Une lichette consiste à étendre une mince couche d’asphalte sur une rue parsemée de nids-de-poule afin d’avoir la paix pour quelques années. Une « expression » qui a fait beaucoup jaser lors des discussions budgétaires, cette semaine.

L’année de la « lichette »

ANALYSE / Gatineau a le don pour les anecdotes savoureuses. Cette fois, c’est la « lichette ». Le terme a été amené à la table du conseil mardi matin par le conseiller Jean-François LeBlanc. Une lichette consiste à étendre une mince couche d’asphalte sur une rue parsemée de nids-de-poule afin d’avoir la paix pour quelques années. Presque instantanément, tout le Québec savait que les élus gatinois étaient en train d’étudier le budget 2020. Vingt-quatre heures plus tard, le président du conseil en personne, Daniel Champagne, lançait la troisième journée d’étude avec une déclaration solennelle.

« J’ai fait mes recherches et ‘lichette’ étant une petite quantité de quelque chose, de l’asphalte dans ce cas-ci, je pense que le terme est le bon selon le Larousse. Alors je vous confirme, en vertu des pouvoirs qui me sont conférés comme président, que nous maintenons le terme lichette qui est tout à fait désigné, même si ça fait le tour du Québec actuellement. »

Alors, attendez-vous à réentendre parler de lichette, puisque le salut temporaire de tous ceux qui réclament de l’asphalte depuis des années pourrait passer par cette technique. Peut-être même qu’un jour, il sera question d’un « plan directeur de la lichette ». Le terme n’a pas semblé obtenir l’adhésion de tout le monde. Le maire Pedneaud-Jobin n’était toujours pas convaincu jeudi. On verra s’il arrive à s’implanter dans le jargon municipal gatinois. Si oui, peut-être aura-t-il une durée de vie plus longue que l’asphalte qu’il sous-entend. Audrey Bureau a qualifié la lichette de « soin palliatif ». Renée Amyot va encore un peu plus loin, parlant du procédé comme de « l’acharnement thérapeutique ».

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Quoi qu’il en soit, la lichette aura permis au conseiller LeBlanc, à qui certains prêtent des intentions pour la maire en 2021, de tirer son épingle du jeu sur le dossier de l’asphalte, l’un des plus émotifs à Gatineau. Il a retenté le coup, le lendemain, sur la question du développement économique, mais les choses se sont moins bien passées. Tout juste de retour d’un voyage économique au cours duquel il a rencontré le premier ministre du Québec avec le maire Maxime Pedneaud-Jobin, M. LeBlanc a tenté de justifier le financement de son idée de fonds de développement économique, une mesure de 8,7 millions $, en dénonçant le manque d’efforts de la Ville pour saisir les opportunités.

M. LeBlanc a balancé des données trouvées sur le site du ministère des Affaires municipales qui démontrent, selon lui, que Gatineau se classe au 10e rang des grandes villes pour ses investissements en matière de développement économique et au 433e rang lorsqu’on fait le calcul per capita. Il a dit être « stupéfait » des résultats de sa recherche. Le maire et le président du comité exécutif, Cédric Tessier, n’ont pas tardé à dénoncer le manque de rigueur dans la démarche de M. LeBlanc. De l’avis de plusieurs autour de la table, les chiffres avancés par le président de la commission de développement économique étaient pris hors contexte et ne voulaient en réalité pas dire grande-chose sur les efforts et les investissements que fait Gatineau sur ce terrain.

Le fantôme

M. LeBlanc n’est pas le seul à s’être démarqué pendant l’étude du budget cette semaine. Cédric Tessier était visiblement prêt à défendre la proposition budgétaire du comité exécutif. Il l’a fait à la table du conseil et devant les médias qu’il rencontrait pendant plusieurs minutes, deux fois par jour. C’est aussi lui qui a piloté toute la démarche entamée au mois de mai pour permettre aux élus de déposer des demandes budgétaires. Le directeur du service des loisirs, du sport et de la vie communautaire, Yess Gacem, a pour sa part été encensé par les élus pour le projet de plein air urbain qu’il a présenté au conseil et dont un financement de 2,8 millions $ a été confirmé.

La conseillère Louise Boudrias a encore une fois été très active. Elle a posé beaucoup de questions, demandé des éclaircissements et défendu ses positions. Sa voisine d’en face à la table du conseil, Nathalie Lemieux, se situe pour sa part complètement à l’autre bout du spectre, pour ne pas dire dans la catégorie des fantômes. La conseillère de Touraine n’a pas pris la parole une seule fois de toute la semaine. Aucune question, aucune intervention en près de vingt heures de travail en public. Elle est la seule élue du conseil à ne pas avoir pris part à la discussion. Mme Lemieux avait indiqué au Droit, il y a quelques semaines, que contrairement à la grande majorité de ses collègues, elle n’a fait aucune demande budgétaire pour son quartier ou pour la grande ville en prévision de l’année 2020.

Et vos médias locaux ? Ils ont passé la semaine sur des chaises à la limite du confortable à boire du café, décortiquer des centaines de chiffres, écouter vos élus débattre et poser des questions au cours d’une dizaine de mêlées de presse. Ils étaient tous là. Radio-Canada, TVA, le 104,7 FM et Le Droit. Tous là pour vous rapporter les tenants et aboutissants d’une décision de 651 millions $ qui aura des impacts directs dans votre quartier et dans votre portefeuille.