Le bâtiment occupant les 59 et 61 rue Eddy, dans le Vieux-Hull. 
Le bâtiment occupant les 59 et 61 rue Eddy, dans le Vieux-Hull. 

La transparence du Comité de démolition de Gatineau encore pointée du doigt

La démolition d’un immeuble du centre-ville de Gatineau inscrit au Répertoire du patrimoine culturel du Québec fait face à une opposition de citoyens. Le bâtiment occupant le 59 et le 61 de la rue Eddy doit être démoli pour faire place aux 12 étages et 235 unités de logement de la phase II du projet immobilier W/E du Groupe Heafey.

La demande est à l’ordre du jour du Comité sur les demandes de démolition de lundi, mais elle pourrait être retirée à la demande de l’Association des résidents de l’Île-de-Hull (ARIH) et de Bill Clennett. Le promoteur a précisé au Droit qu’il n’a pas d’objection à ce que le dossier soit reporté au mois d’août. Les opposants dénoncent un manque de transparence de la Ville dans ce dossier. Ils reprochent l’absence d’information rendue publique concernant les raisons de la demande et le projet de remplacement. 

«Nous sommes contre la démolition d’abord parce que c’est un bâtiment inscrit au Répertoire du patrimoine culturel du Québec et que l’immeuble semble en bon état, a expliqué le président de l’ARIH», Daniel Cayley-Daoust. Construit en 1915, le bâtiment de brique possède quelques éléments patrimoniaux comme sa balustrade en fer forgé et sa corniche à modillons. En 1988, une analyse réalisée pour l’ancienne Ville de Hull recommandait la sauvegarde et la mise en valeur de l’immeuble. 

L’opposition en est aussi une de principe, tant pour l’ARIH que pour M. Clennett. «Il est difficile pour la population d’apprécier la valeur des demandes de démolition lorsque les renseignements confirmant leur conformité avec des critères en vigueur ne sont pas rendus publics, déplore M. Clennett, dans une lettre adressée au service du greffe et dont nous avons obtenu copie. Force est de constater que la Ville de Gatineau prive la population de l’information nécessaire pour intervenir en connaissance de cause. Cette absence de transparence appauvrit le processus décisionnel.»

Une analyse réalisée par M. Clennett des 140 demandes de démolition faites auprès de la Ville depuis 2015 démontre que les informations inhérentes à un dossier étaient rendues publiques presque systématiquement jusqu’en 2018. Depuis, seulement cinq de la soixantaine de demandes ont été publiquement accompagnées des analyses requises. 

Pincée par les Affaires municipales

Ce n’est pas la première fois que M. Clennett s’en prend au manque de transparence de la Ville de Gatineau et de son Comité de démolition. Il avait eu gain de cause, en 2018, devant le Commissaire aux plaintes du ministère des Affaires municipales. Il reprochait alors les délibérations et les décisions systématiquement à huis clos du Comité sur les demandes de démolition. La Ville se disait dans son droit en agissant de la sorte, mais le gouvernement du Québec était d’un autre avis. C’est le dossier de la démolition du vieux presbytère Saint-Rédempteur qui avait été la goutte qui a fait déborder le vase. Depuis cet incident, le Comité de démolition travaille en public, tel que prescrit par la Loi. 

C’est cependant à la même époque que la Ville de Gatineau a cessé de publier les analyses liées aux demandes de démolition, note M. Clennett. «Avec ce nouveau recul en matière d’accès à l’information, la Ville a trouvé une autre manière d’exclure la population», dit-il.