La Ville de Gatineau était «prête à répondre» lorsque la tornade a frappé le Mont-Bleu la semaine dernière.

La réponse

ANALYSE / Il était environ 15 h 30, vendredi dernier. Le directeur du service des infrastructures de la Ville de Gatineau, André Turgeon, était en pleine entrevue avec Le Droit. Il est question de pénurie de main-d’œuvre et de difficulté de livraison des projets. Des sujets importants dans la quatrième ville du Québec à l’approche de l’étude du budget. Son téléphone émet soudainement une douce mélodie. Le haut fonctionnaire interrompt la conversation. « Je m’excuse, ça, ce sont les mesures d’urgence ». Il regarde son appareil, le remet dans son veston.

Le niveau d’alerte vient de monter. L’appareil municipal est prêt à répondre, mais pour l’instant, ça reste de la routine. M. Turgeon poursuit l’entrevue, mais ne se doute pas que sa semaine est loin d’être terminée. Il sera bientôt propulsé aux commandes du Centre de coordination des mesures d’urgence.

Quelques instants plus tard, Le Droit croise l’attachée de presse du maire de Gatineau, Laurence Gillot. Il est presque 17 h. Le ciel est menaçant, mais c’est une bonne journée au cabinet, alors que quelques heures plus tôt, on procédait à la pelletée de terre officielle du futur Guertin.

Son téléphone se met à vibrer. La conseillère Isabelle N. Miron l’avise que ça vient de brasser dans le Mont-Bleu. Le maire appelle. Le visage de l’attachée de presse se durcit. Les plans de tout le monde viennent de changer. Gatineau est désormais en mesures d’urgence.

Le maire partout en même temps

Dans les 48 heures qui ont suivi, les autorités municipales ont de nouveau fait la démonstration de quoi elles étaient capables en période de crise. Une tornade, ce n’est pas une inondation historique. Les enjeux ne sont pas les mêmes, notamment au niveau des infrastructures municipales. Mais une tornade de catégorie F3, qui traverse un des secteurs les plus densément peuplés et vulnérables de Gatineau, c’est carrément un désastre. Après les leçons apprises lors des inondations de 2017, l’appareil municipal était prêt à en découdre. Et il n’a pas raté son coup.

La coordination de l’aide aux sinistrés, la sécurité sur les lieux et les travaux de nettoyage étaient déjà bien amorcés dans les minutes suivant le passage de la tornade. La décision du directeur général du Cégep de l’Outaouais, Frédéric Poulin, d’ouvrir les portes de son institution aux sinistrés a d’ailleurs été saluée de tous. Il est évident que les inondations ont permis à Gatineau de resserrer les liens avec ses partenaires comme la Croix rouge, les services de santé et les organismes communautaires. La réaction des autorités a semblé être réglée au quart de tour.

Le maire Maxime Pedneaud-Jobin semblait être partout à la fois. Vers la fin de la semaine, il connaissait des sinistrés par leur nom. Bien peu de voix se sont élevées pour dénoncer le travail de la Ville dans la dernière semaine. Même les plus grands critiques du maire ont louangé son travail et son leadership au cœur de cette crise.

Solidarité électorale

En plus d’avoir des centaines de sinistrés à s’occuper, et un quartier complet à sécuriser, Gatineau a reçu, dans les 24 heures suivant le passage de la tornade, le premier ministre du Québec, ainsi que les chefs des trois autres partis accompagnés de leur caravane électorale respective. Tous ont senti le besoin de venir exprimer leur solidarité.

Le maire Pedneaud-Jobin a salué cet appui des chefs, malgré tout le travail de coordination que ce type de visite impose sur le terrain.

Des sinistrés ont toutefois passé la remarque que s’ils avaient vraiment voulu être solidaires des Gatinois, ces chefs en campagne auraient laissé les autorités municipales travailler plutôt que de se faire organiser des visites guidées des décombres avant de repartir aussitôt avec leur horde de journalistes venus couvrir non pas une tornade et des sinistrés, mais des politiciens en campagne électorale dans un décor de désolation.

Les Gatinois n’hésitent pas à être critiques envers leur administration municipale.

Cette fois, ils sont forcés de reconnaître que leur Ville est devenue un modèle en matière de gestion de crise et que ceux qui voudront s’inspirer des « meilleures pratiques » se tourneront inévitablement vers Gatineau.