La prochaine décennie verra la STO investir 650 millions dans ses infrastructures.

La STO prévoit investir 650 M $ en 10 ans

La décennie qui vient sera l'occasion pour la Société de transport de l'Outaouais (STO) de porter un « regard moderne » sur les besoins de déplacements de sa clientèle et d'aller au bout d'une réflexion qui pourrait amener le transporteur à aller beaucoup plus loin que le modèle traditionnel et actuel de l'offre de transport en commun.
« Nous avons actuellement un modèle de transport en commun structuré et organisé avec des horaires fixes et des lignes de service fixes qui est performant en période de pointe, mais qui répond moins aux attentes en dehors des heures de pointe » reconnaît le président de la STO, Gilles Carpentier. 
Le temps est venu pour les transporteurs publics des Gatinois de briser certains cadres établis depuis des générations en matière de transport. « D'ici dix ans, il faut savoir quelles sont les transformations à faire pour offrir des opportunités de déplacement qui seront complémentaires au mode traditionnel, dit-il. Il faut prendre du recul et analyser le monde compétitif dans lequel notre société de transport doit évoluer. Il faut se pencher sur des possibilités de partenariat avec les Uber de ce monde, avec les compagnies et les organismes qui offrent des déplacements en temps réels et sur demande. »
La STO entend mettre en place quelques projets pilotes pour tester des possibilités de partenariat au cours des trois prochaines années. La directrice générale de la STO, Line Thiffault, explique qu'une attention particulière sera donnée aux endroits sur le territoire où le transport en commun n'est pas efficace. « Il y a des endroits enclavés sur le territoire qui sont plus difficiles à rejoindre avec les autobus, ajoute M. Carpentier. Les gens qui habitent là ont aussi des besoins de déplacements. Il faut voir comment la STO peut jouer un rôle pour offrir un service différent du service traditionnel dans ces secteurs. » La diversification des types de véhicules utilisés par la STO pourrait faire partie des options. 
650 millions $
Cette grande réflexion promise par la STO s'inscrit dans son tout nouveau Plan stratégique 2017-2026 présenté et adopté, mardi, par le conseil municipal. Il prévoit des investissements estimés à 650 millions $, notamment pour la réalisation du lien rapide vers l'Ouest, la construction du tronçon Labrosse-Lorrain du Rapibus et la réalisation des études de faisabilité du tronçon Lorrain-Aéroport du Rapibus. Le transporteur pense pouvoir doubler sa part modale d'ici 2031.
« C'est un plan qui s'inspire des meilleures pratiques ici et à travers le monde pour la gestion des projets, mais qui s'appuie également sur les tendances en matière d'électrification des transports et de l'utilisation de l'intelligence artificielle », poursuit M. Carpentier. «On va avancer tranquillement avec des projets pilotes d'ici 3 ans pour déterminer nos orientations pour les années suivantes.»
La STO a aussi l'intention de cesser d'être en réaction par rapport à l'aménagement du territoire et souhaite devenir un acteur clé dans les décisions urbanistiques des la Ville de Gatineau. « La STO veut s'assurer que les besoins en matière de transport en commun soient considérés lors de l'analyse de projets soumis par les promoteurs immobiliers », note M. Carpentier. Mme Thiffault précise que son organisation est sur le point de diffuser un « guide d'aménagement des quartiers » qui précisera ce qui doit être prévu pour favoriser le transport en commun dans les nouveaux développements domiciliaires.
Le président de la STO réplique
Le président de la STO, Gilles Carpentier
Le président de la Société de transport de l'Outaouais, Gilles Carpentier, rejette les accusations voulant que le transporteur public décrédibilise lui-même son processus de consultation publique pour le futur lien rapide vers l'Ouest. 
« Ce n'est pas parce que quelqu'un pense que le fruit de notre consultation doit être publié à l'extérieur de notre étude qu'on est en train de violer les règles de l'art de la consultation, a lancé M. Carpentier. Pour nous, ça perdrait tout son sens parce que les résultats de la consultation sont des sous-éléments de l'étude. Le tout sera rendu public avec le rapport final sur l'étude de faisabilité. » 
M. Carpentier répondait ainsi aux propos de Mario Gauthier, professeur en études urbaines au Département des sciences sociales de l'Université du Québec en Outaouais (UQO). 
Ce dernier affirmait, dans l'édition du Droit de mardi, que la STO décrédibilise et rend illégitime son processus de consultation en faisant l'économie de publier un rapport portant uniquement sur les opinions partagées par les citoyens. 
« J'ai un grand respect pour M. Gauthier, c'est un académicien de renom, mais son analyse est plutôt de nature théorique, a ajouté M. Carpentier. Il faut comprendre qu'on est aussi dans une méthodologie imposée par le ministère des Transports du Québec, on doit travailler avec ça, et c'est une méthodologie qui est relativement opaque. Ça ne simplifie pas nos obligations pour un projet où plusieurs millions de dollars sont en jeu. »