quelques mois. La semaine dernière, le Bureau de l'ombudsman accusait la Ville d'avoir laissé à lui-même un citoyen dont le terrain était inondé en raison d'un problème de drainage. « Il y a un certain mépris et une indifférence de la part de la Ville » dans la façon dont elle traite ses citoyens, répétait l'Ombudsman, mercredi, dans la foulée de la publication d'un rapport d'enquête. 
Entrevue refusée
Au cours des dernières semaines, Le Droit a épluché des dizaines de pages de documents et d'échanges de courriels entre des fonctionnaires de plusieurs services municipaux, des politiciens et des compagnies d'assurances impliquées dans le dossier de la famille Gagné. Malgré plusieurs tentatives de notre part au cours des derniers jours, l'administration a refusé toutes nos demandes d'entrevue. Le cabinet du maire Maxime Pedneaud-Jobin a fini par fournir une déclaration écrite, mais qui ne répondait à aucune de nos questions. Plusieurs éléments d'intérêt concernant la gestion municipale dans cette affaire demeurent donc inexpliqués. 
Les échanges de courriels démontrent que les fonctionnaires municipaux savaient dès le début des travaux que la compagnie retenue était en faillite. Ils n'ont jamais jugé pertinent d'en aviser la citoyenne. Cette dernière a tenté à de très nombreuses reprises d'obtenir la collaboration du président de Terra Location et de différentes compagnies d'assurances impliquées dans le dossier, mais sans succès. Elle a fini par comprendre ce qui se passait quand elle a été informée, de manière fortuite, en 2015, de la faillite de Terra Location survenue près de deux ans auparavant.
Tribunaux
À partir de ce moment, Mme Gagné a multiplié les interventions auprès de l'administration municipale, d'élus, du cabinet du maire et finalement du Bureau de l'ombudsman. La Ville de Gatineau a finalement fait une offre aux Gagné pour en arriver à un règlement près de quatre ans plus tard. Des informations obtenues entre-temps par Mme Gagné concernant la gestion municipale dans cette affaire ont affaibli la confiance qu'elle avait envers l'administration. Cela l'a poussée à exiger plus de précisions sur l'offre de la Ville. Le lendemain de la réception de cette demande de précisions, Gatineau a retiré son offre, ne laissant plus que les tribunaux comme porte de sortie à Jocelyne Gagné.
La Ville a fait de son mieux, écrit Maxime Pedneaud-Jobin
Insatisfaite depuis des mois de la manière avec laquelle les fonctionnaires municipaux traitaient son dossier, Jocelyne Gagné a décidé d'interpeller directement le maire Maxime Pedneaud-Jobin, à l'été 2015.
Près de 18 mois s'écouleront entre le premier courriel acheminé au cabinet et l'appel du maire au domicile des Gagné en décembre 2016.
Au cours de cette conversation, le maire a indiqué qu'il veillerait personnellement à ce que le Bureau de l'ombudsman se penche sur ce dossier, affirme Mme Gagné. Il a aussi promis de réunir tous les intervenants concernés pour tenter de trouver une solution.
L'espoir de pouvoir tirer un trait sur toute cette histoire venait de renaître au 35, rue Marcotte. Ce sera cependant la dernière intervention du maire auprès de Mme Gagné avant la réception de sa lettre datée du 14 juillet dernier, écrite quelques jours après que la Ville eût retiré son offre pour en venir à un règlement.
« Nous sommes dans un cul-de-sac parce que le dialogue est rendu impossible, écrit le maire. Vous remettez en cause chacune de nos observations, chacune de nos actions, vous remettez en cause la compétence et l'intégrité de nos fonctionnaires, de la directrice générale, des élus, de mon cabinet et vous refusez toutes les solutions que nous proposons. Nous considérons avoir agi de notre mieux, avec diligence et avoir effectué toutes les démarches pour en arriver à un terrain d'entente. »
Le maire conclut en disant que toute communication future devra se faire par le biais d'avocats.