Le projet des tours Brigil est menacé au conseil municipal.

La protection patrimoniale à portée de main

Plusieurs conseillers municipaux s’étant prononcés contre la protection patrimoniale de l’ensemble du quartier du Musée en juin semblent aujourd’hui prêts à changer leur fusil d’épaule et à mettre fin au rêve du promoteur Gilles Desjardins d’y construire deux tours de 35 et 55 étages.

Selon les informations colligées par Le Droit auprès de nombreux élus gatinois, le maire Maxime Pedneaud-Jobin serait en voie de remporter la bataille politique qu’il mène depuis près de trois ans dans ce dossier. 

À moins de 24 heures du vote décisif, une majorité d’élus sont prêts à accorder une protection patrimoniale légale au quartier du Musée et à affirmer haut et fort que les tours Brigil ne sont pas à leur place sur la rue Laurier.

« J’ai beaucoup réfléchi depuis le vote indicatif de juin et ma position (contre) a beaucoup évolué dans les dernières semaines, confie le président du conseil, Daniel Champagne. J’ai pris conscience qu’il y a beaucoup de projets de développement dans le secteur, comme celui proposé par Raymond Brunet, qui s’intègre parfaitement, mais qui ne se feront pas si les tours sont construites dans le quartier du Musée. Des gens affirment que ce quartier n’est pas du patrimoine, mais c’est faux, c’est notre patrimoine, du moins ce qui en reste. Si on fait ce qu’il faut, ce quartier deviendra très intéressant. »

Respect
La conseillère Nathalie Lemieux avait indiqué, en juin, qu’elle s’opposerait à la protection du quartier du Musée si les terrains de la rue Laurier étaient intégrés au périmètre de protection. 

« Ma position en juin était en fonction des informations que j’avais à ce moment-là, dit-elle. Si le quartier du Musée est protégé par une citation, ça n’empêchera pas la réalisation d’autres projets bien intégrés et respectueux de nos règles comme celui de Raymond Brunet. »

Cette dernière est d’avis que le conseil devra d’abord être motivé par le respect des citoyens. 

« Nous devons, comme ville, respecter les gens qui vivent déjà dans le quartier, dit-elle. Il faut aussi prendre nos décisions en respectant notre propre réglementation. On ne peut pas permettre n’importe quoi, n’importe où. Quel message enverrions-nous à nos citoyens ? »

Daniel Champagne affirme qu’une « forte majorité » des citoyens qu’il a consultés s’oppose à la construction des tours Brigil à l’endroit où elles sont proposées. 

« Les gens ne sont pas contre les tours, mais ils ne veulent pas qu’elles soient construites au détriment de la vie d’un quartier et de la qualité de vie des gens qui y vivent déjà. Bien des citoyens étaient aussi surpris d’apprendre que le promoteur n’a pas déposé le projet des tours dessinés par l’architecte Douglas Cardinal. Quand ils comprennent que ce n’est pas un projet signature qui est proposé, ça change beaucoup leur perception. »

Le président du conseil explique avoir fait beaucoup de recherche sur le patrimoine et l’insertion de bâtiment moderne au courant de l’été et affirme avoir été frappé par le constat qui en ressort. 

« De nos jours, quand on fait une intégration d’un gros bâtiment dans un espace patrimonial, on ne le fait pas devant le patrimoine comme le propose Brigil, mais derrière. Une intégration réussie ne va pas cacher le patrimoine, elle va le mettre en valeur en se mettant derrière. »

Amendement

Mike Duggan continue de plaider pour la protection du quartier du Musée, mais souhaiterait plus de flexibilité pour accueillir de futurs développements, notamment sur la rue Laurier. 

Il a indiqué au Droit vouloir déposer un amendement, lors du conseil, qui permettrait de retirer la rue Laurier du périmètre à protéger. « Si mon amendement est rejeté, je me rallierai quand même à une protection plus restrictive, dit-il. 

Une chose est claire pour moi, je veux sortir de cette séance du conseil avec une protection patrimoniale pour ce quartier. 

Et en plus, je ne crois pas du tout que le promoteur, avec les terrains qu’il a, a les possibilités techniques pour réaliser le projet qu’il tente de vendre à la population. »

Selon nos informations, le président du comité exécutif, Gilles Carpentier, d’abord réfractaire à une protection du quartier du Musée, serait aussi maintenant plus ouvert à un tel projet. 

Quant à la conseillère Audrey Bureau qui milite pour la création d’un conseil du patrimoine à Gatineau, elle affirme être toujours en réflexion.