Le conseil municipal de Gatineau a reçu les recommandations du comité exécutif au terme de trois jours d’étude sur le budget.

L’asphalte doit céder du terrain aux tuyaux

Une mauvaise surprise attendait, mercredi, les Gatinois qui militent toujours pour un peu plus d’asphalte et qui ragent contre la dégradation avancée des rues de leur ville. Dans le cadre de la troisième journée d’étude du budget, le comité exécutif a recommandé au conseil municipal de réduire l’ampleur de l’effort financier qui avait été prévu de faire en pavage jusqu’en 2023.

C’est la conseillère Louise Boudrias, qui en fouillant dans ses documents de l’an passé, s’est rendu compte qu’il manquait une dizaine de millions de dollars en pavage au nouveau Plan triennal d’immobilisations (PTI) pour les années 2020 à 2023. N’eût été son intervention, ce changement budgétaire serait probablement complètement passé sous le radar.

« C’est absolument inacceptable, a-t-elle lancé, visiblement courroucée par sa découverte. Tous les sondages le disent. Les citoyens ne cessent de le répéter. Le pavage de nos rues est une priorité. »

La Ville de Gatineau estime à plus de 430 le nombre de kilomètres de chaussée dont l’état n’est carrément plus acceptable. En 2014, les besoins en rattrapage à ce chapitre étaient évalués à 558 millions $, et aucun programme de subventions pouvant venir en aide à la municipalité n’existe en ce moment. Gatineau doit pour l’instant s’organiser seule avec ses nids de poule.

Le porte-parole du comité exécutif, Cédric Tessier, a déployé beaucoup d’efforts pour tenter de convaincre les journalistes que les investissements dans le pavage continuaient tout de même d’être à la hausse en 2019 (25,9 M $) et 2020 (27,4 M $), mais a reconnu que les montants dévolus à l’asphalte seraient plafonnés dans deux ans et que cela représentait annuellement 3,5 millions $ de moins que prévu pour les années 2020 à 2023.

Transféré vers les tuyaux

Ces millions de dollars auparavant réservés à l’asphalte serviront maintenant à financer le vaste plan de gestion des eaux pluviales, un chantier qui s’étendra sur au moins cinq ans et pour lequel des investissements étaient devenus urgents et nécessaires. « C’est un budget et il faut faire des choix, a rappelé M. Tessier.

Des gens sont aux prises avec des refoulements d’égout à répétition et des infiltrations récurrentes d’eau dans leur maison. Nous devions avoir une réponse à cette problématique et je crois que nous faisons un choix judicieux. »

La conseillère Audrey Bureau, dont plusieurs résidents de son quartier vivent depuis des années avec des refoulements d’égout à répétition, a admis avoir été « surprise » de constater que des millions de dollars manquaient à l’appel pour le pavage dans les années à venir.

« Ce détail m’avait échappé, mais il faut comprendre que la qualité de vie de beaucoup de gens est immensément affectée par ce qui se passe et il fallait trouver une façon de répondre, a-t-elle expliqué. Je crois que les gens vont accepter de rouler encore un peu sur des nids de poule si c’est pour régler le problème de refoulement des autres. »

Louise Boudrias reconnaît l’urgence d’investir dans le réseau pluvial de la Ville et de régler la problématique des refoulements à répétition, mais selon elle, transférer des sommes prévues pour le pavage n’est « pas un choix acceptable ». Elle entend proposer une autre solution de financement lors des votes indicatifs jeudi.

Des millions $ en infrastructures

Le PTI 2019-2023 dépasse largement l’asphalte et les refoulements d’égout. Les investissements totaux s’élèvent à 671 millions $, dont 145 millions $ sont prévus en 2019. Il prévoit le financement de grands projets comme la réfection du boulevard Saint-Joseph et de la rue Notre-Dame, mais aussi, entre autres, les sommes nécessaires pour la modernisation des usines d’eau potable et d’eaux usées, les mesures d’atténuation de la vitesse, la construction de trottoirs, la mise aux normes du centre d’appels 9-1-1 et les travaux devant régler les problèmes d’eau colorée.