Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin

La réforme des commissions scolaires irrite Pedneaud-Jobin

Les relations entre Québec et les municipalités pourraient rapidement se ternir si le gouvernement Legault s’entête à obliger les villes à céder leurs propres terrains pour permettre la construction de nouvelles écoles, avertit le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin.

Cet amendement au projet de loi 40 sur la gouvernance scolaire déposé en pleine nuit, vendredi, irrite vivement le maire de Gatineau. Ce dernier a mis de côté son flegme habituel, lundi après-midi, et a accusé le gouvernement Legault de carrément manquer de respect envers les villes et leurs contribuables. «Un amendement, en pleine nuit, pour changer une loi qui peut représenter des millions de dollars pour une ville, c’est manquer de respect envers les villes et manquer de respect envers les contribuables fonciers, a-t-il lancé. La manière de travailler [du gouvernement] n’a pas de sens. Financièrement, ça n’a pas de sens et au niveau de la gouvernance, ça n’a pas de sens. Comme maire, je sens que la Ville n’est pas du tout respectée.»

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Jusqu’à la semaine dernière, à Gatineau et dans la plupart des grandes villes du Québec, il revenait aux commissions scolaires d’acheter les terrains sur lesquels elles allaient construire les nouvelles écoles. Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a toutefois voulu changer la donne avec son amendement surprise pour éviter que les enjeux de disponibilité de terrains viennent retarder la construction de nouvelles écoles. 

«On gouverne pour les citoyens, a lancé le ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, lundi matin. Les citoyens s’attendent à ce que leurs enfants puissent aller à l’école. Quand on voit dans le passé des guerres entre des commissions scolaires et des municipalités pour avoir accès à des terrains, on a eu des exemples dans la région, c’est important qu’il puisse y avoir un mécanisme. On ne force pas les municipalités d’emblée à donner un terrain, mais on dit : vous avez deux ans pour en arriver à une solution et si la ville ne veut pas donner de terrain, alors le gouvernement pourra intervenir. C’est, à mon avis, le gros bon sens.»


« C’est nous qui allons devoir augmenter les taxes pour payer les terrains des écoles au gouvernement du Québec. C’est le pauvre qui subventionne le riche, ça n’a pas de sens. »
Maxime Pedneaud-Jobin, maire de Gatineau

Le maire Pedneaud-Jobin rétorque que s’il y a eu des problèmes dans le passé, «c’est parce que le gouvernement du Québec ne prenait pas ses responsabilités». Selon lui, la nouvelle façon de faire que veut imposer le gouvernement du Québec mènera à un enjeu de gouvernance important. «Maintenant, c’est le ministre de l’Éducation qui va venir faire de l’aménagement du territoire et qui pourrait décider unilatéralement de notre endettement, a ajouté M. Pedneaud-Jobin. Parce qu’ultimement ce sont nos fonds, ça va sortir de la poche des contribuables fonciers sans que les élus gatinois aient un seul mot à dire. C’est nous qui allons devoir augmenter les taxes pour payer les terrains des écoles au gouvernement du Québec. C’est le pauvre qui subventionne le riche, ça n’a pas de sens.»

Québec, rappelle le maire de Gatineau, est le seul contribuable à ne pas payer la totalité de sa facture de taxes foncières. De fait, Québec ne paie que 60 à 70 % des tenants lieux de taxes sur ses immeubles dans les municipalités. «Et là, en plus de ne pas payer la totalité de ses taxes pour ses écoles, Québec nous dit qu’on va devoir payer les terrains, a-t-il ajouté. Ça va s’arrêter où? Est-ce qu’on va aussi devoir payer le terrain pour leur nouvel hôpital ? Ce n’est pas logique, sinon de vouloir transférer une responsabilité à un ordre de gouvernement moins riche.»

Le maire Pedneaud-Jobin a précisé que ce dossier sera à l’ordre du jour du caucus des maires des grandes villes de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) qui se tiendra jeudi, à Montréal.