Les membres du conseil municipal de Gatineau.
Les membres du conseil municipal de Gatineau.

La Ville de Gatineau est tentée par l’endettement

Rarement la présentation des états financiers a paru aussi décalée à la Ville de Gatineau. Le maire Maxime Pedneaud-Jobin l’a lui-même souligné, mardi matin, alors que le service des finances brossait le portrait de l’état officiel des coffres à la fin de l’année 2019.

La Ville a enregistré un surplus net de 6,4 millions $ l’an passé. Il n’y a aucune chance qu’une telle chose se reproduise en cette année marquée par la pandémie, alors que le conseil doit plutôt se préparer à prendre des décisions pour éponger un déficit qui pourrait atteindre 35 millions $ en incluant les pertes subies par la Société de transport de l’Outaouais (STO). Le maire continue d’espérer une aide en provenance de Québec et d’Ottawa, mais pour l’heure, rien ne dit qu’elle sera au rendez-vous et suffisante. 

Le directeur des finances, Mario St-Pierre, a rappelé qu’une ville ne peut pas présenter un budget déficitaire, mais qu’elle peut faire un déficit à la fin de l’année. Si le conseil ne révise pas ses différentes décisions financières pour réduire le déficit de l’année en cours, deux options prévues par la Loi se présenteront à lui à la fin de l’exercice financier. «La première est de prévoir le remboursement l’année suivante en taxant les gens et la deuxième est de faire un emprunt financé sur une période maximale de cinq ans», a-t-il précisé. 

La gestion de la dette exercée à Gatineau depuis plusieurs années lui confèrera une situation enviable si le conseil décide de recourir à l’emprunt pour sortir de cette mauvaise posture financière. Le service de la dette qui totalise 682 millions $ ne représente que 9,9 % du budget annuel. M. St-Pierre a précisé qu’à ce chapitre, la Ville de Gatineau a probablement la meilleure situation parmi les autres grandes villes de la province. 

Le maire Pedneaud-Jobin répète depuis plusieurs années que la dette des Gatinois est saine, notamment parce qu’elle est très associée à des investissements en infrastructures, et il entend maintenir ce cap. En ce sens, le recours à l’endettement est davantage un outil pour permettre à la Ville de Gatineau de participer à la relance économique. 

«Ce serait un choix politique, a-t-il dit. Si on est dans une crise économique et qu’on veut investir plus pour avancer des projets d’infrastructure, ça peut devenir extrêmement intéressant de s’endetter plus. […] On pourrait décider d’aller de l’avant de façon importante, surtout que les taux d’intérêt risquent d’être très bas.»

Cette façon de faire n’est cependant pas un gage de succès assuré, a averti le maire Pedneaud-Jobin. Il y a lieu, selon lui, d’avancer avec une certaine prudence dans cette avenue. «Il va y avoir une multiplication des projets à la grandeur du Québec, note-t-il. Ils seront fédéraux, provinciaux et municipaux. Oui, on pourrait intensifier notre présence, mais il ne faut pas que le résultat soit que ça coûte plus cher à tout le monde et qu’on ne fasse pas plus de projets. Il faut aussi que les entrepreneurs soient capables de répondre, qu’ils soient disponibles et qu’on ait des gens prêts à agir.»

Inondations du printemps 2019

Le principal fait saillant des états financiers présentés mardi est relié à la deuxième crue printanière record en trois ans à Gatineau. Les inondations du printemps 2019 ont engendré des dépenses de 14,1 millions $. Le gouvernement du Québec s’est engagé à rembourser 10,2 millions $ de cette somme, ce qui laisse aux Gatinois une dépense imprévue de 3,9 millions $ sur les bras. 

Ce manque à gagner est d’ailleurs plus élevé qu’il avait été anticipé en novembre dernier. C’est notamment dû à l’hébergement d’urgence dont les dépenses ont atteint 3,7 millions $, soit près de 1 million $ de plus qu’estimé. 

Ces dépenses supplémentaires qui peuvent être liées aux changements climatiques et auxquelles doivent faire face les Gatinois viennent s’ajouter aux 700 000 $ de la tornade de 2018 et aux 2,7 millions $ des inondations de 2017. En trois ans, cela représente des dépenses non-prévues  de 6,3 millions $. En 2020, les Gatinois devront vraisemblablement ajouter à ce montant les dépenses liées à la pandémie.